Valeur temps

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À quoi pense notre ministre de l’Économie et des Finances devant une retransmission des Jeux olympiques de Pyeongchang ? Sans doute à cette valeur temps si précieuse dans de nombreuses disciplines, et à ce peu de chose qui fait les exploits ou les déroutes des champions. De telles pensées doivent inévitablement ramener Bruno Le Maire à sa condition de responsable de l’un des chantiers les plus complexes en la matière : la réforme de l’assurance vie. Il n’est pas question d’une n-ième mesurette. Ni même de flat tax. Le sujet, cette fois, porte sur le cœur du réacteur, ce sur quoi le succès du placement s’est fondé : le fonds en euros et sa garantie permanente sur les montants investis. Sur le papier, Bercy veut faire évoluer lesdits fonds – et leur effet de cliquet sur les gains engrangés – vers des fonds en euros bonifiés dont la garantie du capital devrait être assurée seulement après huit ans. Une telle évolution a pour objectif de laisser entre-temps les coudées franches aux assureurs pour gérer comme ils l’entendent. Notamment en actions potentiellement synonymes de meilleures performances. Cette stratégie doit aussi permettre de répondre aux besoins de financement des entreprises françaises. Limpide, la feuille de route exige néanmoins d’importants efforts de la part de Bercy, dont celui de convaincre les assureurs de tirer un trait sur les fonds en euros sous leur forme actuelle et ce à partir de la mise en œuvre de la loi Pacte.

C’est ici que l’on retrouve notre précieuse valeur temps. Pour convaincre sur une large échelle, notre ministre a besoin d’évidence. Comme la baisse chaque année des rendements des fonds en euros depuis dix ans. Il devient en effet beaucoup plus facile de justifier la nécessité de revoir en profondeur l’offre. Autrement dit, prendre les assurés à témoin de la longue érosion de leurs gains et de la nécessité de monnayer une garantie pour une durée donnée afin de retrouver de la performance. Un tel scénario serait parfait. Sauf que la situation économique évolue sensiblement ces derniers temps. Après des années de basses eaux, les taux sont orientés à la hausse. Cela ne va pas changer brutalement la donne, même si les modalités de la remontée, notamment sa force et sa vitesse, ne manquent pas de susciter des craintes chez les assureurs. Mais une chose est sûre : ces nouvelles conditions impacteront à terme favorablement les fonds en euros par le simple jeu des souscriptions. Et en attendant, la provision pour participation aux bénéfices, estimée à 3,4 % chez les assureurs, pourra faire la soudure. Bruno Le Maire perd donc un environnement « favorable » pour justifier la disparition au catalogue des fonds en euros classiques. Un bon nombre d’épargnants s’interrogeront sur la nécessité d’une réforme où l’on doit renoncer à une garantie permanente pour une meilleure performance, alors que, finalement, la situation peut s’améliorer d’elle-même.
Pour le coup, il faudrait juste un peu de temps.