Marché de l’art

Artprice devient courtier sur internet

La fin de l’exception française sur les ventes aux enchères publiques entrouvre de nouvelles perspectives pour le leader de l’information sur les œuvres d’art.

En 25 ans d’existence, Artprice est devenu un mastodonte du marché de l’art, propriétaire d’une base de données compilant les informations de 108 millions d’images ou de gravures d’art permettant de tracer les œuvres au fil du temps, de 1700 à nos jours.

La société, détenue majoritairement par le groupe Serveur dont Thierry Ehrmann est le fondateur, vient de franchir une étape importante pour la poursuite de son développement. En tant qu’opérateur de courtage aux enchères réalisées à distance par voie électronique depuis la loi n°2011-850 du 20 juillet 2011 sur la libéralisation des ventes volontaires de meubles aux enchères publiques, Artprice.com va lancer ses premières enchères en ligne le 18 janvier prochain.

Pour un retour de la France sur la scène internationale.

Cette loi, au-delà de la mise en conformité avec la réglementation européenne (lire l’encadré), se veut une réponse au déclin culturel de la place artistique française qui, en soixante ans, a cédé sa première place mondiale en termes de ventes aux enchères pour un quatrième rang derrière la Chine, les Etats-Unis et le Royaume-Uni. « La nouvelle loi permet aux maisons de vente étrangères, entre autres, d’opérer en France sans contrainte. Auparavant, elles devaient solliciter une autorisation préalable auprès du Conseil des ventes volontaires (CVV), qui rendait un avis non motivé et non susceptible de référé quelques jours ou heures seulement avant la vente, rendant ainsi l’organisation de ventes aux enchères publiques en France quasi impossible », explique Thierry Ehrmann.

De plate-forme de mise en relation...

Depuis 2005, Artprice.com se limitait, par l’intermédiaire de sa plate-forme, à diffuser des annonces d’achat ou de vente d’œuvres d’art et de mettre en relation les intéressés, ces derniers ayant à leur disposition, grâce à sa base de données, toutes les informations nécessaires à la traçabilité des œuvres. Artprice ne touchait aucune commission sur les ventes, ce qui aurait pu l’assimiler à un courtier.

Jusqu’alors, en vertu de la loi du 10 juillet 2000 qui considérait que les opérations de courtage aux enchères réalisées à distance par voie électronique constituaient, pour les biens culturels uniquement, donc pour les œuvres d’art, des ventes aux enchères publiques, le professionnel s’abstenait puisque, n’étant pas agréé, cela lui était expressément interdit.

… à opérateur de courtage aux enchères en ligne.

« Avec la nouvelle loi, ce traitement d’exception n’existe plus. C’est donc tout naturellement qu’Artprice a basculé comme opérateur de courtage » et se rémunère désormais à des taux défiant toute concurrence : entre 5 et 9 % du montant de la vente.

De quoi faire évoluer quelques habitudes, les commissaires-priseurs prélevant entre 25 % HT de frais acheteur et entre 10 et 15 % HT de frais vendeur sur le prix d’adjudication. Avec ses 1,3 million d’abonnés payants et environ 6,3 milliards d’euros en valeur d’œuvres d’art transitant sur son site en 2010 (dont un tiers aurait fait l’objet d’une vente), Artprice attend beaucoup de cette nouvelle activité. Son ambition ne s’arrête pas là. Constatant « le retard que les maisons de ventes ont pris dans leur développement sur internet et la possibilité qu’elles ont désormais de traiter de gré à gré », Thierry Ehrmann entend « mettre en place des marques blanches pour ces dernières qui reverseront 50 % de leur marge à Artprice ».