Normes

Certifier le conseil en gestion de patrimoine : une histoire d'avenir

Raymond Leban, président, CGPC
La certification CGP était en avance sur son temps en prônant une approche centrée sur l’appréhension et la satisfaction des besoins de l’épargnant cherchant conseil
Le pas ultime de l’avancée réglementaire sera peut-être que l’activité de CGP fasse l’objet d’une réglementation spécifique globale
DR, Raymond Leban, président, CGPC

Le conseil en gestion de patrimoine va bien au-delà du conseil financier.

Le conseil en gestion de patrimoine va au-delà du conseil en investissements financiers (CIF) tant sur le plan du champ des recommandations livrées au client que de la méthode employée pour engendrer ces recommandations et accompagner leur mise en œuvre dans le temps.

A partir d’une écoute sans a priori du client et d’une appréhension d’ensemble de sa situation, il fournit à ce client ce que les Anglo-Saxons nomment du « financial planning  », autrement dit une « planification financière personnelle » intégrant tous les facteurs de sa situation patrimoniale présente et future (qui vont des actifs et désirs immobiliers à l’anticipation de la succession en passant par les objectifs de revenus pour la retraite et les placements financiers). L’idée de caractériser l’activité de financial planning et de constituer ceux qui l’exercent en profession à travers l’élaboration de standards et le développement d’une certification en tant que « Certified Financial Planner » (CFP) est née aux Etats-Unis il y a presque 50 ans. Cette certification a été délivrée dans un premier temps localement par un CFP Board, puis elle s’est étendue au-delà des Etats-Unis à partir du milieu des années 90, sous l’étendard d’un International CFP Board, transformé en Financial Planning Standards Board (FPSB) en 2004.

CGPC a été un pionnier actif de la constitution de cette activité en profession en France à travers la certification CFP prolongée par la norme ISO 22222.

La France a fait partie des membres fondateurs de la famille CFP internationale dès 1997 sous l’égide de la CGPC, l’Association française des conseils en gestion de patrimoine. Cette dernière, qui fête son 20e anniversaire le 15 juin 2017 à la Maison de l’Unesco, s’est lancée résolument dans le développement de cette certification avec notamment un soutien appuyé des grandes compagnies d’assurances, qui jugeaient la démarche originale et prometteuse pour susciter la confiance du consommateur-épargnant puisqu’elle mettait le client et ses besoins au centre du processus de conseil, quand l’approche très dominante était de vendre ses produits propres.

Venue en 1999 proposer à la Commission européenne d’adopter la certification CFP comme standard de fait de l’activité de conseil en gestion de patrimoine en Europe, le CFP Board s’est vu indiquer que les standards de la certification auraient plus de poids en Europe s’ils étaient associés à l’œuvre de l’organisation internationale de normalisation ISO et il a suivi la préconisation. Pour l’ISO, qui avait jusqu’alors promu le développement de standards mondiaux techniques et de qualité pour un grand nombre de produits, ce serait le premier effort d’élaboration d’une norme pour des praticiens d’une « industrie de services ».

Deux ans plus tard, en 2001, seize nations ont envoyé des représentants à la première réunion d’un comité technique (CT) ISO Personal Financial Planning, dont le secrétariat était assuré par le CFP Board. La CGPC a joué un rôle actif dans l’élaboration de cette norme ISO individuelle de Personal Financial Planning à travers notamment la vice-présidence du comité technique ISO France, et la norme ISO 22222 finalement votée en 2005 s’est révélée très similaire aux standards qui définissent le CFP.

CGPC ayant été fortement impliquée dans la conception d’une norme elle-même en ligne avec les standards CFP, il n’est pas surprenant que ses certifiés CFP puissent obtenir à titre individuel cette reconnaissance internationale d’un autre ordre, dès lors qu’ils en font la demande. Et la norme ISO 22222 connaît de fait presque autant de succès que celle de CFP auprès de nos certifiés puisque plus de 60 % d’entre eux la demandent.

La certification CGP était en avance sur son temps en prônant une approche centrée sur l’appréhension et la satisfaction des besoins de la personne épargnante cherchant conseil, cette approche qui reconnaît que, par exemple, pour qui veut placer des fonds, c’est la promesse de rentabilité/risque qui compte plutôt que la nature du produit de placement. La réglementation  européenne Mifid II poursuit un peu le même objectif avec la « gouvernance produit » : les fabricants de produits financiers doivent se préoccuper des besoins susceptibles d’être satisfaits, donc des profils de clients pour lesquels ils sont adaptés, et sont tenus de le faire savoir.

L’évolution de la réglementation européenne (le fait qu’elle tende à intégrer les standards professionnels de la certification CFP) confirme la pertinence de cette certification et la réalité de l’avantage concurrentiel qu’elle procure aux certifiés.

Plus généralement, force est de constater que la réglementation européenne tend à intégrer les standards professionnels de la certification CFP. Que dit-elle, que préconise-t-elle, qu’impose-t-elle de fait ?

La réglementation, tant la loi que les « guidelines » de l’Esma, dit que les conseils et les sociétés de conseil doivent être en mesure de prouver un niveau de qualification adéquat, une expérience pertinente suffisante et un niveau d’éthique élevé dans la pratique de leur métier.

Elle met en avant les 4 E, « Education, Experience, Examination, Ethics », constitutifs de la certification CFP/CGPC.

Cela signifie que, pétris de ces principes et engagés dans leur respect depuis qu’ils ont rejoint les rangs des certifiés, les certifiés CFP peuvent en quelque sorte faire état d’un « brevet de respect de la réglementation ». De par le fait d’être certifiés, ils disposent de capacités distinctives, d’un avantage concurrentiel, qu’ils peuvent mettre en avant auprès du consommateur-épargnant, un peu perdu face à la prolifération des produits et des intervenants.

Le pas ultime de cette avancée de la réglementation sera peut-être, comme cela vient de se passer en Australie, que l’activité de conseil en gestion de patrimoine fasse l’objet d’une réglementation spécifique globale. Les instigateurs du développement de la certification CFP seront alors allés au bout de la réalisation de leur rêve de créer une profession.