Assises du Patrimoine : Un succès très Net !

Jean-François Tardiveau
Avant que ne soient dévoilés les lauréats des Coupoles de l’Audace, une vingtaine d’experts se sont exprimés en web conférences au cours d’Assises du Patrimoine exceptionnelles

C’est une première ! La semaine du patrimoine organisée par L’Agefi Actifs, au sein de laquelle devaient se tenir les Assises du Patrimoine, a dû se plier aux contraintes liées à la crise du Covid-19. Des spécialistes ont ainsi pu débattre des sujets brûlants qui occupent la gestion de patrimoine les 22, 23, 24 et 25 juin au cours de quatre web-conférences dédiées aux conseillers. Dans le détail, la situation de l’immobilier au sortir du confinement, celle de l’assurance vie, la réévaluation des risques dans les portefeuilles et enfin les allocations d’actifs ont été scrupuleusement analysées. Enfin, au terme de la dernière conférence, les lauréats des Coupoles de l’Audace qui mettent à l’honneur les meilleurs acteurs de la distribution ont été dévoilés au cours d’une cérémonie dans les locaux de L’Agefi ! Ce sont tous ces événements sur lesquels nous revenons dans notre enquête cette semaine.

Web conférence n° 1 : Immobilier


L’obligation d’être sélectif

Sans surprise, les différents responsables qui ont participé à la web-conférence dédiée à l’immobilier ont pris soin de distinguer différents sous-secteurs immobiliers aux caractéristiques et aux comportements différents dans la nouvelle donne économique.

Les locaux commerciaux en première ligne ont retenu l’attention. Cependant, pour les participants à la conférence, la crise avait déjà frappé et celle du Covid-19 s’est contentée d’accélérer les évènements. « Ce secteur connaissait une crise dûe à une offre relativement abondante, à la menace du commerce en ligne et au niveau élevé de certains loyers par rapport au chiffre d’affaire des enseignes. Aujourd’hui, nous restons pessimistes quant à son évolution », a indiqué Vincent Bruyère, senior real estate fund manager chez Degroof Petercam Asset Management. En chiffres, le responsable a évoqué une baisse possible des prix des actifs physiques de l’ordre de 5 % à 10 % chaque année pendant trois ans et une baisse concomitante des loyers de l’ordre de 20 %. Avec en corolaire un constat : le rapport de forces entre locataires et propriétaires s’est inversé, les premiers ayant désormais la main.

Le marché des bureaux ne présente pas en revanche des caractéristiques similaires. Profitant d’une offre limitée d’actifs de qualité aux centre villes, et donc d’un effet rareté avant la crise, il offre une meilleure visibilité des cash flows, a exposé Vincent Bruyère. « Sur ces actifs de centre ville, la crise du Covid-19 laisse surtout beaucoup d’interrogations quant au mode de fonctionnement des entreprises dans le futur », a-t-il ajouté. Et de détailler l’impact du télétravail et ses conséquences sur la réduction possible des surfaces avec une contradiction sur la nécessité d’espace par personne plus importante due à la distanciation sociale. « Le télétravail n’est pas fondamentalement nouveau », a relevé Jean-François Chaury, directeur général d’Advenis Reim. Sans doute le volume d’heures va augmenter mais la transformation ne sera pas massive. En revanche, le responsable a reconnu des dommages sur certains actifs tels que les sociétés de coworking, directement impactées par la crise sanitaire. Ces biens devraient de surcroît payer leurs prix qualifiés « d’astronomiques ». Mais le professionnel a admis qu’il était difficile de tirer d’ores et déjà des conclusions, alors que l’on ne dispose pas d’assez de recul face à cette crise d’un nouveau genre. Son équipe de gestion n’a réalisé aucun arbitrage mais la question est désormais de savoir si la crise va rebattre les cartes pour des actifs comme les bureaux, l’hôtellerie, ou le tourisme en général. « Avant la crise, les maisons de santé, les campings, les parcs, l’hôtellerie, avaient le vent en poupe car ils répondaient à un souhait de diversification et de rendement supplémentaire », a rappellé Jean-François Chaury. Quant aux locaux commerciaux, ils souffrent du fait des interrogations sur la consommation des ménages mais permettent d’entrevoir des opportunités en tirant profit du changement du mode de consommation. C’est ainsi que la logistique doit bénéficier de la hausse des ventes en ligne. Pour Jean-François Chaury, le Covid-19 aura nettement accéléré ces tendances.

Dans ce cadre, chez Degroof Petercam Asset Management, on s’intéresse à des actifs immobiliers alternatifs tels que les maisons d’étudiants, les datas centers, la logistique en centre urbain, les actifs liés au secteur de la santé, ...

Pour sa part, associé gérant chez Herez, Patrick Ganansia a indiqué de façon très concrète que le mot d’ordre avait été d’interdire à ses clients la souscription des parts de SCPI dès le début du confinement en raison de l’absence de visibilité. « Cette interdiction a été maintenue jusqu’au 8 juin dernier, date à partir de laquelle Herez a rouvert de façon sélective certaines souscriptions », a-t-il précisé. « La qualité de la gestion, mais en particulier le sous-jacent immobilier, ont été retenus comme critère pour rouvrir ou laisser fermer les SCPI aux souscriptions. Cependant, nos clients peuvent depuis cette date souscrire des SCPI sélectionnées avec la plus grande attention dans le domaine de la logistique, de la santé ou de l’éducation, des maisons de santé et certaines SCPI composées d’immobilier de bureaux ou d’habitation de très grande qualité », a ajouté Patrick Ganansia. En revanche, au sein de sa société, « les SCPI comprenant une forte proportion d’habitation en petites villes de province, de commerces en province ou encore dans des Centers Parks restent suspendues », a t-il précisé.

Au sein du pôle expertise immobilier chez Olifan, Nicolas James a reconnu la nécessité d’avoir une approche différente de l’immobilier. Qualifié traditionnellement de valeur refuge, il faut pourtant hiérarchiser les thématiques d’investissements au sein de cette classe d’actifs. « Nous avons nous-mêmes établi un scoring de ces actifs et avons formalisé nos procédures. En outre, nous avons élaboré une méthode de suivi dans la crise, avec des arbitrages de plus en plus fréquents. Nicolas James en est convaincu : « la façon de concevoir l’immobilier va évoluer. L’acquisition de long terme ne correspond plus à une réalité immobilière où les locataires bougent beaucoup. Dans ce cadre, deux actifs immobiliers ont été directement et durement impactés par la crise : l’hôtellerie et le commerce. Nous voyons aussi des valorisations très avantageuses pour les vendeurs et non plus pour les acquéreurs ». Mais pour lui aussi, le phénomène de survalorisation était visible dès avant la crise. Pour les commerces, le scénario semble assez proche dans la mesure où la situation était critique avant la pandémie. D’où une baisse régulière des rendements. Des secteurs continueront de bien se comporter, comme celui des bureaux de qualité (Core), les maisons de santé et les habitations dont celles qui peuvent tirer profit des changements sociétaux et s’éloignent ainsi de la simple propriété de son logement. Il n’en reste pas moins que Nicolas James s’est voulu prudent : « La digitalisation va transformer d’une certaine façon nos sociétés mais il est hasardeux de penser qu’elle va être disruptive ». En revanche, les commerces vont se modifier et les SCPI pourraient donc logiquement en pâtir, tandis qu’elles profitent d’un phénomène d’inertie lié à leurs fonctionnements avec des paiements de loyers en amont.

Quoi qu’il en soit, chez Degroof Petercam Asset Management, on compte faire preuve de prudence dans les anticipations sur le secteur. «Il n’y a aucune croissance à attendre du côté des locaux commerciaux dédiés au retail et elle ne sera que très légère dans certains bureaux de qualité bien situés. Les sous secteurs de la logistique et du résidentiel devraient montrer le plus de résilience. Par ailleurs, notre modèle de valorisation table sur un return total attendu pour l’actionnaire qui est limité aux dividendes des sociétés, de l’ordre de 4 % », a détaillé le responsable. Ce dernier table aussi sur des taux d’endettement en hausse dûs aux valorisations des actifs en baisse et donc à des augmentations de capital pour des sociétés foncières dont le bilan a été affaibli par la crise. Sur les marchés financiers, Patrick Ganansia a indiqué avoir effectivement profité de certaines aberrations de marchés. Notamment par l’acquisition de fonds investis sur les foncières cotées, nettement sous-cotées.

L’inconnue des taux

Vincent Bruyère ne s’attend pas à des miracles à court terme pour la classe d’actifs immobilière dont il a souligné le parcours remarquable au cours des dix dernières années. « Sur cette période, l’indice sectoriel immobilier européen a affiché une performance supérieure de 2,5 % par an par rapport à celle de l’indice généraliste des 600 plus grosses capitalisations boursières européennes représentées dans le Stoxx 600. » Pour autant, l’immobilier profite toujours de facteurs positifs. A commencer par des taux d’intérêt très faibles qui maintiennent un différentiel avec les rendements immobiliers intéressant. Enfin, les liquidités abondent, aidé par l’intervention des Banques Centrales. « Nous nous attendons à un retour de l’inflation qui aura un impact positif pour l’immobilier ». Le plus gros risques serait une augmentation forte et rapide des taux d’intérêts. Un sentiment globalement partagé, même si Patrick Ganansia a noté que le niveau des taux progresse déjà. Des prêts immobiliers à 1 % sur 20 ans en début d’année s’affichent désormais à 1,40 %.
« Ce qui pourra aussi se répercuter sur le marché des SCPI car le rendement des SCPI ne pourra pas être en hausse en 2020 », prévient le dirigeant.

Immobilier vert 

Au rang des éléments positifs, la crise aura donné un coup d’accélérateur à l’investissement socialement responsable dans l’immobilier. « L’aspect - vert - est clairement une exigence de Bruxelles dans le cadre du plan d’aide économique de 750 milliards d’euros et l’on peut s’en féliciter … », a relevé Vincent Bruyère. Dans ce cadre, les acteurs chargés de réhabiliter de vieux actifs immobiliers – comme Alstria en Allemagne – trouvent grâce à ses yeux. Le professionnel a relevé d’ores et déjà la pression des actionnaires, des locataires mais aussi des agences de notations ESG sur la nécessité d’améliorer sensiblement les aspects environnementaux, sociaux et de gouvernance d’entreprise. La crise va accélérer le développement de l’immobilier vert, du télétravail, des parkings à vélos, etc., a confirmé Patrick Ganansia. Mais il ne s’agit pas de véritables changements. La crise n’est pas à l’origine d’une mutation mais bien d’une accélération du phénomène.

Des différences en Europe

Si la crise ne s’est pas abattue de façon homogène sur le secteur immobilier listé en bourse, elle n’a pas non plus pesé uniformément en Europe. En fonction des caractéristiques des marchés immobiliers, les situations sont très différentes d’un pays à l’autre. La situation la plus enviable est sans doute celle de l’Allemagne en raison de sa forte connotation résidentielle et de sa bonne visibilité en matière de rendement. D’autant que l’offre est assez faible et la demande très forte. « C’est un marché sain et les sociétés immobilières résidentielles cotées en bourse ont déjà récupéré les niveaux de valorisation boursière d’avant crise », précise Vincent Bruyère. Peu de marchés en Europe à l’exception du marché immobilier résidentiel en Suède, en Finlande et dans une moindre mesure, et le marché irlandais peuvent être considérés comme aussi séduisants.

En revanche, selon Vincent Bruyère, les risques dans le domaine immobilier se trouvent en Europe du sud. En Grèce, Italie et Espagne précisément, en raison de la grande sensibilité aux cycles économiques de ces pays. Mais le gérant en convient facilement, les marchés qui offrent à l’inverse une bonne visibilité sur l’avenir, à l’image de la Suède, de l’Allemagne ou de la Belgique, sont devenus très chers. Quant au marché britannique, il pose naturellement beaucoup de questions alors que les négociations entre Londres et Bruxelles ne progressent que lentement. Des interrogations qui ne préoccupent pas trop l’équipe de gestion de Degroof Petercam AM qui était sortie du marché britannique. « Pas du fait du Brexit, mais en raison des loyers que nous voyions baisser, deux ans avant le référendum, ce qui n’est pas un signe de bonne santé », indique Vincent Bruyère. La stratégie menée chez Advenis Reim est assez différente. Tout en reconnaissant la vocation de valeur refuge du marché allemand, Jean-François Chaury poursuit sa stratégie d’investissement en Espagne en raison des opportunités dont recèle le marché. Essentiellement afin d’obtenir un surcroît de rendement, notamment sur de l’immobilier de bureaux.

Dans ce contexte, sur le vieux Continent, Vincent Bruyère recherche un effet qualité des cash flows et une grande sélectivité des actifs, et ce dans des marchés légèrement surévalués mais de qualité comme la France, l’Allemagne et le Benelux. Pour sa part, Patrick Ganansia regrette le peu de choix qui existe pour les Multi Family office. « Pour être réellement différenciants, nous avons besoin de véhicules immobiliers de qualité qui investissent en dehors de l’Europe ». Ce n’est pas le cas pour l’instant, regrette l’associé gérant.

Web conférence n° 2 : Réévaluer les risques

Une nécessaire remise en ligne

Par sa nature, la crise a surpris et sort des schémas classiques qui partent de la peur à la résignation et au fatalisme. A la différence d’une crise économique classique, il y a une difficulté à comprendre et surtout mesurer l’ampleur de la crise, ont reconnu les intervenants de la table-ronde dédiée à la réévaluation des risques. De façon étonnante, cette inconnue au sens large du terme ne s’est pas matérialisée par un mouvement de panique des clients des conseillers en gestion de patrimoine. « Je n’ai pas enregistré un grand nombre d’appels dans mon cabinet mais il est vrai que nous avons très vite communiqué, a expliqué Jean-Philippe Mango, associé gérant chez Evolia. Par ailleurs, nous avons remarqué que nos clients ont surtout attendu qu’on les prévienne pour réaliser une opération particulière ou suivre une stratégie ». Mais il est difficile de généraliser. « Nous avons pu segmenter notre clientèle en trois catégories », a résumé Jean-Philippe Mango : les clients dynamiques, connaisseurs des marchés qui ont cherché les opportunités, des clients au profil ultra sécuritaire, très anxieux en réaction à la crise, et enfin un troisième groupe, le plus important en nombre, qui, confiant, a attendu nos propositions pour réagir...

Dirigeant fondateur du groupe K&P Finance, Philippe Malatier a lui aussi traversé la période de confinement de façon sereine. Hormis le cas marginal, d’un client ayant désinvesti en totalité (100 % fonds euro de surcroit !), le responsable a noté surtout que les profils dynamiques ont profité de la crise pour réinvestir. Mais le responsable s’est bien gardé d’influencer qui que ce soit. « Ce n’est pas mon rôle de dire de façon péremptoire si les marchés vont progresser ou au contraire baisser », a t-il expliqué, en précisant que globalement, ses clients affichent un profil plutôt prudent avec un fonds en euros prédominant dans les portefeuilles. « Au final nous tâchons avant toute chose de coller au profil de risque des clients quelles que soient les turpitudes des marchés ». Du côté des sociétés de gestion, la situation est assez similaire. CEO d’Ixios AM, filiale d’Exane, David Finch compte parmi ses clients des institutionnels et des conseillers en gestion de patrimoine. « Nous n’avons pas constaté de sorties de capitaux », a indiqué le gérant, même si il a constaté un comportement plus prudent de la part des CGP.

Quelle conséquence la crise a-t-elle eu sur les portefeuilles des clients ? Nous nous attendions à ce que le marché baisse davantage, a reconnu Jean-Philippe Mango, en faisant référence à la crise de 2008. Dans ce contexte, il va être très important d’accompagner les clients même si le discours à tenir, si les marchés rechutaient en raison d’un nouveau confinement, serait très délicat.

Les fonds thématiques en vedette

En matière de placements financiers, la crise a aussi fait son œuvre. « Nous avons profité de cette période pour faire le ménage », a détaillé Jean-Philippe Mango. Notamment en vendant les fonds patrimoniaux dans les portefeuilles, déjà très décevants en 2018. Ce désinvestissement s’est fait au profit de produits plus purs. « Nous avons investi dans des fonds mondiaux ou dans des fonds qui nous donnaient une histoire à raconter, indique-t-il. A commencer par des fonds thématiques qui, pour cette raison, ont le vent en poupe actuellement. »

David Finch qui supervise la gestion de deux fonds globaux et thématiques a pointé l’intérêt des fonds purs. La société de gestion propose un fonds aurifère et un autre « Smart Manufacturing » dont les comportements ont été séduisants durant la crise. Le fonds aurifère par la nature de valeur refuge de cette classe d’actifs a bien rebondi et affiche une performance de 72 % sur les
12 derniers mois. « Sa progression a été forte durant la crise du Covid, très stressante, et la guerre commerciale sino-américaine », a expliqué David Finch. Quant au fonds Smart Manufacturing, il a progressé de 13 % sur un an « Nous entendons profiter des changements sociétaux qui sont intervenus, en lien avec la disruption des supply chain ; de la transformation digitale, etc. », a confirmé le gérant. En fonds global, Smart Manufacturing est investi principalement en valeurs américaines (50 %), japonaises et chinoises (30 %) et le solde pour des valeurs européennes, françaises et allemandes. Mais en adepte de l’analyse fondamentale, à partir d’un univers de valeurs de 250 valeurs - le portefeuille est concentré en comptant 50 valeurs. « Nous investissons dans des grandes valeurs et nous nous sommes assurés de disposer d’une bonne liquidité », a noté le gérant.

Quels enseignements retenir de la crise ? « Dans notre profession, nous avons fait preuve d’agilité, d’une grande capacité d’adaptation », ont estimé les CGP pour qui des ventes ont été réalisées de façon totalement dématérialisées et grâce à une digitalisation qui s’est imposée à eux. « Cette crise aura permis de resserrer les liens avec notre clientèle existante », ont-ils reconnu.


« Mais nos clients pensent que l’on sait tout et que nous sommes en mesure de toujours acheter au plus bas et vendre au plus haut ! », a admis fataliste Jean-Philippe Mango. En outre, les arbitrages sont intervenus dans une période difficile où certaines informations, pas toujours faciles à analyser pour des néophytes, comme le niveau des frais est devenu – hélas – un facteur d’immobilisme, a regretté le responsable. La crise pourrait surtout avoir des conséquences sur la profession. Notamment en matière de développement des cabinets et d’opérations de croissance externe. « Sur le plan professionnel, ce moment est propice pour gagner la confiance de nouveaux clients, ou se voir confier des capitaux supplémentaires », a fait remarquer Jean-Philippe Mango. Une situation qui se justifie par le besoin de pédagogie manifesté par les clients, ce que les banques n’ont pas été en mesure de faire. Ce qu’à confirmé Philippe Malatier qui anticipe aussi de nombreuses déceptions des clients de banques à réseau et de fait, entrevoit des opportunités à saisir pour les conseillers en gestion de patrimoine. Mais le responsable a pris garde à ne pas généraliser en distinguant au sein des conseillers en gestion de patrimoine, deux types de cabinets : un premier composé d’établissements « agiles » qui se sont bien adaptés et ont su affronter la crise, et un second constitué de cabinets, vivant mal la réglementation, considérant la digitalisation comme néfaste pour les relations humaines. « De fait, il est probable que psychologiquement, cette crise va conduire à accroître le mouvement de consolidation des cabinets », a prédit le conseiller dont le cabinet réfléchit d’ailleurs à une opération de cette nature en province sur un axe Lille-Lyon-Marseille.

 

Web conférence n° 3 : Assurance vie

 

La diversification en clé de voûte

Les CGP ont tenu la barre et hormis quelques exceptions, ils n’ont pas constaté de réflexes sécuritaires à la demande de leurs clients. « Les préoccupations des clients sont d’ordre plutôt macro-économique ou portent sur les garanties en cas de krach du secteur bancaire et assuranciel, a expliqué Patrick Galtier, président de l’Anacofi-CIF. De fait, elles ne portent pas tant sur le timing de la reprise de couleurs des marchés comme si les crises précédentes avaient joué un rôle modérateur sur la psychose potentielle », a t-il relevé.

A l’inverse, les participants au débat ont tous mentionné la présence de clients à la recherche d’opportunités compte tenu des exagérations des marchés. Dans ce cadre, la profession a pu mesurer le potentiel et les facilités offertes par la digitalisation et la dématérialisation. « Cette crise va servir d’accélérateur pour les CGP »,
a prédit Pascal Perrier, directeur des réseaux CGP courtiers et e-business BNP Paribas Cardif, qui a évoqué le professionnalisme de la profession dans la crise, la technicité d’un grand nombre d’entre eux et leur proximité avec leurs clients. Un sentiment partagé par Jonathan Benharrous, directeur du développement des réseaux externes Intencial Patrimoine qui a précisé que les arbitrages des CGPI ont été multipliés par trois entre le 15 mars et le 15 avril. Un volume d’opérations auquel il aurait été impossible de faire face sans un parcours digitalisée.

Le fonds en euros divise

Par ailleurs, cette situation est intervenue tandis qu’au plus fort de la crise sanitaire, les chiffres de la Fédération française des assurances ont confirmé une nette décollecte de l’assurance vie. Mais pour les professionnels, cette entrée en matière est sujette à caution. Pour Jonathan Benharrous, directeur du développement des réseaux externes (Intencial Patrimoine), cette décollecte n’est qu’un épiphénomène. Quant à Pascal Perrier, il a évoqué surtout une baisse de la collecte et non des sorties massives de capitaux. Judith Sebillotte-Legris, associé gérant du cabinet Score Patrimoine, a insisté surtout sur le fait que le fonds en euros conserve une place essentielle dans nos allocations malgré les critiques qu’il subit et la volonté des assureurs. L’associé gérant a noté que si les compagnies obligent à investir un certain pourcentage en unités de compte, le fonds euro dispose de caractéristiques inégalées quand on le compare notamment aux fonds monétaires à rémunération négative aujourd’hui. 

Mais cette position ne fait pas que des adeptes. Y compris au sein des CGP. « Structurellement le fonds euros est décalé voire pervers en regard de l’économie réelle du fait de cette garantie en capital et de sa liquidité permanente. Il est donc plutôt sain de revenir à la normale, a indiqué Patrick Galtier, président de l’Anacofi-CIF. Pascal Perrier, directeur des réseaux CGP courtiers et e-business BNP Paribas Cardif est également revenu sur la place du fonds général, présenté comme l’alpha et l’oméga en matière de placements.
« Le fonds général a toute sa place en assurance vie et doit rester un élément de l’allocation d’actif, mais il ne doit pas en être le composant unique. Une diversification est nécessaire à la performance long terme », a indiqué le responsable qui recense plus de 1.200 offres au sein de l’un de ses contrats. « En outre, a précisé Pascal Perrier, il ne faut pas imaginer que toutes les UC sont composées d’actions. Certaines se présentent comme de véritables alternatives au fonds en euros.»

Cette question de l’allocation a été l’occasion pour les différents intervenants de revenir sur les UC ayant le vent en poupe. Et sans surprise, ce sont les fonds purs qui ont la côte. Que ce soit des actions, des obligations, des fonds or ou investis dans des matières premières. Les fonds thématiques sont également bien en vue dans le sens où ils respectent cette pureté. En revanche, au sein même des thèmes, ils peuvent être discutés. « Nos allocations actuelles sont constituées essentiellement de fonds en euro et de fonds purs actions parmi lesquels les fonds thématiques sont également bien en vue », a confirmé Judith Sebillotte-Legris. « En revanche, au sein même des thèmes, nous évitons les thématiques trop à la mode, telle que l’intelligence artificielle, à cause de leur valorisation excessive actuelle. Ce qui n’est pas le cas des thèmes comme l’or, les métaux précieux et le vieillissement de la population » a-t-elle précisé.

« Il est donc encore trop tôt pour prendre des positions marquées sur tel ou tel secteur », a tempéré Patrick Galtier. Cependant, on peut présumer que le cercle vertueux des modes de fabrication ISR va être à l’honneur, ainsi que les valeurs thématiques liées aux technologies de l’information et de la communication, à savoir l’intelligence artificielle et le Big Data, et sûrement le secteur lié à la Santé devenu très sensible.

Convictions et conseils

A l’inverse, le vent a tourné pour les fonds flexibles. « Nous n’investissons plus dans les fonds flexibles et patrimoniaux depuis plusieurs années car lorsqu’ils réduisent leur part actions, l’investissement monétaire qui en résulte est négatif », a rappelé Judith Sebillotte Legris. « Quant aux produits structurés, ils retrouvent nos faveurs grâce aux efforts de transparence sur les frais et les mécanismes proposés et peuvent avoir leur place dans un contrat d’assurance vie. En revanche, l’immobilier éligible au contrat d’assurance vie n’a plus nos faveurs en raison de l’engouement qu’il suscite et de l’importance des frais dans des placements tels que les SCPI, sauf pour des raisons spécifiques », a insisté l’associé gérant de Score Patrimoine. Pour Pascal Schmitter, responsable partenariats CGP Crédit Mutuel Investment Managers, la diversification est également la règle d’or et l’assurance vie est le réceptacle adéquat pour accueillir une gestion active et de conviction par opposition à la gestion benchmarkée. Ce type d’offre est également parfaitement adapté à la proximité du conseiller en gestion de patrimoine vis-à-vis de ses clients et à la qualité de son conseil.

 

Web conférence n° 4 : Allocation d'actifs

 

Dans le contexte actuel, s’interroger sur la résilience des portefeuilles est crucial. Si les anciennes formules prônant la diversification sont toujours de rigueur, les intervenants ont tenu à mettre en avant l’importance de l’ESG dans les années à venir. « Les chiffres parlent d’eux-mêmes. L’investissement responsable représente plus de 1.860 milliards d’euros d’actifs en France, dont plus de 160 milliards ayant reçu le label ISR, soit
460 fonds et encore beaucoup en processus de labellisation actuellement »
, a rappelé Alix Faure, directrice de l’investissement responsable pour l’AFG (Association Française de la Gestion financière).

D’un point de vue « éthique », la crise a encore accentué le désir des particuliers de donner du sens à leur épargne. « La crise sanitaire à mis en exergue l’importance de la solidarité et du collectif que nous devons remettre au centre des préoccupations pour construire l’avenir », a souligné Bertrand Conchon, directeur adjoint des partenariats de distribution chez OFI AM dont la société plaide notamment pour une meilleure prise en compte des critères sociaux.

Des performances qui font débat

Pour poursuivre son développement, l’ESG devra faire ses preuves en termes de performances. Un sujet sur lequel un consensus n’émerge toujours pas. « Près de 90 % de la performance du S&P 500 s’explique par la valeur de l’intangible », a pourtant insisté Ophélie Mortier, responsible investment strategist chez Degroof Petercam AM. Un constat qui rend la prise en compte des critères extra financiers dans la sélection des titres quasi incontournable.

« Si on regarde à long terme, la performance des fonds ESG est intéressante. Cependant, je ne suis pas convaincu qu’elle assurera forcément une surperformance par rapport à une gestion classique »,
nuance Cédric Genet, associé fondateur de Carat Capital.

Le non coté s’affirme

Si l’ESG semble globalement sortir gagnant de cette crise, certaines thématiques comme la santé ou les nouvelles technologies ont également le vent en poupe.

C’est vrai sur la partie coté, cela l’est encore plus dans le non coté. Private equity, dette privée ou encore immobilier sont autant d’actifs réels que les allocataires d’actifs vont privilégier à l’avenir.

Attention cependant, le non coté n’est pas une solution miracle. « Il est encore trop tôt pour conseiller à nouveau à nos clients d’investir dans le non coté. Cette classe d’actifs implique un risque supplémentaire avec un manque de visibilité et de liquidité », a expliqué Thibault Fischer conseiller en gestion de Patrimoine
chez Anthéa.