Interview

Alain Clot : «Il existe plusieurs axes de progression du secteur»

Alain Clot, président de France Fintech, parle de l'évolution de la place des fintechs dans le secteur de l'épargne et de leurs relais de croissance potentiels.

L'Agefi Actifs : Comment définissez-vous une fintech ?

Alain Clot : Pour nous c’est tout d’abord une entreprise qui s’attache à proposer des services bancaires,  d’assurance, de gestion d’actifs, au service de la réglementation et des outils pour les entreprises (ressources humaines, finance). Ensuite c’est un recours significatif à la technologie et en particulier celle liée à la mobilité et à la donnée. Par ailleurs, c’est une start-up. Dans le noyau dur de France FinTech, il s’agit d’entités qui sont dans une phase première de leur développement et indépendantes, non sous contrôle majoritaire des grands groupes financiers traditionnels. Enfin, le ciment de tout cela, c’est une innovation forte. Cette dernière peut prendre plusieurs formes : il y a l’innovation de parcours (« UX»), d’usage (le paiement pair à pair par exemple), de modèle (financement participatif), ou de technologie.

Comment se porte l’écosystème fintech ?

Très bien ! Nous comptons environ 900 fintechs en France. Nous sommes l’un des écosystèmes qui croît le plus vite en Europe et le deuxième en taille derrière le Royaume Uni. Nous avons levé, l’an dernier, 2,3 milliards d’euros et depuis le début de l’année, 1,7 milliard. Nous avons 11 licornes dont plusieurs champions de classe européenne à l’image d’October, Younited ou Lydia, voire de classe mondiale, comme Ledger. La relève est en outre abondante.

Comment s’explique ce dynamisme ?

La France a commencé très tôt en matière de finance à distance - accès aux comptes et à des opérations de base - et de modèles alternatifs grâce au Minitel. Ceci explique que nous ayons vu émerger des pionniers comme Boursorama ou Cortal. Ensuite, les Français ont pris du retard par rapport aux anglo-saxons car il manquait du capital risque et des régulateurs favorables aux modèles innovants. Par ailleurs, il était très difficile de pénétrer ce marché singulier de la banque universelle totale. Mais la situation et le consommateur changent depuis une dizaine d’années.

Le contexte n’est-il pas en train de se tendre ?

Les derniers chiffres arrêtés en mai montrent que les levées de fonds s’inscrivent toujours à un rythme soutenu et que les business plans se déroulent globalement comme prévu. Pour autant, les fintechs n’étant pas indifférentes au niveau général d’activité, il nous faut rester vigilants. De fait, les investisseurs se montrent encore plus sélectifs que l’an passé.

Quels sont les freins dans l’univers de l’épargne ?

L’épargne est l’un de nos grands domaines d’innovation, qui croit fortement. Mais il a connu ces dernières années une croissance moindre que les paiements par exemple. Aujourd’hui les fintechs du placement, de l’épargne, et des solutions patrimoniales représentent environ 13 % de notre écosystème. La difficulté de départ réside dans le fait que l’épargne française est captée par des produits peu rémunérateurs, comme le livret A, ou encapsulée dans des enveloppes fiscales comme l’assurance vie. Le sujet de l’éducation financière est d’une acuité particulière car il faut expliquer l’intérêt de recourir à d’autres formes de produits ou de sous-jacents. Il y a en outre en France une forte aversion au risque comparativement à d’autres pays.

Quels sont les relais de croissance dans les prochaines années ?

Il existe plusieurs axes de progression du secteur dont l’essor du sujet de la retraite et de la succession. Il ne faut pas oublier qu’une bonne partie des clients font face à des problématiques d’épargne significatives alors même qu’ils ne relèvent pas de la gestion privée («mass affluents») . La technologie permet de proposer du diagnostic et du conseil en investissement de bonne qualité. Je pense notamment aux «robo advisors». L’intelligence artificielle et le Big Data autorisent des avancées de plus en plus significatives. Par ailleurs, nos acteurs investissent beaucoup dans le domaine de l’investissement socialement responsable (ISR). Enfin, l’accès au marché boursier est aussi un sujet d’innovation important où l’on peut encore améliorer l’expérience utilisateur et réduire les prix. L’épargne est l’un de nos principaux champs de développement et d’innovation pour les années à venir.