Epargne : les Français attendent une stabilité fiscale pour consommer

Stéphane Fantuz, Président de la CNCEF Patrimoine
Pour les accompagner dans la gestion de leur épargne, ils sont aussi sensibles à deux critères : la proximité et l’expertise.

L’Institut Viavoice  vient de publier une enquête sur l’épargne des Français. Elle restera sur les livrets malgré la sortie de crise ! Attentistes pour participer à la relance par la consommation, il est intéressant de constater que nos compatriotes ont évolué en matière de placements durant les 15 derniers mois. 45 % d’entre eux déclarent aussi détenir une épargne  plus dynamique qu’un simple Livret A. D’où une appétence plus grande pour les unités de comptes dans une Assurance-Vie, un PERP ou un Madelin. 42 % détiennent une épargne mixte mêlant sécurité et dynamisme. Pour les accompagner dans la gestion de leur épargne, les Français sont par ailleurs sensibles à deux critères : la proximité et l’expertise. Ils estiment d’ailleurs à 37% que les conseillers en gestion de patrimoine sont les plus à même de les satisfaire. Cette confiance montre à la fois la notoriété grandissante de la profession, sa maturité et son expérience pour faire face à la crise et s’adapter aux évolutions d’une clientèle qui a révisé ses priorités.

Autonomie et accompagnement

La crise aura été positive également sur le plan de la pédagogie financière. Les épargnants recherchent des produits plus mobilisateurs en matière de progression. Fait nouveau : 35% estiment qu’ils veulent être plus autonomes pour décider de leurs placements. De même, un français sur deux souhaite faire appel à un professionnel de la gestion de patrimoine pour valoriser son épargne. Autonomie et accompagnement, loin d’être contradictoires, permettront aux CGP de conserver et/ou séduire la clientèle. Un critère aussi fondamental que la performance des placements.

Reste la question de la remobilisation de l’épargne vers l’économie réelle. D’ici à 2022, les liquidités placées atteindront les 160 milliards d’euros . Or, le retour à l’économie d’avant crise ne se décrète pas. En effet, si l’épargne est pour le moment dormante, c’est aussi parce que nos concitoyens ont observé le débat qui a agité la Place en ce début d’année, consistant à proposer des taxations susceptibles de faire décaisser l’épargne mais il n’a pas fait long feu. Il n’a pas ralenti non plus le réflexe sécuritaire en matière de liquidités. L'OFCE a retenu deux scénarios d'évolution de l'épargne en France : dans le premier, les ménages déstockent 20% de leur épargne Covid (soit 28 milliards d'euros) ; dans le second, l'épargne n'est pas dépensée. Les équations à inconnues n’ont pas fini de questionner les pouvoirs publics tant les chiffres du “quoi qu’il en coûte” sont vertigineux . A commencer par l’épidémie, les confinements, les aides publiques dont le coût pour les comptes de la Nation est estimé à 424 milliards d’euros .  

Quelle fiscalité ?

Bien entendu, les mesures de soutien public ont fonctionné tout comme le soutien monétaire des banques centrales, évitant le dérapage absolu de notre modèle économique. Mais si les Français ne touchent pas à leur épargne, c’est sans doute qu’ils craignent une hausse de la fiscalité pour compenser les répercussions de la crise. Or, le premier élément pour relancer l’économie, c’est la confiance ! A ce stade, la classe politique a peur d’être impopulaire en matière de fiscalité. Il serait irresponsable pour autant de laisser filer la dette. Aussi, faire appel à une stratégie de désendettement sur la décennie à venir, comme le préconise le Gouverneur de la Banque de France , serait la plus juste des solutions.  Elle permettrait à tous de participer à la relance par la consommation, avec un impôt stabilisé. Ce serait la meilleure des conditions pour apurer la dette. Ce n’est donc pas par l’austérité mais plutôt par l’efficacité que notre modèle restera finançable, sans accélérer les inégalités. Assurément, l’optimisme  sera une des clés du rebond de l’activité.