Marchés financiers

Une reprise anticipée des actions à contre-courant d'une vision pessimiste

Les problèmes de croissance aux Etats-Unis ou de dettes souveraines en Europe sont aujourd’hui loin d’être totalement réglés - Une normalisation de l’économie est cependant attendue au second semestre de 2013 et certains allocataires croient à un retour en grâce des actifs risqués.

L’année 2012 a été riche en bouleversements sur les marchés : exacerbation de la crise dans la zone euro, baisse des anticipations de croissance aux Etats-Unis, inquiétudes sur les émergents (L’Agefi Actifs n°569-570, pp. 12 à 15)… Et pourtant, les discours du début de 2013 ressemblent à s’y méprendre à ceux que l’on pouvait entendre l’an dernier. Mêmes inquiétudes, mêmes espoirs. En janvier 2012, les allocataires anticipaient dans l’ensemble une croissance modérée des marchés d’actions. Avec une progression du CAC 40 de 15,23 % (à 3.641 points au 31 décembre), la tournure a été bien plus favorable. Mais ce qu’ils anticipaient encore moins, c’était le chemin extrêmement chaotique qui mènerait à cette performance. Aujourd’hui, encore une fois, un retour sur les actifs risqués paraît possible, notamment dans cet environnement de taux courts durablement bas, mais forcément, après les crises à répétition, certains se méfient. Alors, si une progression des indices d’actions est encore prévue cette année (parfois aux alentours de 15 % pour le CAC 40), la fin de l’alternance entre les phases d’appétence ou de défiance au risque n’est pas encore gagnée.

Les Etats-Unis sous surveillance.

Dans les prochains mois, plusieurs points seront déterminants pour guider les marchés à la hausse ou à la baisse. En premier lieu, les regards se tourneront évidemment vers les Etats-Unis. Si l’accord obtenu en urgence par le président américain Barack Obama la semaine dernière sur le budget éloigne les dangers qu’un blocage aurait fait peser sur la croissance du pays (le désormais célèbre « fiscal cliff  », tant redouté en fin d’année dernière par les marchés, correspondant à la fin concomitante d’avantages fiscaux mis en place du temps de la présidence de George W. Bush et de coupes dans les dépenses votées en 2011), le problème est loin d’être résolu. En effet, le volet des dépenses - notamment militaires - a été ajourné et devra être réexaminé dans deux mois. En outre, un nouvel accord sur le relèvement du plafond de la dette du pays devra être trouvé d’ici à quelques semaines. Les marchés gardent d’ailleurs un souvenir amer du blocage qui avait eu lieu sur ce même thème en 2011, alors que jusqu’alors, les votes successifs du relèvement du plafond de la dette américaine avaient été vécus comme de simples formalités. Si certains privilégient donc cette zone, d’autres restent plus prudents car, comme le souligne Alexandre Hezez, responsable de la gestion de Convictions AM, « les prochaines échéances américaines sur le budget et le plafond de la dette, et le fait que les marchés américains ont déjà bien surperformé en 2012, pourraient entraîner une volatilité plus importante que celle attendue sur les marchés européens ». D’ailleurs, Bernard Aybran, directeur général délégué d’Invesco, remarque que « si le montant de la dette américaine n’est pas aujourd’hui un sujet d’inquiétude, cela pourrait le devenir dans les prochains mois. La situation budgétaire du pays n’est pas sans rappeler celle de l’Europe il y a quelques années ».

L’Europe en convalescence.

Du côté de la zone euro, le principal espoir des investisseurs ne se situe pas du côté de la croissance. Rares sont les professionnels qui attendent un rebond du produit intérieur brut de la zone à court terme, l’heure étant davantage de tenter de résister le mieux possible à la récession.

Pour l’Europe, c’est donc la capacité des pays à mener leurs restructurations qui sera avant tout jugée par les marchés. S’ils y parviennent sans trop de heurts - les élections en Italie du début de l’année constitueront un premier test, avant les élections allemandes de fin 2013 -, les actions européennes pourraient bien reconquérir l’intérêt des investisseurs. Cependant, ce sera principalement pour des raisons de valorisations et, comme le démontre Mathieu L’Hoir, stratégiste chez Axa Investment Managers (lire l'avis d’expert), les critères de valorisation traditionnellement pris en compte pour évaluer la cherté des actions sont aujourd’hui parfois remis en cause.

Cela n’empêche pas qu’il puisse y avoir un rattrapage sur l’Europe en 2013. « Un retour des flux acheteurs pourrait soutenir la zone. Les bonnes surprises pourraient venir de pays périphériques, particulièrement l’Italie, qui a pris de l’avance sur le cycle de réformes », précise Alexandre Hezez. La France paraît de son côté davantage en situation de faiblesse même si, selon Louis Bert, président de Dorval Finance, « l’impact du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi est loin d’être négligeable pour les actions d’entreprises françaises et n’est pas encore pris en compte dans leur valorisation ».

Résistance des émergents.

Si les émergents, et en particulier la Chine, ont eux aussi ralenti en 2012, un rebond des actions de ces zones est attendu pour 2013 sur la lancée du rattrapage de la fin de l’année dernière. D’ailleurs, selon certains, ce serait même l’allocation à privilégier cette année pour jouer un redressement du cycle de croissance mondiale. « Le retard accumulé par certains pays émergents a été tel qu’un simple effet de rattrapage pourrait faire surperformer la zone, même après le rally observé fin 2012 », constate Bernard Aybran.

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