CGP : la profession a pris la mesure de ses défis

Le nombre de cabinets a progressé et les craintes liées à une réglementation pesante s'estompent. Côté placements, les CGP ont été prudents en 2019 mais un peu moins pour 2020

Ils sont toujours plus nombreux ! Malgré une réglementation qui se durcit et une situation financière complexe, la croissance du métier de conseiller en gestion de patrimoine (CGP) ne se dément pas. C'est ce que montre l'étude annuelle publiée par la société Aprédia. L'enquête, réalisée auprès des dirigeants d'un échantillon de plus de 120 cabinets représentatifs de la diversité des activités, des structures et des implantations de la profession, met en avant cette dynamique. 

I -  Évolution d’une profession hétéroclite

Les fusions diminuent. À fin 2019, le nombre de cabinets de CGP s’élevait à 3.437, soit une progression de 4,82 % en un an, (3.281 fin 2018 et 3.084 fin 2014). Alors que l’année 2019 correspond à une année complète d’activité sous le nouveau corpus réglementaire Priip’s, MiFID2, RGPD et DDA, le dynamisme de la profession ne semble pas avoir été affecté. « Tout laisse à penser que ‘l’effet réglementation’ qui a été un moteur puissant dans la mutation des cabinets s’estompe à la faveur de l’expérimentation des nouvelles règles d’exercice », note l’étude.

Les fusions diminuent. En 2019, 191 cabinets (contre 255 en 2018 et 355 en 2017) ont été cédés ou ont quitté la profession, soit 5,6 % des cabinets. Dans le détail, c’est 127 cabinets qui ont fermé leurs portes. Les fusions ont elles un peu ralenti puisqu’elles ne représentent que 7,5 % des structures qui ont disparu (contre 10,6 % en 2018 et 18,8 % en 2016). Les départs à la retraite concernent 5 % des fermetures de cabinets en 2019. Plus intéressant, l’enquête souligne que parmi les CGP ayant quitté le métier, la majorité l’ont fait pour abandonner le statut de CIF et ses contraintes. « Ils ont alors souvent intensifié leurs activités sur les autres activités couvertes par les CGP, principalement le courtage d’assurances mais aussi l’immobilier ou le courtage de prêts », précisent les auteurs de l’étude.

2019 a été marquée par l’arrivée de 44 nouveaux entrants, contre 57 en 2018 et surtout 12 en 2017. 42 % des cabinets créés l’ont été en Île-de-France. La région francilienne reste la zone géographique la plus représentée puisqu’elle concentre 32,6 % des cabinets recensés. Suivent la région Auvergne-Rhône-Alpes (14 %), Nouvelle-Aquitaine (9 %) et Provence-Alpes-Côte-d’Azur (9 %). Fin 2019, 22,3 % des cabinets de CGP disposaient de plusieurs implantations régionales.

Côté effectif, le chiffre moyen reste stable, avec près de 3 personnes (2,7) par cabinet, dirigeant inclus. Un chiffre qui n’a pas évolué depuis 2015. Plus surprenant, alors que la régulation semble demander des effectifs plus conséquents, le nombre de cabinet unipersonnels progresse. Ils représentent 41 % du total, contre 37 % un an plus tôt.

Une profession stable. Au niveau de la longévité, la moyenne d’âge des cabinets à fin 2019 est de 11 ans. 24 % d’entre eux ont plus de 15 ans et l’âge médian est de 10 ans. À noter que la profession elle-même se rajeunit. La part des CGP de moins de 40 ans, si elle reste très minoritaire, progresse néanmoins avec 18,3 % du total en 2019 contre 14,2 % un an plus tôt. L’âge moyen des CGP reste malgré tout relativement élevé à 50,1 ans, contre 50,9 ans fin 2018. Aux extrémités, 2,8 % des dirigeants de cabinets ont moins de 30 ans et 1,7 % 70 ans et plus.

Une parité à la traine. S’il y a une chose sur laquelle la profession doit encore travailler c’est l’intégration des femmes à des postes de direction. En 2019, seuls 16,4 % des dirigeants de cabinet étaient des dirigeantes. Une proportion en baisse par rapport à 2018 (19,9 %) mais en légère hausse par rapport à 2014 (16 %). À titre de comparaison, les femmes représentent 27, 2 % des dirigeants d’entreprises en France tous secteurs confondus. « Les femmes sont pourtant significativement présentes dans les formations en gestion de patrimoine mais elles rejoignent encore très prioritairement les établissements financiers et compagnies d’assurances », explique Aprédia, précisant que les femmes sont plus nombreuses que les hommes sur les postes de back-office.

 

II - Des CGP un peu moins prudents

L’étude s’intéresse également aux conseils financiers prodigués par les CGP et à leurs prévisions. Loin de la situation exceptionnelle liée à la pandémie que le monde traverse aujourd’hui, les CGP se montraient partagés au sujet des investissements vers lesquels orienter leurs clients pour 2020. Si 40 % des sondés étaient optimistes et souhaitaient les aiguiller vers des produits à performance (contre seulement 10 % en 2019), 56 % jouaient la carte de la prudence vers des produits sécuritaires (61 % en 2019). Ils étaient en revanche beaucoup moins indécis puisqu'à peine 4 % d'entre eux se déclaraient comme tel pour 2020 contre 29 % en 2019. « A l’exception du marché immobilier indirect pour lequel 70 % des CGP affichent leur confiance, les CGP se montrent plutôt circonspects sur les investissements vers lesquels orienter leurs clients en 2020 », confirme Aprédia. Cette indécision est encore plus marquée concernant leur vision des marchés financiers. Ainsi, 33 % d’entre eux se disaient confiants tandis que 37 % étaient inquiets et 30 % « ne sachant pas ». Loin de s'imaginer la catastrophe sanitaire à venir, les sources d'inquiétudes pour 2020 étaient surtout les tensions géopolitiques, la baisse des taux ou encore le retour de la volatilité.

L'ESG et le non coté séduisent.  Par ailleurs, l’étude souligne l’intérêt croissant des CGP pour l’investissement socialement responsable (ISR) et les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). « Si certains redoutent un habillage marketing, la tendance est bien là », note Aprédia. Reste que si près de la moitié des conseils en gestion de patrimoine (48 %) s’est dit sensibles à l’ISR, leurs clients n’ont été que 23 % à se dire intéressés et parfois en attente de solutions porteuses de valeurs éthiques. Pour autant, la performance reste l’attente principale des clients selon leurs conseillers. « Faire comprendre aux clients qu’il est préférable de chercher à concilier la performance (même un peu moindre) avec une éthique environnementale et sociétale est un enjeu pour demain », analysent les auteurs de l’enquête.

Les CGP montrent aussi de l'intérêt pour la loi Pacte. Pour 58 % d'entre eux, elle est synonyme d’opportunités en ayant pour objectif de donner aux entreprises les moyens d’innover et de se transformer. Les conseillers apprécient un cadre qui favorise l’économie « réelle » et le développement de nouvelles solutions. Dans cette logique, le private equity attire les convoitises. Pas moins de neuf CGP sur dix montrent de l’intérêt pour l’investissement dans les PME non cotées, et 81 % pour les fonds investis dans ces actifs. En revanche, les conseillers n’oublient pas que ces investissements peuvent aussi être source de risques.