Vieilles guimbardes et retraités

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Plus simple mais plus cher. En imposant les gains générés à compter du 1er janvier 2018 au taux en vigueur le jour du retrait, l’amendement du gouvernement adopté avec le PLFSS pour 2018 va accroître la fiscalité de l’épargne salariale. Sauf à croire à une baisse de l’imposition au cours des prochaines années, ce qui serait surprenant, vu la progression des prélèvements sociaux depuis leur naissance. Se focaliser sur le seul mode de calcul fiscal conduit toutefois à oublier une limite du dispositif choisi par le gouvernement. Par ce système de taxation qui ne cesse donc de croître, on finit par rendre plus favorable un investissement avec un horizon de moyen terme plutôt qu’à long terme. Ce n’est pas la première fois que cela se produit. Déjà, introduisant la flat tax dans l’assurance vie, Bercy avait dû consentir in extremis des ajustements techniques, alors que les détenteurs d’un contrat de moins de huit ans pouvaient être moins imposés en cas de rachats partiels que ceux réalisant la même opération après la huitième année.

Les besoins de financement de l’Etat étant ce qu’ils sont, le temps n’est donc plus un allié sur le plan fiscal. Or, en incitant les épargnants de la sorte, on détourne l’épargne salariale de son horizon de long terme. Et l’on risque d’écorner un des objectifs majeurs du placement : la préparation à la retraite. Le sujet est important. Il dépasse même nos frontières. Ainsi s’inquiète-t-on outre-Manche de la réforme du système de pension, qui permet aux Britanniques de plus de 55 ans de toucher en cash leur retraite. Car certains ont troqué leur vision « fourmi » pour celle de la « cigale », et utilisent cet argent pour rembourser des prêts ou acheter une voiture.

Ne pas encourager fiscalement les épargnants à conserver leur épargne salariale sur le long terme – alors qu’un plan d’épargne entreprise par exemple prévoit déjà pas moins de neuf cas de déblocage anticipé – risque également de provoquer un dommage collatéral non négligeable sur la gestion de l’épargne. En bénéficiant de temps et de visibilité, les gérants ont les coudées franches pour piloter comme ils l’entendent. Mais si ils doivent faire face à des sorties plus fréquentes et après une durée d’immobilisation plus courte, c’est bien les performances des investissements qui risquent d’en pâtir. Visiblement les pouvoirs publics n’en ont cure qui, pour relancer la consommation dans des périodes économiques délicates, ont déjà autorisé les Français à puiser dans leur plan d’épargne entreprise avant la période de blocage imposée, en 2013, en 2004 et même en 1994 et 1996. Les sommes investies dans les PEE pouvaient alors être utilisées pour l’acquisition d’un véhicule. Et dire que pour l’essentiel, ils ont disparu aujourd’hui, tandis que parmi leurs propriétaires, certains – quadragénaires à l’époque – vont bientôt cesser leur activité professionnelle. Avec une espérance de vie de plus de 20 ans...