BPCE s’attelle au dossier Natixis

Amélie Laurin
L’état-major de la banque mutualiste étudie plusieurs scénarios pour sa filiale cotée, en perte au premier trimestre, de l’absorption de certains métiers au retrait de cote. Aucune décision n'a été prise à ce stade.
Le sort de Natixis suscite des inquiétudes, notamment après ses 200 millions d’euros de pertes du premier trimestre. (Bloomberg.)

Circulez, il n’y a rien à voir. C’est le message passé vendredi soir par BPCE. La banque mutualiste a «fait savoir qu’elle n’a pas l’intention de déposer un projet d’offre publique sur les actions Natixis». Quelques heures plus tôt, le Financial Times rapportait que le groupe a récemment étudié le rachat des 30% qu'il ne détient pas dans sa filiale cotée Natixis. BPCE dément ce scénario, tout en rappelant mener «en permanence des réflexions stratégiques sur les possibles évolutions de l’organisation du groupe».

Ces dernières semaines, des discussions ont bien eu lieu en interne sur l’avenir de la banque de gros du groupe, confirment plusieurs sources. Le sort de Natixis suscite des inquiétudes après ses 200 millions d’euros de pertes du premier trimestre et les difficultés récurrentes de certaines activités de sa banque de financement et d’investissement (BFI) et de sa gestion d’actifs, exposées aux aléas des marchés financiers. L’action Natixis a perdu 40% de sa valeur depuis le début de l’année et clôturé vendredi à 2,53 euros, en hausse de 4,1% après l’article du FT… mais à des années-lumière de son prix d’introduction en bourse de 19,55 euros en 2006. La banque vaut à peine 8 milliards d’euros sur le marché, soit 40% du montant de ses capitaux propres (19,7 milliards d’euros au 31 mars).

Séminaire interne

Face à ces revers, que s’est-il passé ces dernières semaines au sein de BPCE ? Les versions divergent. «Laurent Mignon (le président du directoire de BPCE, NDLR) a présenté au conseil de surveillance un projet de retrait de cote mais il s’est heurté à l’opposition des présidents et directeurs généraux des Banques Populaires et des Caisses d’Epargne. L’idée a du coup été abandonnée», assure une source interne. BPCE dément formellement cette version. «Aucun projet de cette nature n’a été évoqué au conseil», affirme une porte-parole.

En revanche, «les barons (des banques régionales du groupe, NDLR) ont donné leur feu vert au principe d’un groupe de travail sur l’avenir de Natixis», explique un autre bon connaisseur du dossier. «Un séminaire organisé ce mois-ci a permis de passer en revue plusieurs options, du retrait de cote à l’intégration plus forte de certaines filiales de Natixis au sein de BPCE, notamment l’assurance et les paiements, poursuit cette source. Aucune décision n’a été prise et il reste de nombreuses étapes à franchir pour déterminer la valorisation de Natixis et de ses activités, les modalités d’évolution de son organisation et un éventuel calendrier.»

Dépendance au dividende

A ce stade, une seule idée fait consensus : il faut régler le problème du bon modèle pour Natixis, d’une manière ou d’une autre. D’autant que les récentes difficultés de la filiale ont des répercussions dans tout le groupe. «L'annulation du dividende 2019 de Natixis (décidée fin mars, NDLR) est un coup dur pour certaines banques régionales, pour lesquelles cette ressource représente une part significative du bénéfice annuel», pointe une source. Un tiers des résultats 2019 de la Caisse d’Epargne Grand Est Europe et de la Banque Populaire Occitane provenait de la rémunération des actions Natixis, et même 40% à la Casden, la banque de la fonction publique, révèle un document interne consulté par L’Agefi.

Cette dépendance rappelle de mauvais souvenirs. Les errements passés de Natixis avaient conduit à son retentissant sauvetage en 2009, en pleine crise financière. Et au rapprochement sous la houlette de l’Etat de ses deux actionnaires fragilisés, les Banques Populaires et les Caisses d’Epargne, au sein d’un nouveau groupe baptisé BPCE.

Laurent Mignon est l’homme qui a redressé Natixis, avant de prendre la tête de BPCE mi-2018. Il a largement «dé-risqué» la banque de gros du groupe, en prônant un modèle «asset light», peu gourmand en capitaux. Mais cette restructuration semble avoir atteint ses limites après des pertes sur des produits dérivés en Asie fin 2018 ou encore les difficultés des fonds de sa boutique de gestion d’actifs H2O, jugée trop autonome.

Report du plan stratégique

Le profil hybride et de moins en moins «bancaire» de Natixis a été accentué par la sortie, en 2019, de ses activités de financements spécialisés (affacturage, crédit à la consommation…), reprises par BPCE. Parmi les produits au service des banques de détail de sa maison-mère, Natixis a conservé les paiements et l’assurance, devenant même l’opérateur unique du groupe dans ce métier. Mais ces deux spécialités ne font pas le poids face à la BFI et à la gestion d’actifs. Ces dernières sont les premières sources de bénéfices de Natixis, mais sont aussi plus volatiles et plus risquées.

Les premiers effets de la crise du Covid-19 au premier trimestre ont cristallisé les fragilités. Natixis a fini dans le rouge à fin mars en raison de pertes dans les dérivés actions, de cas de «fraude» dans le négoce de pétrole en Asie, et des difficultés des petits producteurs américains d'or noir qu’elle finance. La banque tente de combler les brèches, en réorganisant par exemple son activité de financement des matières premières (lire par ailleurs). Mais cela ne suffira sans doute pas. Face à l’ampleur de ses défis, Natixis a repoussé d’un an la présentation de son nouveau plan stratégique, prévue initialement à l’automne. Le 3 août, la banque présentera ses résultats à fin juin, très attendus.