Financement participatif

Comment sécuriser les investissements ?

Fabrice Nuttens, président directeur général, Groupe Satec
Rares sont les acteurs du « crowdfunding » à proposer un audit d’assurance dans le cadre d’un investissement
Il s’agit pourtant d’un élément différenciant qui apporte aux investisseurs une sécurisation accrue de leur placement
DR, Fabrice Nuttens, président directeur général, Groupe Satec

Si des solutions existent pour protéger l’investisseur lui-même et ses ayants droit contre certains aléas (sa santé, son emploi...) et lui assurer la liquidité de ses investissements, l’accompagnement amont sur l’inventaire, la mesure et l’encadrement des risques de la cible n’est pas systématique.

Trop rares sont les acteurs du crowdfunding qui proposent un audit d’assurance dans le cadre d’un processus d’investissement. Ceux qui l’offrent se différencient donc et apportent à l’investisseur une sécurisation accrue pour son placement, d’autant plus que l’audit s’inscrit dans un accompagnement de l’émetteur sur du long terme.

Croissance du financement participatif, multiplication des risques.

Apprécié pour sa simplicité, le financement participatif, ou crowdfunding, occupe désormais une place majeure parmi les différents leviers que peut actionner une société pour lever des fonds. Il offre aussi aux investisseurs un nouveau vecteur.

Les fonds collectés ont atteint près de 300 millions d’euros en 2015 et financé plus de 17.000 projets, soit un doublement en un an (1), avec une part importante et grandissante de prêts et investissements. Cependant, la maîtrise des risques tant pour l’entreprise – l’émetteur – que pour l’investisseur est une priorité. L’investisseur, en quête de diversification de son portefeuille, doit être vigilant et y penser avant de se lancer. Côté émetteur, au-delà de ses propres enjeux économiques, l’entreprise fait aussi face à de multiples risques.

Dès lors, leurs évaluation et maîtrise constantes sont indispensables à un développement serein. Plus l’entreprise croît, plus les risques s’intensifient. Il apparaît donc nécessaire d’actualiser et réévaluer régulièrement les couvertures d’assurance.

Quels risques exogènes…

Une entreprise subit les risques changeants ou nouveaux issus de son environnement pouvant menacer son compte d’exploitation et les perspectives de son développement à l’instar de :

- L’évolution législative encadrant sa responsabilité ou ses obligations d’assurances. Dès le 1er juillet 2016, les sociétés de financement participatif feront l’objet d’une obligation d’assurance de responsabilité civile professionnelle.

- Le contexte économique menaçant et déstabilisant son secteur, ses clients, ou fournisseurs.

- L’émergence de nouvelles menaces criminelles telle que la cybercriminalité ou les menaces terroristes. Le nombre de ransomwares – attaques par un logiciel malveillant qui chiffre et prend en otage les données d’un utilisateur contre le paiement d’une rançon – a augmenté de 260 % en France en 2015. Désormais, la France figure dans le Top 10 des pays où la cybercriminalité est la plus active.

- Les risques climatiques ou politiques.

… et endogènes ?

Parallèlement, sa propre évolution influe sur la nature et l’ampleur des risques auxquels elle fait face. L’entreprise est contrainte d’augmenter ses besoins de protections et besoins assurantiels. Par exemple :

- La croissance de ses effectifs affecte ses obligations sociales (seuils sociaux, coût de la protection sociale), ses besoins de gouvernance interne et de leur protection (responsabilité civile de ses dirigeants, garantie homme clé).

- Les exigences des tiers – clients, fournisseurs et actionnaires – se renforcent au fur et à mesure que l’entreprise grandit et que ses engagements augmentent.

- L’évolution et le développement de ses activités - nature de prestations proposées et des produits vendus, conquêtes de marchés à l’international - nécessitent l’adaptation constante de ses couvertures d’assurance (perte d’exploitation, RC produit ou RC professionnelle…). Par exemple, un fabriquant de vélos haut de gamme ayant l’opportunité d’exporter aux Etats-Unis sera contraint par ses distributeurs de disposer de capitaux RC Produits (après livraison) supérieurs à 10 millions de dollars.

La dynamique de ces facteurs exogènes et endogènes des risques impose à l’entreprise une veille et une adaptation de ses réponses permanentes. Ceci est d’autant plus critique lorsque l’entreprise est en phase de développement et de croissance importante.

Eclairage sur la notion d’audit en assurance…

L’audit d’assurance répond à une double exigence :

Pour l’émetteur, il garantit la politique de gestion des risques et la structuration de programmes d’assurance adaptés au moment de l’opération. Pour l’investisseur, il cartographie, analyse et anticipe les risques afin de le rassurer. Le cas échéant, il pourra exiger la mise en place de protections adaptées répondant aux besoins au moment de l’investissement.

Il donne les moyens aux parties de juger les niveaux de risques et les couvertures associées en cas notamment de :

- perte d’un homme clé ;

- détournement de données ;

- mise en cause de la responsabilité de l’entreprise ou de l’un de ses dirigeants ;

- interruption de la production ;

- réclamation d’un client.

Il a pour objectif de vérifier la cohérence du programme d’assurance de l’entreprise et de proposer des optimisations de garanties ainsi que des dépenses.

Il peut également être envisagé comme un label de qualité tant pour l’émetteur que pour l’investisseur. Garant de sérieux et d’impartialité pour le premier, il est gage de sécurité pour le second.

Il apporte aussi une réponse à un certain nombre d’aléas. Toutefois, le risque d’entreprendre demeure le seul aléa qu’il ne sera jamais possible de maîtriser.

… pour sécuriser les investissements.

Le crowdfunding transforme le modèle de l’investissement. L’investisseur particulier ou institutionnel accède directement à sa cible, en contournant parfois les acteurs du financement et de l’investissement traditionnels.

Du point de vue de l’investisseur, l’enjeu est clé. Comme l’analyse financière ou juridique, l’inventaire et l’analyse de ces risques sont indispensables. Ces audits sont aujourd’hui systématiques lorsque les investissements sont pilotés par des institutionnels (banques, fonds de private equity…). Souvent même, l’accompagnement se fait en amont de l’opération.

Pour des investissements au sein de sociétés bien établies, un audit d’assurance permet la sécurisation de l’investissement sur une partie des risques grâce à l’actualisation des programmes d’assurance. Il optimise aussi le budget du poste Assurance. Dans ce cas, l’audit contribue à la rentabilisation de l’investissement. Pour les sociétés en forte croissance, qui s’exposent sur une courte durée à une dynamique intense de risques, il est impératif d’intégrer ce processus continu de veille et d’adapter les couvertures des risques.

Généralement, ce processus est immature au sein des jeunes sociétés. Focalisées sur le cœur de leurs activités, elles ne se sentent pas concernées. Il est courant de constater que l’enjeu de la maîtrise des risques arrive en décalage, parfois même trop tard.

 

(1) Source : Financement participatif France « Baromètre du crowdfunding en France 2015 ».