Bankin étrenne l’initiation de virements bancaires par un tiers

Jade Grandin de l'Eprevier, Agefi Quotidien
L’agrégateur de comptes proposera dans les prochaines semaines d’ordonner un virement entre banques depuis son interface.

Son audace n’a d’égal que ses ambitions. La fintech d’agrégation de comptes Bankin a annoncé hier une levée de fonds de 7 millions d’euros auprès d’Omnes Capital, de CommerzVentures et de Generation NewTech, une filiale d'Oddo & Cie. La moitié de l’investissement sera dédiée à la R&D, avec le recrutement de 20 salariés (la société en compte 30 actuellement) d’ici à fin 2018, principalement des ingénieurs informatiques, afin de développer des fonctionnalités de conseil financier. Avec 1,5 million d’utilisateurs  revendiqués, Bankin en vise 10 millions dans trois ans. L’autre moitié de l’investissement sera consacrée au marketing.

La start-up a aussi annoncé qu’elle permettrait dès les prochaines semaines d’ordonner des virements. L’initiation de virements par un tiers est permise, en théorie, par la deuxième directive européenne sur les services de paiement (DSP2) mais le cadre légal et technique, en discussions, ne sera arrêté qu’en janvier 2018. «Lancer l’initiation de virements en avance de phase ne sera pas préjudiciable car on sait que l’on devra rendre des comptes à un organisme financier de tutelle», affirme Xavier Brunaud, directeur de participations chez Omnes Capital.

La DSP2 donne deux possibilités aux intermédiaires non bancaires. Ils peuvent, comme ils le font aujourd’hui pour l’agrégation, se connecter directement aux comptes via le site web de la banque (technologie de web scraping) ou bien indirectement, grâce à une interface (comme une API) mise à leur disposition par la banque. «Il n’y a pas d’obligation pour la banque de créer une interface, ni pour nous de l’utiliser, souligne Joan Burkovic, cofondateur et PDG de Bankin. Car c’est au bon vouloir de la banque de mettre à jour les données et d’investir dans l’interface et il peut y avoir de la discrimination sur les données mises à disposition par rapport à celles de l’interface client. Trois banques, notamment, ont sorti des API: le Crédit Agricole, Axa Banque et Santander.»

Bankin a donc choisi la première option. La start-up est déjà connectée à 350 institutions financières pour l’agrégation mais devra procéder banque par banque pour permettre aussi les virements. «Les banques n’ont ni le droit ni la capacité technologique de nous bloquer l’accès à leurs comptes, indique Joan Burkovic. Après janvier 2018, elles devront nous prévenir en avance des modifications sur leur interface web afin que nous puissions nous y préparer.»