Ariane déroule le fil du futur groupe Edmond de Rothschild

Réjane Reibaud et Franck Joselin
Le groupe s’inscrit clairement dans une logique de développement induite par un environnement de plus en plus concurrentiel.
(Pixabay)

Quelle direction allait prendre le groupe Edmond de Rothschild après le décès de Benjamin, fils du fondateur en janvier dernier ? Pour répondre à cette question, Ariane de Rothschild, 52 ans, n'a pas ménagé ses efforts ce mardi 18 mai en livrant à plusieurs journaux suisses, britanniques et français sa feuille de route en tant qu'épouse de Benjamin, héritière principale (avec 66% des parts) et dirigeante exécutive de la banque suisse depuis quelques années.

Dans le journal Le Temps, elle précise qu'il faudra «encore trois ans pour terminer la construction du pôle bancaire, simplifier sa structure et avancer sur la numérisation de la banque privée internationale». Dans le Financial Times, elle indique qu'elle compte doubler les actifs sous gestion du groupe d'ici cinq ans en passant notamment par des acquisitions. «Nous regardons pour racheter des sociétés de gestion, des banques privées ou pour recruter de plus petites équipes», indique-t-elle. Son regard se tourne vers l'Asie et le Moyen-Orient. Au sein de la gestion d'actifs, la croissance viendra aussi du private equity, de l'immobilier et des infrastructures.

Surtout, elle a remodelé son entourage direct au sein de la direction. Vincent Taupin, le directeur général a demandé de son propre chef à prendre sa retraite à l'âge de 62 ans dès cette année. Il sera remplacé début juin par le luxembourgeois François Pauly, qui siège au conseil d'administration de la banque suisse depuis 2016. Ariane de Rothschild sera aussi épaulée par Cynthia Tobiano, l'actuelle directrice générale adjointe et directrice financière, à la fin de l'année, pour gérer les différentes possessions du groupe notamment en dehors des activités financières (vignobles, fromage, hôtellerie de luxe, etc.).

Enfin, le groupe va accueillir à son conseil d'administration Yves Perrier, patron historique d'Amundi, le plus grand gérant d'actifs en Europe, dont il est devenu président non exécutif ce mois-ci.

La cooptation peut surprendre. Les stratégies globales d’Edmond de Rothschild et Amundi paraissent éloignées, eu égard à la taille respective des deux acteurs. Le groupe Edmond de Rothschild gère et conseille aujourd’hui 160 milliards d’euros (dont 65 milliards sont gérés par Edmond de Rothschild Asset Management, la société de gestion d’actifs du groupe), contre plus de 1.700 milliards pour Amundi. Cependant, le groupe se trouve actuellement à la croisée des chemins entre une boutique et une structure prête à passer à la taille supérieure. Cela peut expliquer en quoi la vision et les conseils d’Yves Perrier pourraient servir la société de gestion.

«Nous avons pour ambition d’avoir une gamme resserrée et de faire des choix basés sur de fortes convictions. Il y aura des choses que nous ne ferons pas», explique Christophe Caspar, directeur général d’Edmond de Rothschild Asset Management. A priori, peu de chose en commun avec Amundi, qui propose une offre globale et joue sur les volumes pour proposer des prix de gestion reconnus comme étant particulièrement bas. Cependant, «la pression sur les marges est une réalité dans notre métier, constate Christophe Caspar, même si elle reste moins forte sur les gestions capables de se différencier.»

Dans certaines circonstances, et à condition de faire croître ses actifs, Edmond de Rothschild pourrait donc passer par une contraction de ses marges et un positionnement tarifaire plus agressif. «Cela n’est pas un souci, pour un gérant actif, de proposer des prix compétitifs pour des mandats de taille importante», déclare le dirigeant. La feuille de route est donc claire.