Adrien Dumas, un capitaine d’équipe

Laurence Marchal
De l'Auvergne à Paris, parcours du successeur de Marc Renaud à la tête de la gestion de Mandarine Gestion.

Adrien Dumas a pratiqué le rugby pendant près de 10 ans. A l’approche de la quarantaine, il a préféré s’adonner à des sports moins « rugueux », selon ses termes. Mais le nouveau directeur de la gestion de Mandarine Gestion a conservé de cette véritable passion le souci du collectif et les qualités d’un troisième ligne centre, le poste qu’il occupait.

Aussi appelé numéro 8, le troisième ligne centre « est un joueur qui fait partie des avants, dont il est l’un des éléments les plus importants sur le plan tactique », peut-on lire sur Wikipedia.

« Il a un rôle d’animateur et d’organisateur », confirme Adrien Dumas, qui était aussi capitaine de son équipe. Une position qu’il affectionne aussi dans sa vie professionnelle… à condition d’obtenir la bénédiction de sa hiérarchie et de ses équipes. « Il est important d’être légitime auprès des personnes qui vous entourent en interne », glisse Adrien Dumas.

Le passionné de rugby tire aussi sa légitimité de son parcours.

Né en Auvergne, Adrien Dumas est issu d’un milieu « assez éloigné de la finance », dit-il. Ses grands-parents étaient agriculteurs et ses parents travaillaient dans la réinsertion sociale et la réintégration de travailleurs handicapés. Pendant son enfance, la famille d’Adrien Dumas déménage souvent, mais reste dans le Sud-Ouest de la France, son fief, où sa passion pour le rugby naîtra et s’épanouira. « Cela fait partie des choses qui m’ont éduquées, fait grandir », souligne-t-il.

Des études à l'Edhec

La finance s’imposera dans ses études pour étancher « sa soif de comprendre le monde ». Après avoir hésité avec la biologie, il se tourne vers une prépa HEC, qui lui permet ensuite d’intégrer l’Edhec.

Entre les campus de Nice et de Lille, le choix est vite fait. Adrien Dumas jette son dévolu sur la cité azuréenne pour sa spécialisation financière et son cursus en anglais. La proximité de « Nissa la Bella » avec la mer et la montagne ne le laisse pas non plus indifférent…

Adrien Dumas est plutôt montagne. Entre deux révisions, il passe ses week-ends à découvrir l’arrière-pays niçois. Il préside d’ailleurs au sein de l’école de commerce l’association qui organise les événements de trails en montagne.

Pour son année de césure, Adrien Dumas quitte le Sud-Est de la France pour rejoindre Londres. Il y intègre Sgam, la société de gestion de Société Générale qui a depuis été absorbée dans Amundi. Il travaille avec un gérant dans l’équipe actions émergentes, « une chance », selon lui. « C’était passionnant et très enrichissant. Cela a conforté mon intérêt pour ce métier », se souvient-il.

Adrien Dumas aurait pu transformer l’essai chez Sgam où on lui offre un poste. Mais il renonce à Londres pour Paris, où sa conjointe a déjà trouvé un emploi. Sa rencontre avec les équipes de La Financière de l’Echiquier achève de le convaincre de s’installer dans la capitale française.

Huit ans à la Financière de l’Echiquier

Chez LFDE, qu’il intègre en 2007, Adrien Dumas trouve une entreprise à taille plus humaine. Il y est le 80ème employé. Quatre ans après son arrivée, il est nommé gérant avec comme mission de développer une gamme de produits internationaux. Il continue de découvrir et comprendre le monde, notamment grâce à de longs séjours à l’étranger.

« Cela a été une école très formatrice. J’y ai beaucoup appris et progressé, car on m’a rapidement confié des responsabilités », relate-t-il. « De plus, j’ai pu réconcilier ma vision extra financière et ma vision financière de mon métier », ajoute-t-il.

Adrien Dumas développe en effet très tôt un tropisme pour les enjeux environnementaux et sociaux, notamment alimenté par l’activité de ses parents. « La notion d’insertion sociale m’a toujours interrogée », assure le directeur de la gestion. « On l’oppose souvent à la finance. Mais je ne pense pas que cela soit le cas. Je le retrouve d’ailleurs chez Mandarine avec les investissements non-cotés solidaires », argumente-t-il. « Cela a toujours fait partie de ma façon d’approcher les investissements et de bien mesurer la qualité des entreprises », poursuit-il.

Huit ans après son arrivée, Adrien Dumas met fin à l’aventure LFDE, pour intégrer Axa dont il gère les fonds propres. Il y renforce encore son intérêt pour les critères extra-financiers. « Quand vous gérez des fonds propres, il y a de vrais enjeux de réputation. L’analyse extra-financière prend donc toute son importance », commente-t-il.

Le choix Mandarine Gestion

Deux ans plus tard, en 2018, Adrien Dumas rejoint Mandarine Gestion, après avoir rencontré son fondateur emblématique, Marc Renaud, à plusieurs reprises.

« Ce qui m’a plu chez Mandarine, c’est leur taille plus accessible. En allant chez Axa, j’étais retourné dans un grand groupe très organisé. J’avais envie de renouer avec une maison de gestion qui confie des responsabilités et où je pouvais apporter ma vision internationale, accélérer les sujets extra-financiers, historiquement au cœur de la démarche de Mandarine », explique-t-il.

Il y découvre aussi des valeurs qui lui correspondent. « J’ai retrouvé cette ambiance de sport collectif, cet environnement de travail collaboratif autour d’un projet commun. Les employés sont actionnaires. C’est très enthousiasmant », se réjouit-il.

Chez Mandarine, Adrien Dumas peut exprimer pleinement son approche extra-financière de la gestion. Il se sent aussi plus libre de communiquer sur le sujet, à la faveur de l’intérêt croissant des investisseurs. Il gère des fonds actions et devient rapidement responsable de l'équipe « croissance ».

Et puis, début janvier 2021, Marc Renaud choisit de lui confier le poste de directeur de la gestion qu’il occupait depuis la création de la société treize ans plus tôt. Il s’agit d’un petit événement dans le secteur de la gestion d’actifs. Pour Adrien Dumas, c’est « une grande marque de confiance ». « Cela validait ma décision de rejoindre Mandarine et le projet autour de Marc et de Rémi [Leservoisier] », ajoute-t-il.

Le nouveau CIO se dit aussi « très fier » que Mandarine soit l’une des premières sociétés de gestion à confier le rôle de directeur de la gestion à un gérant qui pratique l’extra-financier. « C’est un signe fort. Cela montre que le sujet est important et clair pour nous », s’enthousiasme-t-il.

Quand je suis arrivé chez Mandarine, devenir CIO n’était pas un objectif.

Succéder au patron peut sembler délicat. Mais Adrien Dumas assure que Marc Renaud lui laisse toute la latitude dont il a besoin.

D’autant que cette promotion s’est faite naturellement. « Quand je suis arrivé chez Mandarine, devenir CIO n’était pas un objectif. Mais je savais que si les choses se passaient bien, je pourrais grandir et évoluer de manière progressive et naturelle », raconte-t-il.

« Je crois très fortement en l’autonomisation et la responsabilisation des gens », renchérit le CIO. « Avoir confiance dans la capacité des gens à grandir et faire avancer l’équipe est très important. Cela donne un sens au projet collectif. Il faut que chacun soit convaincu de la réussite du projet pour réussir », insiste-t-il.

Ces valeurs, inspirées du rugby, Adrien Dumas les met en œuvre dans la gestion de son équipe, laquelle ne compte pas (encore) 15 gérants comme au rugby qu’il pratiquait, mais dix, avec des expériences très variées. « Je me vois plutôt comme un animateur d’équipe plutôt que comme un chef. Pour que chacun puisse avancer », décrit-il.

Adrien Dumas conserve le contact avec le terrain en continuant de gérer des portefeuilles. « C’était la condition sine qua non. Ce que j’apprécie, ce n’est pas l’organisation pyramidale. Cela fait partie de ma légitimité aussi. Si un manager perd l’opérationnel, il n’est plus dans la réalité de ses équipes », souligne-t-il.

La montagne pour s'échapper

Pour garder les pieds sur terre, mais aussi souffler, Adrien Dumas continue de pratiquer les sports de montagne qu’il affectionnait pendant ses études. « La montagne est une bonne façon de prendre de la hauteur, de respirer… », sourit-il. « La finance est un métier très prenant, intense, où l’on apprend tous les jours et où il n’y a pas de limite en termes d’heures de travail. Avoir les moyens de s’extraire de cela est très important », insiste-t-il.

Ses deux enfants en bas âge (3 et 8 ans) sont aussi un puissant rappel à l’ordre. « Les enfants m’ont ouvert les yeux sur la nécessité d’avoir un meilleur équilibre entre la vie personnelle et la vie professionnelle », admet-il. Il avoue d’ailleurs avoir apprécié de passer davantage de temps avec eux à l’occasion du confinement, qu’il a de fait plutôt bien vécu.

Pour s’évader en cette période contrainte, il s’est plongé dans les livres. Parmi ses lectures favorites figurent de nombreuses biographies, comme celles d’Edouard Philippe ou du patron de Netflix, qui l’inspirent.

En tant que jeune parent bien occupé, la vie nocturne parisienne ne lui a pas trop manqué… Mais il ne refusera pas une « bonne bouffe » lorsque les restaurants rouvriront. Et il a hâte de pouvoir refaire du sport entre amis… Peut-être un match de rugby ?