Amundi précise ses intentions dans la gestion passive et alternative

Adrien Paredes-Vanheule
Après le rachat de Lyxor à la Société Générale, Amundi vise une croissance de 50% de ses actifs en gestion passive et alternative d’ici 2025.

Amundi, qui a bouclé le 31 décembre le rachat de Lyxor à la Société Générale pour 825 millions d'euros, a annoncé mardi après la clôture de la Bourse une nouvelle organisation dans un communiqué.

Le gestionnaire d'actifs a également confirmé le niveau de synergies attendues de l'opération, conformément à ce qui avait été annoncé en avril 2021 : les synergies de coûts avant impôts devraient s’élever à 60 millions d'euros en année pleine dès 2024 et les synergies de revenus devraient atteindre 30 millions d’euros en année pleine en 2025.

«Nous confirmons les synergies de coûts et de revenus qui seront issus de cette opération, qui est fortement créatrice de valeur, a indiqué Valérie Baudson, directrice générale d'Amundi, lors d'une conférence téléphonique. Le multiple est de 10 juste en tenant compte des synergies de coûts et le retour sur investissement est supérieur à 10% en trois ans. Les synergies de coûts se feront pour une moitié via l’optimisation des effectifs (qui concernera 3% des effectifs combinés d’Amundi et Lyxor, ndlr) et pour l’autre moitié via la rationalisation de l’IT et des sous-traitants. Aucun départ ne sera contraint.  »

Le coût de restructuration lié à la transaction devrait s’élever à 70 millions d’euros avant impôts (50 millions d’euros après impôts) et sera comptabilisé pour partie en 2021 et avant fin 2022. Amundi et Lyxor misent sur une intégration progressive au cours des deux années à venir.

Pour Lionel Paquin, directeur général de Lyxor qui rejoint le comité exécutif d’Amundi, Lyxor amène à la filiale de gestion du Crédit Agricole des activités à « très forte dynamique et préparées à cette intégration ». « L’activité de Lyxor en 2021 suggère que la firme se dirige vers le meilleur exercice de son histoire avec 10,2 milliards d’euros de collecte nette sur les neuf premiers mois dont 7 milliards pour les ETF et 3,2 milliards sur la gestion active. Nous allons intégrer les équipes de Lyxor et d’Amundi au plus vite. Les entités légales de Lyxor vont disparaître et les produits Lyxor changeront progressivement de marque. Une nouvelle organisation sera dévoilée dans le courant du troisième trimestre 2022 », a-t-il indiqué, ajoutant que l’intégration sera aussi technologique. Rien n’est cependant acté quant à la rationalisation des gammes respectives d’ETF d’Amundi et de Lyxor, a précisé Valérie Baudson.

Les ex-Lyxor aux commandes

La plateforme de gestion passive d'Amundi, qui regroupe les activités du groupe et celle de Lyxor, sera dirigée par Arnaud Llinas. Ce dernier était le patron des ETF et de la gestion indicielle chez Lyxor. La plateforme affiche 170 milliards d'euros d'ETF, soit 14% du marché européen. En incluant le smart beta et l'indiciel, les encours grimpent à 282 milliards.

« Amundi vise une croissance de 50% des actifs sous gestion de sa plateforme de gestion passive d'ici 2025 », précise le groupe dans un communiqué, soit un objectif d’environ 420 milliards d’euros à atteindre.

Pour y parvenir, la firme entend augmenter sa couverture sur le marché ETF en Europe via des partenariats stratégiques et divers canaux. Elle veut aussi se montrer davantage présente sur le marché des investisseurs particuliers ainsi qu’à l’étranger, en particulier en Asie et en Amérique latine. Amundi prévoit une croissance de 11% par an contre 9% par an pour le marché. Amundi souhaite par ailleurs doubler la proportion d’ETF ESG offerts aux investisseurs (article 8 ou 9 du règlement européen sur la finance durable SFDR) pour atteindre 40% de la gamme totale ETF d’ici 2025.

Sur le marché des ETF européens, Amundi doit composer non seulement avec la concurrence habituelle des BlackRock iShares, Vanguard, StateStreet, Invesco et DWS mais aussi avec celle des nouveaux entrants comme Franklin Templeton, Van Eck ou encore HanETF. En France, l’année 2021 a été faste en termes d’enregistrement d’ETF européens. L’AMF en a enregistré 146 sur l’année. Ils représentaient un fonds européen sur cinq (20,7%) autorisé par le régulateur français au 31 décembre 2021 selon le décompte de L’Agefi. Mais ces nouveaux entrants « n’inquiètent pas » Valérie Baudson qui a rappelé que la taille demeurait un atout important sur ce segment.

Alternatives

Le premier gérant européen crée en outre une plateforme de gestion d'actifs alternatifs liquides, « Amundi Alternatives ». Cette nouvelle ligne métier sera dirigée par Nathanaël Benzaken, qui a fait lui aussi l'essentiel de sa carrière chez Lyxor.

«Amundi entend confirmer la position de leader du secteur de l'investissement alternatif qu’occupait Lyxor, avec l'objectif d'augmenter les actifs gérés par la plateforme de fonds de gestion alternative sous format Ucits de 50% d'ici 2025», précise le groupe. Amundi Alternatives représente actuellement plus de 23 milliards d'euros d’encours sous gestion.

Fanny Wurtz, directrice de la distribution et du métier ETF, indiciels et smart beta chez Amundi, a rappelé que Lyxor donnait un « accès privilégié aux plus gros hedge funds de la planète » à l’instar de Bridgewater, le fonds d’investissement alternatif de l’Américain Ray Dalio. Les activités de gestion sur mesure et de conseils en stratégies d’investissements à destination des clients institutionnels et des family offices d’Amundi (Outsourced CIO Solutions) seront aussi renforcées par l’apport de la gestion active de Lyxor.

D'autres nominations ont par ailleurs été annoncées au sein du groupe Crédit Agricole. Florence Barjou, directrice des investissements de Lyxor, assumera désormais cette fonction chez Crédit Agricole Assurances. Elle prendra progressivement ses charges le 15 janvier pour une prise de fonction effective au 1er mars 2022. Elle sera épaulée par Matthieu Lance, directeur adjoint des investissements, responsable des actifs réels et des participations, à compter du 7 mars. Ces deux nominations interviennent dans le cadre des départs en retraite de Jean-Jacques Duchamp et Françoise Debrus.