Année du patrimoine 2019

Un changement de paradigme

Impact de la baisse des taux, marchés financiers en hausse et remodelage de l'offre de produits d'épargne ont marqué l'année 2019
Ces douze derniers mois ouvrent la voie à une période sans doute plus tourmentée pour les investisseurs comme pour les épargnants
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Avec le recul, il est facile de comprendre quelle année aura été 2019. Cruciale dans bien des domaines. Le niveau des taux, exceptionnel et pointé depuis plusieurs années, a porté ses effets sur le placement fétiche des Français - l'assurance vie - et les incitent désormais à repenser la composition de leur patrimoine. Sur la partie financière, ils ont désormais à leur disposition un ensemble de placements, fruit d'une loi Pacte tentaculaire et bien née, qui va aussi inciter les épargnants à réaliser des arbitrages. Surtout vers des actifs risqués. La gageure est réelle tant il est difficile de détourner les Français de leur attachement pour la sécurité ou pour l'immobilier. La pierre, quelle que soit sa forme, a ainsi fait feu de tout bois en 2019, au point de finir par inquiéter. L'art du compromis revient à convenir que la cherté d'une classe d'actifs ne rime pas forcément avec bulle. La bulle hante aussi les marchés financiers, et ont laissé perplexes de nombreux investisseurs. Cela dit, en dépit des tensions commerciales, des questions géopolitiques majeures et dans le sillon de politiques accommodantes des banques centrales, ils sont en passe de réaliser un excellent exercice. En quelques points clés, voici les faits marquants d'une année importante, en ce sens qu'elle a souvent accompagné un changement de paradigme dont les premiers effets seront visibles dès l'an prochain. Cap sur 2019 pour comprendre d'ores et déjà 2020...

 

I - ASSURANCE VIE ET IMMOBILIER EN VEDETTE

Assurance vie. C’est ce qui restera probablement comme l’événement le plus marquant de la rentrée 2019 en matière d'assurance vie : la source du fonds en euros s'est officiellement tarie, et les assureurs en ont tiré leurs conséquences. Courant octobre, dans la foulée de Generali, les assureurs ont fait, les uns après les autres, et de manière plus ou moins officielle, des annonces concernant le fonds euros. Aviva, Allianz ou AG2R La Mondiale ont, sur fond de restriction ou fermeture de contrats, déployé leurs offres pour rediriger les épargnants vers les unités de compte. L’environnement macro-économique a poussé les assureurs à couper le robinet, plus ou moins franchement, ces derniers n’ayant pour ainsi dire plus le choix : « les rémunérations des fonds euros vont forcément décroître dans le sillage des taux d’emprunt d’Etat », comme l’expliquait en novembre à L’Agefi Actifs Arnaud Chneiweiss, délégué général de la Fédération Française de l’Assurance (FFA). Côté gestionnaires d’actifs, l’AFG a également fait connaître sa position, incitant à se diriger vers l'épargne longue.

Fin novembre, au registre des rendements cette fois, c’est Swiss Life qui a été le premier gros assureur à annoncer une baisse drastique du rendement : 1 % hors bonification en UC pour ses contrats adossés au fonds en euros. Soit une baisse de 0,5 point sur l’année précédente, annoncée bien en amont alors que les communications sur les taux servis sont traditionnellement effectuées au début de l’année. Generali est à son tour revenue à la charge, communiquant sur un taux identique. Une tendance que devrait suivre d’autres poids lourds du secteur, certains ayant d’ores et déjà prévenu leurs assurés de telles décisions. Voyant les ratios de solvabilité baisser, les assureurs vie, pour qui les produits garantis restent majoritaires dans le bilan, ont fait entendre leur position. L’Association des assureurs mutualistes (AAM) a ainsi demandé fin novembre au gouvernement de compter en fonds propres les bénéfices issus de la provision pour excédent (PPE), tout en demandant davantage de souplesse sur le front de Solvabilité 2, qui doit être révisée l’an prochain. La Faider, qui regroupe plusieurs associations d’épargnants français, a réagi dans la foulée en indiquant espérer que les autorités de contrôle ne répondent pas favorablement à une telle demande.

Immobilier. La mi-année a vu le retour des craintes concernant l’éventualité d’une bulle immobilière, alors que les prix de l’ancien dans la capitale ont dépassé, cet été, les 10.000 euros par mètre carré, sur fond de taux de crédit au plancher. Mais qui dit surévaluation ne dit pas forcément krach, selon les professionnels, même si l’idée d’un atterrissage progressif à moyen terme semble désormais faire son chemin. Un marché immobilier plus que jamais à deux vitesses, puisque l’offre locative est dans le même temps à nouveau bridée à Paris. La capitale expérimente en effet une fois encore, depuis le 1er juillet, un dispositif d’encadrement des loyers. Pris pour une durée de 5 ans, l’encadrement issu de la loi Elan du 23 novembre 2018, met en place un loyer de référence, un loyer minoré (-30 % de ce dernier), et un loyer majoré (+20 % du loyer de référence). Ironie du sort, le précédent dispositif issu de la loi Alur, qui avait été annulé par le juge administratif pour irrégularité dans le zonage géographique, a reçu une validation a posteriori par le Conseil d’Etat. Il n’en demeure pas moins que seul le nouveau dispositif s’appliquera.

Pierre papier. L’immobilier indirect a renoué avec de hauts niveaux de collecte. Face à l’atonie des fonds euros, les épargnants ont massivement investi dans les SCPI cette année : selon l’Aspim, quelques 6,1 milliards d’euros ont été collectés au troisième trimestre 2019. Le record de 2017 (6,2 milliards d’euros) est pour ainsi dire battu, les sociétés de gestion pariant sur 8 à 8,5 milliards de collecte cette année. Les rendements, quoi qu’attendus en légère baisse, devraient rester attractifs et osciller entre 4,10 et 4,30 % selon les observateurs. Les souscriptions en OPCI ont, elles aussi, bondi de plus de 60 % sur un an avec 1,85 milliard d’euros. Leur performance, plus dépendante des aléas des marchés, affichait 3,4 % au 30 septembre dernier.

Réglementaire. Le 23 février dernier, le dernier volet de la DDA entrait en vigueur, portant sur la formation continue des intermédiaires en assurance. Ces derniers étaient déjà soumis, depuis le 1er octobre 2018, aux nouvelles règles de la directive en matière de gouvernance et surveillance des produits, d’information et transparence, ou de prévention des conflits d’intérêt. Désormais, ils sont redevables de 15 heures annuelles de formation. La deuxième directive sur les services de paiement (DSP 2), autre grand texte sur la data après le règlement général de protection des données (RGPD), a quant à elle imposé en septembre dernier la sécurisation des opérations sur les extranets bancaires. En revanche pour les CGP, le couperet du plafonnement des honoraires des intermédiaires en Pinel n’est toujours pas tombé : le décret d’application de l’article 68 de la loi de finances pour 2018 devrait voir le jour à la fin de l’année. Un autre texte d’importance ; le décret sur les cryptomonnaies en assurance vie, pris dans le cadre de la loi Pacte, est lui aussi en suspens.

Rappels à l'ordre. De nouvelles sanctions de l’AMF contre des sociétés de gestion ou des CGP auront, comme chaque année, jalonné 2019 : après Hedios Patrimoine en mai dernier, ou Infinitis en juin, le gendarme de la Bourse a infligé à Novaxia AM et son président, Joachim Azan, une amende de 680.000 euros pour manquements à leurs obligations professionnelles. Début décembre, la BCE a infligé une amende de 1,85 million d'euros à Natixis Wealth Management Luxembourg, filiale luxembourgeoise de la banque qui opère dans la gestion de fortune au Grand-Duché, en raison du « non-respect des obligations de déclaration en matière de limites et d'expositions importantes en 2016 et 2017 ». Plus lourdement, l'AMF a également sanctionné à hauteur de 20 millions d'euros la banque américaine Morgan Stanley pour avoir manipulé le cours de plusieurs obligations assimilables du Trésor (OAT), d'un contrat à terme sur OAT et d'obligations linéaires belges (OLO). Quelque 25 millions d'euros étaient requis dans cette affaire contre la banque, qui a indiqué faire appel de cette décision.

 

II - LE PLAN ÉPARGNE RETRAITE : L'ANNÉE DU TOP DÉPART

Début octobre le gouvernement donnait le coup d'envoi du PER, le nouveau plan de retraite né de la loi Pacte (1). L’ambition de l’exécutif : créer des produits de retraite supplémentaire plus attractifs pour les épargnants car plus simples, plus flexibles et plus avantageux fiscalement. Pour garantir le succès de la réforme, le ministère des Finances a mis la pression sur les banques et les compagnies d’assurance, qu’il exhorte à diffuser massivement le PER d’ici la fin du 1er trimestre 2020. Pour le moment, beaucoup de professionnels s’accordent pour dire que ce produit sera long à vendre. Au préalable, ils devront faire œuvre de pédagogie pour convaincre les entreprises et les épargnants de parier sur ce nouveau produit et de réviser leurs dispositifs d’épargne retraite. 

Nature du PER. La réforme crée une enveloppe unique, subdivisée en trois compartiments, fonctionnant sur un socle commun de règles (portabilité entre tous les PER, harmonisation des modalités de gestion, généralisation des sorties en capital). Le dispositif prévoit un plan d’épargne retraite individuel (Perin) alimenté par les versements volontaires initiés par le titulaire, ce qui actuellement correspond aux versements volontaires sur les contrats collectifs (« articles 83 » et Perco) et aux cotisations « Madelin » et Perp. L’ensemble des versements volontaires est déductible du revenu brut global du titulaire, selon les règles déjà en vigueur. Ainsi, la défiscalisation devient applicable à tous les versements individuels, y compris ceux réalisés sur le nouveau plan d’épargne collectif. Les sommes transférées depuis un contrat existant ne bénéficieront d’aucun nouvel avantage fiscal à l’entrée, puisqu'elles ont déjà été déduites au moment des versements. 

Compartiment collectif et catégoriel. Le deuxième compartiment (Pereco) est le réceptacle des sommes issues de l’épargne salariale (intéressement et participation) et de l’abondement de l’entreprise, versées sur les anciens Perco. Comme aujourd’hui, ces versements sont exonérés d’impôt sur le revenu et l’abondement est plafonné à 16 % du Pass. L'exonération sur l’intéressement et la participation est limitée à 75 % du Pass. Le troisième et dernier compartiment, dit plan « catégoriel » (Percat), reçoit les cotisations obligatoires du salarié et de l’employeur qui alimentent aujourd’hui les PER Entreprises également appelés « article 83 ». A l’entrée, ces versements seront exonérés dans la limite de 8 % du Pass. 

Portabilité des produits. La portabilité intégrale des capitaux d’un PER à un autre fait l’unanimité chez les professionnels. A cet effet, les frais de transfert ont été plafonnés à 1 % de l’encours pour les plans de moins de cinq ans et sont gratuits au-delà. Les produits en stock vont demeurer, s’ils ne sont pas transférés dans un PER, mais leur commercialisation sera fermée à compter du 1er octobre 2020. Les versements seront encore possibles selon les règles déjà en place.

Liquidation du PER. Au moment de la retraite, l’épargne volontaire et celle issue de l’épargne salariale pourront être liquidées en rente ou en capital. En revanche les primes provenant de cotisations obligatoires ne pourront être débloquées que sous forme de rente. Pour le reste les solutions bancaires comme assurantielles suivront les mêmes règles. Il n’en reste pas moins que la fiscalité à la sortie est inextricable. En fonction de leur nature et du type de dénouement – rente ou capital - aucune somme ne connaît le même traitement fiscal. Chaque compartiment dispose de ses propres règles de sortie. Aux épargnants de démêler les revenus et les plus-values exonérés, ceux uniquement soumis aux prélèvements sociaux ou encore les produits fiscalisés en tant que rentes viagères à titre gratuit ou onéreux. Pour le moment le gouvernement n’a prévu aucune explication supplémentaire d'ordre fiscal. Bercy se laisse du temps et décidera en 2020 si un Bofip est nécessaire.

Le PER encore mal compris. Dans ces conditions, pas étonnant que le plan d'épargne retraite reste encore flou pour de nombreux Français. Si l’intention est là, la connaissance manque encore. Le sondage réalisé par Aviva France et Deloitte sur « l’épargne et la préparation de la retraite » met en évidence que deux tiers des sondés n’ont jamais entendu parler des nouveaux produits retraite issus de la loi Pacte. Pourtant, 63 % des Français interrogés déclarent être préoccupés par leur niveau de revenus une fois à la retraite. Ils sont même 81 % à épargner en vue de leur retraite au moyen des produits non spécifiques (livrets, immobilier). D’une façon assez paradoxale, toujours selon le sondage, le nouveau produit PER séduit, une fois présenté, près de 50 % des sondés. 

Cohabitation PER et assurance vie. L’enquête Aviva révèle que 80 % des intermédiaires (agents, courtiers, CGP) considèrent les nouveaux produits retraite comme attractifs. D’ailleurs ils sont plus de 75 % à déjà les conseiller à leurs clients. Reste la question de la cohabitation avec l’assurance vie. A ce propos, le sondage indique que 44 % des Français interrogés se disent intéressés par le dispositif de la loi Pacte permettant de transférer tout ou partie de leur épargne en assurance vie vers les nouvelles solutions de retraite proposées. A cette fin, jusqu’au 1er janvier 2023, un avantage fiscal supplémentaire est accordé en cas de rachat sur un contrat d’assurance vie vers un plan d’épargne retraite. Enfin, pour la grande majorité́ des CGP (94 %) la gamme d’UC en assurance vie actuelle est pleinement ou partiellement adaptée aux produits de retraite. 

Gestion pilotée. A ce sujet, la loi Pacte instaure une allocation de gestion pilotée qui sera proposée par défaut à chaque épargnant. Un mécanisme qui ne concernait jusqu’à présent que les Perco ; les autres produits retraite étant placés par défaut en gestion libre et majoritairement sur des supports en euro. Les textes d’application ont défini trois profils d’investissement pouvant être qualifiés de « prudent horizon retraite », « équilibré horizon retraite » ou « dynamique horizon retraite ».  Pourtant la recherche de rendement sur le long terme n’est pas la première préoccupation des français. Ils plébiscitent en priorité la déduction fiscale des versements et les avantages fiscaux à la sortie du PER (sondage Aviva France et Deloitte).

Ouverture de l'assurance vie au capital investissement. La loi Pacte c’est aussi l’encadrement du plafond d'investissement en private equity dans les contrats d'assurance vie. Le texte élargit l’univers d’investissement des détenteurs de contrats d’assurance vie, jugée insuffisamment employée pour investir en capital investissement. D’une part, les fonds professionnels de capital investissement (FPCI), « qui constituent le cœur de l’offre française en la matière », selon l’étude d’impact de la loi, n'étaient pas accessibles en assurance vie, alors qu’ils étaient ouverts en direct aux particuliers. Quant aux autres supports déjà éligibles, comme les fonds communs de placements à risques (FCPR), leurs conditions d’investissement en assurance vie étaient plus strictes qu’en cas de souscription directe. Pour lever ces freins au développement du private equity, la loi Pacte a rendu éligible à l’assurance vie les fonds d’investissement alternatifs (FIA), qui comprennent à la fois les fonds professionnels à vocation générale et les fonds professionnels spécialisés, parmi lesquels les sociétés de libre partenariat et les FPCI.

Seuil de 10 % de l'encours du contrat. Cependant la loi distingue les souscripteurs avertis, ou ceux capables d’engager plus de 100.000 euros, de ceux non avertis. Les premiers peuvent investir jusqu'à 50 % de la valeur de leur contrat en instruments de capital investissement, alors que les seconds ne peuvent pas dépasser 10 % de l'encours du contrat. Des plafonds appréciés lors du versement d'une prime ou de la réalisation d'un arbitrage. Si, en dehors de ces opérations, l'un de ces plafonds est dépassé, le contrat est réputé respecter ces derniers. 

 

III - LES MARCHÉS ONT JOUÉ LA CONFIANCE

Après une année 2018 très compliquée qui s’était achevée sur une chute vertigineuse des actions, 2019 a démarré en fanfare avec une remontée fulgurante des marchés boursiers. Problème ? De nombreux acteurs, particuliers en tête, n’ont pas pu en profiter car la crainte du dernier trimestre 2018 les a écartés des actifs risqués. Les conseillers financiers auront d’ailleurs passé une bonne partie de l’année à tenter de redonner confiance à leurs clients, avec plus ou moins de réussite. Mais 2019 est surtout l’année de la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis, de l’éternel dossier du Brexit et des taux bas, voire négatifs, issus des différentes politiques monétaires des banques centrales.

Des politiques monétaires accommodantes. En effet, si les grands indices ont affiché des hausses significatives de part et d’autre de l’Atlantique, ils le doivent en grande partie aux mesures déployées par les institutions financières internationales pour lutter contre la déflation. Après avoir resserré sa politique monétaire entre 2015 et 2018, la Réserve Fédérale (Fed) a changé son fusil d’épaule. « La baisse brutale des marchés en fin d’année 2018 et l’aggravation des tensions sino-américaine l’ont conduit à baisser les taux, pour la première fois depuis la grande crise », explique Frédéric Rollin conseiller en stratégie d’investissement de Pictet Asset Management. Au total, la Fed aura baissé à trois reprises ses taux directeurs au cours de l’année. La dernière, qui date du 30 octobre 2019, a fixé les taux dans la fourchette de 1,50 % à 1,75 %. Un chemin de l’assouplissement que la Banque centrale européenne (BCE) a également emprunté. Après avoir alloué 2.600 milliards d’euros à des rachats d’actifs - principalement des obligations d’Etat et d’entreprises - entre mars 2015 et décembre 2018, la BCE a repris son programme d’acquisition en novembre 2019 au rythme de 20 milliards d’euros par mois. Ce revirement sur les politiques monétaires a donc largement contribué à provoquer le fort rebond des actifs risqués : du marché des actions à la dette émergente en passant par la dette d’entreprise.

Une récession écartée. Dans le même temps, la robustesse de l’économie américaine a continué à porter les valeurs outre Atlantique. Pourtant, nombreux étaient les experts qui pariaient sur une entrée en récession, notamment en raison des frictions à venir sur le marché du travail et de la hausse massive des salaires qu’elles supposent. « La poursuite du cycle de croissance n’est pas sans lien avec la question du loyer de l’argent, mais elle tient également à l’optimisme des ménages dont la consommation demeure très élevée et constitue un soutien sans faille à la croissance des Etats-Unis », souligne Florent Delorme Macro-stratégiste chez M&G Investments. En Europe également, plusieurs indicateurs comme la baisse du taux de chômage et l’augmentation du pouvoir d’achat laissent à penser que la crainte de récession avait été surévaluée. En outre, le secteur des services a assuré un relais solide au secteur des biens manufacturiers.

Sur le front des résultats des entreprises, les publications n’ont pas été le principal élément de focalisation des marchés. « Encore une fois, l’année a été marquée par des perspectives d’augmentation des bénéfices par actions qui sont passées de 10 % en début d’année à 0 », indique Jean-Jacques Friedman, directeur des investissements chez Vega IM.

Des taux toujours aussi bas. Mais si les marchés actions ont largement profité des liquidités offertes par les banquiers centraux pour se refaire une santé, le marché obligataire continue lui de souffrir des taux bas. En France, les assureurs vie et leurs fonds en euros en sont les premières victimes avec des obligations d’Etat en territoire très bas voire négatifs pour certains (lire par ailleurs). Ainsi, sur l’année 2019, le coût moyen d’emprunt de l’Etat français ressort à 0,11 %. Un niveau historiquement bas après 0,53 % en 2018 et 0,65 % en 2017. Le montant total des emprunts a également battu des records avec 200 milliards d’euros et pourrait même atteindre les 205 milliards d’euros l’an prochain, selon les dernières prévisions. Une bonne nouvelle pour la dette française mais beaucoup moins pour l’industrie de la gestion obligataire et pour les actifs les moins risqués qu’affectionnent particulièrement les français. Cependant, cette situation génèrera de nouvelles opportunités pour la gestion patrimoniale et la gestion d’actifs, qui devront proposer des produits attractifs aux particuliers. Le capital investissement, boosté par la loi Pacte, aura lui aussi un rôle important à jouer.

Conflit commercial. 2019, c’est aussi l’année où l’économie mondiale a vécu au rythme de la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis. La hausse des tarifs et les incertitudes quant à un accord possible entre Washington et Pékin ont continué de peser sur le sentiment des entrepreneurs. « Le sentiment de l’industrie manufacturière s’est dégradé en dessous du seuil indiquant un ralentissement économique prononcé. Plutôt inquiétant », note Frédéric Rollin. Pour mémoire, l’OCDE dans ses perspectives économiques de novembre 2019 estime qu’une intensification du conflit commercial entre la Chine et les USA pourrait d’ici 2021-2022 amputer le PIB mondial de l’ordre de 0,6 %, le PIB chinois de près de 1 % et le PIB américain d’environ 0,7 %. Cependant, à l’aube des élections américaines de 2020, les tensions entre les deux pays semblent peu à peu s’apaiser et un accord semble même se dessiner.

Autre tube de l’année, le Brexit. Devenu quasiment un running gag politique aux conséquences économiques parfois désastreuses, la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne n’est toujours pas réglée. Le parlement, qui a refusé l’accord de Theresa May, a poussé le pays à de nouvelles élections qui viennent de s’achever. Avec la majorité absolue obtenue par les conservateurs à la mi-décembre, c’est probablement l’accord négocié par Boris Johnson qui devrait enfin se concrétiser en 2020.

« Maintenant que le scénario de récession a été majoritairement écarté, la première question sera celle du niveau de croissance qui permettra ou non une croissance des bénéfices dans certains secteurs », prévient Jean-Jacques Friedman. Ce dernier, comme beaucoup d’observateurs s’attend à voir les effets positifs de la hausse de l’épargne des ménages au cours des prochains trimestres. 2020 pourrait donc être une année plus « classique » où les marchés s’intéressent avant tout à la valorisation des entreprises plutôt qu’aux facteurs exogènes à la sphère financière.  

(1) Art. L. 224-1 et s. du Code monétaire et financier