Legaltech

Assas veut former les innovants du droit

Réagissant aux développements importants des legaltech, un diplôme universitaire voit le jour à l’université de Paris-II
Le diplôme doit accompagner les étudiants dans leur projet de digitalisation du droit et se clôt par un concours
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Le monde du droit est en pleine mutation, notamment en raison de l’arrivée, ces dernières années, de nouvelles entreprises innovantes du droit – les legaltech, pour la plupart fondées par des non-juristes –, qui démo­cratisent l’accès à la prestation juridique et conduisent les professionnels de la loi à repenser leurs pratiques. Un mouvement qui fait osciller le marché du droit « entre angoisse et enthousiasme », observe Bruno Deffains, professeur à l’université de Paris‑II Panthéon Assas et directeur du master 2 Droit & économie. « Pour mener à bien cette révolution en cours, les cabinets d’avocats mais aussi les entreprises de manière générale ont besoin de nouveaux profils, à savoir des innovants du droit », fait observer Stéphane Baller, associé d’EY Société d’avocats et professeur associé en sciences économiques à Paris‑II, ajoutant « dans notre cabinet, nous recherchons une dizaine de profils de ce type par an et nous n’en trouvons que deux annuellement ». Face à ce constat, Bruno Deffains et Stéphane Baller ont créé un tout nouveau diplôme universitaire (DU), intitulé Transformation digitale du droit & legaltech, dont la première promotion a débuté en octobre dernier.

Des profils très variés. Le diplôme s’adresse à un public mélangé, à savoir des juristes, des ingénieurs ou encore des économistes, en formation initiale ou continue. « Les étudiants doivent être titulaires d’un master 2, éventuellement d’un master 1 pour les plus motivés, et porteurs d’un projet. En formation continue, nous souhaitons avoir des directeurs juridiques, des personnes responsables au sein d’autorités de contrôle, mais aussi des magistrats ou des avocats. La liste n’est pas exhaustive », précise Bruno Deffains. La première promotion compte 20 étudiants, dont quatre sont en formation continue. Si cette première promotion ne comprend pas d’ingénieurs, Bruno Deffains et Stéphane Baller comptent bien sur leur intégration dans les années à venir, afin de former des équipes aux profils variés.

Une immersion dans l’univers des legaltech et leurs technologies. Une des particularités du DU est d’avoir confié 75% des enseignements à des partenaires, tels que Google, IBM, Dalloz ou encore l’association Open Law. Le reste des cours est assuré par des professeurs issus de l’université. Les six premiers mois sont consacrés à des enseignements permettant aux étudiants de progresser dans la définition de leur projet professionnel. « Ils bénéficient notamment d’un séminaire de départ de 40 heures apportant aux juristes les clés pour dialoguer avec les ingénieurs et vice versa. Par ailleurs, ils apprennent les dernières tendances technologiques du numérique, telles que l’intelligence artificielle, les réseaux neuronaux et le machine learning, la blockchain ou encore la création de smart contracts. Les techniques de sécurité sont également étudiées. Des start-up du droit viennent aussi challenger les étudiants », détaille Stéphane Baller.

Conception du projet et présentation à un concours. Le second semestre est dédié, quant à lui, à la conception du projet de digitalisation du droit, avec établissement d’une maquette, qui sera ensuite soumise à un concours, le 9 juillet 2018. Ce tout nouveau concours s’intitule Technodroits92 et est également ouvert à tout autre projet – aux étudiants et aux élèves avocats – extérieur au DU. « A noter que l’une des forces de notre diplôme est de permettre aux étudiants d’être immergés dans le réseau des acteurs de la transformation numérique, pour une mise en œuvre plus rapide de leur projet », fait remarquer Bruno Deffains. S’agissant des ambitions du DU, à court terme, il doit permettre d’aller plus loin dans l’apprentissage de la maîtrise de la technologie. « Nous avons hésité, pour la première promotion, à mettre en place une formation au codage. Il ne fait guère de doute, au regard de cette première année d’expérience, que ceci doit rapidement faire partie du programme dans l’avenir », précise Bruno Deffains, ajoutant qu’à moyen terme « nous souhaiterions créer un institut du numérique à Assas et faire éventuellement évoluer ce DU en un master 2 ».

 

 


IBM, un partenaire du diplôme

IBM, connu, entre autres, pour avoir lancé son intelligence artificielle – nommée Watson –, est une entreprise dédiée à l’accompagnement dans la digitalisation des entreprises de manière générale. Elle pratique différents métiers : consulting, accompagnement dans la création et le mise en place d’une technologie à l’aide d’une équipe de développeurs, vente d’outils digitaux et agence de « design thinking ». Sachant que leurs domaines d’expertise sont l’intelligence artificielle, les solutions de stockage à distance (cloud) et la sécurité (compliance, lutte contre le fraude, etc.). Leurs clients sont les professionnels du chiffre et du droit, mais aussi les banques ou encore les très petites entreprises. Dans le cadre du DU, IBM dispensera des cours relatifs au design thinking et à la sécurité. « Nous ferons la démonstration de nos outils et partagerons des cas concrets, en plus des aspects théoriques étudiés », relève Josiane Gain. « A noter que les professions réglementées, telles que les avocats ou les notaires, vont petit à petit se doter d’assistants digitaux et finir par se concentrer sur leur réelle valeur ajoutée, celle qui sera facturée au client au final », complète Simon Flamand, à sales security software d’IBM France.