Crowdfunding : la plus vieille plateforme de France rachetée par une hollandaise

Lendahand a acquis Babyloan, spécialisée dans le micro-prêt à impact social. Fragilisée par le Covid, la marque devrait disparaitre d’ici la fin de l’année.
Visuel commercial de Babyloan issu de son site Internet.

Une page qui se tourne. Créée en 2008, la plateforme Babyloan s’apprête à disparaitre du paysage du crowdfunding. Elle qui s’était spécialisée dans le micro-crédit à impact social figurait parmi les pionnières du marché en France.

Du don à l’impact investing

Tout commence il y a près de 15 ans, alors que le financement participatif se réduit encore à une poignée d’acteurs comme Kiss Kiss Bank Bank et My Major Company. Dans ce marché encore balbutiant, Babyloan se lance sur le créneau du prêt non rémunéré. La cible est une niche : la plateforme vise les particuliers des pays en développement uniquement. «Nous finançons les personnes qui veulent lancer une petite activité d’autosubsistance, confie Arnaud Poissonnier, son co-fondateur. Ils ont peu de moyens et cherchent juste à faire vivre leur famille». Il cite comme exemple une mère de famille souhaitant acheter une machine à coudre pour fabriquer des vêtements et les vendre au marché du coin.

L’intention est bonne mais se révèle peu rémunératrice. Car si le prêt est gratuit pour les porteurs de projets, il ne l’est pas par pour les donateurs qui sont priés de s’acquitter d’environ 4% de frais. Problème : le prêt moyen s’élève à environ 90 euros, trop bas pour permettre à Babyloan d’atteindre l’équilibre économique. «Nous faisions appel au côté philanthropique de nos clients mais cela rendait le coût d’acquisition trop élevé», reconnait Arnaud Poissonnier.  La société a pourtant diversifié ses sources de revenus. Elle facture également 4% de frais aux institutions privées de micro-finance qui utilisaient ses services pour financer les porteurs de projet. En parallèle, l’entreprise proposait également ses services à des entreprises en marque blanche. Fin 2020, elle opère même un important virage stratégique : en parallèle du don, la plateforme se met au prêt rémunéré et lance sa filiale Babyloan Impact.

Las, la recette ne fonctionne toujours pas et la crise du Covid finit de lui mettre la tête sous l’eau, poussant son dirigeant à trouver un repreneur. Après avoir tapé aux portes de plusieurs acteurs français du crowdfunding (selon nos informations, des discussions ont notamment été engagées avec Lita.co et Tudigo), c’est finalement auprès de l’hollandais Lendadhand qu’il trouve une oreille attentive.

Lendahand fait ses premiers pas en France

Basée aux Pays-Bas, la plateforme est spécialisée dans l’investissement à impact. Le rachat de Babyloan est donc logique et s’inscrit dans son ambition de se renforcer sur ce marché à l’échelle européenne. A date, elle a déjà une filiale au Royaume-Uni et souhaite se développer également en Allemagne et en Espagne. Dans le détail, seul le fond de commerce de Babyloan a été cédé et la société sera liquidée. Lendahand met ainsi la main sur tout ce qui a fait son activité (contrats prêteurs, logiciels, marque…).

«Une première vague de migration des clients vers Lendahand commencera bientôt, confie Arnaud Poissonnier. La marque Babyloan devrait disparaitre d’ici à la fin de l’année». Le dirigeant ne raccroche pas tout de suite les gants : il accompagnera la nouvelle équipe en place pendant 18 mois à temps partiel avant de se consacrer à de nouvelles aventures (d’écriture et de consulting). Côté salariés, le rachat n’a donné lieu à aucun licenciement. «La dizaine de collaborateur a fondu de moitié en un an, suite exclusivement à des départs volontaires, assure Arnaud Poissonnier. Il n’y aura aucune casse sociale !» Malgré ses ambitions dans l’hexagone, Lendahand ne prévoirait pas de renforcer considérablement l’équipe parisienne, qui devrait rester à environ cinq personnes.