Ce que nous sommes

De la contestation aux élections. Voilà sans doute le fil directeur de ce mois de mai. Le premier jour, celui de la Fête du travail, est annoncé à l’heure où s’écrivent ces lignes, comme devant agglomérer toutes les colères du pays, notamment en jaune, avant que le mois ne se termine par un passage aux urnes pour colorer notre Vieux Continent. Une coloration en bi-ton dans l’Hexagone, depuis la désagrégation de l’échiquier politique français traditionnel, et qui conduira les électeurs à voter pour réformer à partir de l’existant ou… à le faire disparaître. Mais la France ne fera pas tâche. Cet état des lieux vaut pour tous les grands pays européens.
 Quoi qu’il en soit, entre ces deux bornes, dans un mois offert aux ponts et aqueducs, les Français auront-ils le loisir de s’interroger sur ce qu’ils sont ? Il faut l’espérer. Capables du meilleur, sans distinction de catégorie socio-professionnelle ou de ressources pour participer à une grande cause telle la reconstruction de Notre-Dame et sans doute du pire en s’en prenant à un mécanisme légal de réduction d’impôt - pour une fois incitatif et non répressif - en omettant le ruissellement économique d’une telle entreprise, ou en un mot comme en cent, en tentant de hiérarchiser les causes qui méritent des aides de financement - privé celui-là.
 Il y a dans cette défiance un trait de caractère bien de chez nous, qui nous renvoie d’ailleurs à nos contradictions. Chiffrées. Nos compatriotes ont fait du livret A leur placement vedette. Et viennent encore le mois dernier d’y déposer plus de 2,5 milliards d’euros, tandis que sa rémunération est négative une fois déduite l’inflation. On peut soit attribuer ce comportement à une détestation de la fiscalité, que l’on sait pourtant invoquer pour financer les urgences de notre pays, soit attribuer cette réaction à un goût prononcé pour l’absence de risque. Encore faut-il admettre dans ce cas que l’on ne peut être payé qu’en conséquence. Et c’est là que le bât blesse. Car la bourse et ses investisseurs sont régulièrement pointés du doigt. Peu importe que ces épargnants participent au financement d’entreprises hexagonales ou européennes et qu’ils en assument les risques. Peu importe que ces petits porteurs aient été souvent des dommages collatéraux dans des scandales financiers ou de mauvaise gestion. En revanche, on dénoncera ces 15 % de progression boursière dont profitent par exemple ces investisseurs depuis le début de l’année, en oubliant au passage la perte équivalente encaissée au mois de décembre dernier.
 On ne change pas un pays en quelques années. Surtout un pays comme la France. Mais on peut admettre qu’une évolution des esprits s’impose à nous. Il faut plus de cohésion et de cohérence, plus « d’ensemble », ce qui nous renvoie d’ailleurs, une fois encore, à cet édifice martyrisé qui a exigé 200 ans d’un travail collectif. La valeur inestimable d’une cathédrale se nourrit de ce chantier. La lente transformation d’un pays enfin soucieux d’être moins fracturé est une entreprise pas moins ambitieuse. A ce titre, d’une cathédrale à l’autre, l’Europe pourrait, être un test grandeur nature.