Pandora Papers : Bruxelles peine à convaincre de la capacité de l’UE à réagir

Antonia Pryzbyslawski, à Bruxelles
Les parlementaires européens n’ont pas épargné les Etats membres, dont ils questionnent la volonté à agir contre la fraude fiscale.
Bloomberg

Ces révélations montrent que nous ne pouvons pas nous reposer sur nos lauriers et que nous devons travailler sans relâche afin de renforcer notre arsenal de lutte contre les abus fiscaux», a affirmé mercredi le commissaire à l’Economie, Paolo Gentiloni, devant l’hémicycle du Parlement européen à Strasbourg, lors d’un débat tenu dans le contexte de l’enquête des Pandora Papers qui a révélé de nombreux mécanismes d'évasion fiscale.

Soulignant «l’attitude proactive» de son institution et rappelant qu’elle avait présenté en juillet un nouveau paquet législatif antiblanchiment, l’Italien a critiqué à demi-mot les Vingt-Sept, expliquant que «plusieurs mesures doivent encore être pleinement mises en œuvre par les Etats membres». Ces derniers, qui décident à l’unanimité en matière fiscale, ont en effet souvent pris leur temps pour transposer les directives.

Le commissaire a toutefois affirmé sa volonté de réagir et expliqué que la Commission préparait de nouvelles initiatives législatives visant à «améliorer la transparence fiscale» et «amener de nouveaux éléments dans le champ de l’échange automatique d’information». Il n’a toutefois annoncé qu’une initiative concrète pour décembre, visant à combattre l'utilisation abusive des sociétés-écran.

Toujours pas d’unanimité au Conseil sur la fiscalité

Un projet déjà inscrit de longue date dans l’agenda de la CE. L’eurodéputée portugaise Lidia Pereira du PPE (droite) a ainsi déploré «le manque d’ambition et d’efforts de la part des Etats membres», appelant à «faire du code de conduite et de la liste noire européenne des paradis fiscaux des outils plus efficaces».

«Il n’y a toujours pas d’unanimité au Conseil sur la fiscalité, a renchéri l’eurodéputé vert, Yannick Jadot. Lorsque le Premier ministre tchèque, Andrej Babis (qui figure dans les Pandora Papers, ndlr) est soutenu par ses collègues dirigeants européens, on voit bien que le Conseil n’est pas en capacité de lutter contre les paradis fiscaux».

«Nous avons des paradis fiscaux en Europe. Malte, Chypre, l'Irlande, les Pays-Bas, tous ces pays sont complices de l'évasion fiscale et ne contrôlent pas suffisamment les capitaux», a insisté le Français.

Affichant son espoir que les négociations en cours à l’OCDE permettent de freiner l’évasion fiscale, Paolo Gentiloni a conclu: «je vois dans cette plénière une large convergence et un sentiment d’indignation. Contrairement à ce qui se produit dans la mythologie grecque, l’ouverture de la boîte de Pandore peut être perçue comme une opportunité pour faire plus d’efforts et aller de l’avant».