L’Europe ne change pas son plan face à la deuxième vague

Clément Solal, à Bruxelles
Les ministres des Finances de la zone euro, qui se réunissent ce jour, s'en tiennent à la relance de 750 milliards d'euros décidée en juillet mais toujours pas mise en œuvre.

La possibilité d'une deuxième vague a toujours été identifiée et prise en compte par les décideurs politiques européens». La sentence de Paschal Donohoe, le président de l’Eurogroupe, écarte toute idée d'un renforcement du plan de relance européen, alors que les ministres des finances de la zone euro se pencheront ce mardi sur les conséquences économiques et financières de la deuxième vague de Covid-19 et des annonces de restrictions sanitaires plus sévères qui se multiplient en Europe. Mais si un renforcement de la réponse de l’Union européenne (UE) sur le plan budgétaire n’est pas à l’ordre du jour, l’urgence de la situation sanitaire pourrait finir par relancer les discussions sur le lancement du dispositif.

A ce stade, selon Paschal Donohoe, la mise en œuvre de l’accord conclu dans la douleur en juillet par les Vingt-Sept demeure «la meilleure réponse possible de l'UE aux conséquences économiques de la deuxième vague». Il prévoit une relance de 750 milliards financée par un emprunt commun et un budget 2021-2027 d’un montant total de 1.074 milliards d’euros.

«Je ne pense pas que ces chiffres seront renégociés. Le fonds de relance prévoit d’ailleurs déjà certaines flexibilités», abonde Eulalia Rubio, chercheuse de l’Institut Jacques Delors. «Au sein des plans de relance nationaux qu’ils présenteront pour validation à la Commission, les États membres seront par exemple en mesure d’augmenter la part des dépenses visant à lutter contre la crise et soutenir les entreprises dans l’urgence au détriment des investissements de long terme», développe cette spécialiste du budget européen.
Un plan de relance toujours en attente

La grande difficulté avec laquelle ce compromis avait été arraché aux Etats dits frugaux (Suède, Danemark, Autriche, Pays-Bas) en juillet et la tournure prise depuis par les négociations inter-institutionnelles censées le finaliser peuvent par ailleurs faire douter de la capacité de l'UE à débloquer des fonds additionnels dans les prochaines semaines.

Les négociations qui se tiennent depuis septembre entre la présidence allemande du Conseil et les négociateurs du Parlement européen (PE) demeurent dans l’impasse, à tel point que les fonds du plan de relance ne devraient pas arriver dans les caisses des Etats membres avant l’été 2021. Le Conseil tarde en outre à valider la «décision sur les ressources propres». Celle-ci doit être votée à l’unanimité des Vingt-Sept afin d’enclencher le processus de ratification par chacun des parlements nationaux.

«En tout état de cause nous n’en sommes pas à prendre des mesures additionnelles», constate une source européenne qui n'exclut pas pour autant cette possibilité dans le futur. La présentation jeudi des projections économiques d'hiver de la Commission européenne (CE), qui avait tablé au printemps sur une forte reprise au deuxième semestre, devrait ajouter à la pression qui pèse déjà sur les États membres.
Accumulation des NPL

L’ordre du jour de l’Eurogroupe prévoit par ailleurs la tenue d’une toute première discussion stratégique sur l’opportunité d’introduire un euro numérique sur la base du rapport de la BCE. Il sera ensuite question de la situation de l’union bancaire et notamment de la probable augmentation des prêts bancaires non performants (NPL) au sein des bilans des banques.

Le sujet sera de nouveau abordé le lendemain en format Ecofin. La Commission a ainsi prévu de sonder l’ensemble des ministres des finances européens sur son nouveau plan d’action sur les NPL, dont la présentation est attendue pour décembre. L’Ecofin de mercredi sera enfin l’occasion pour les grands argentiers européens de se prononcer sur le plan d'action de Bruxelles visant à renforcer la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Les ministres devraient finaliser un projet de conclusion portant sur la mise en place future d’un superviseur européen en la matière. Bruxelles doit faire une proposition à ce sujet en 2021.