Déflation/Inflation

Les outils pour bénéficier du contexte actuel sans subir les variations de prix

Depuis début 2010, les pays développés sont confrontés au phénomène de la désinflation, mais les tensions inflationnistes devraient refaire surface à moyen terme - Actuellement, les allocataires privilégient les revenus, les marchés émergents et les matières premières et attendent pour investir sur des obligations indexées à l’inflation.

Le sujet de l’inflation alimente les discours depuis la crise financière. L’indice des prix à la consommation des principaux pays développés est en effet passé par des points hauts mi-2008, puis des bas très marqués à l’été 2009 (voir le graphique). Une volatilité des prix à laquelle les marchés financiers n’avaient plus été confrontés depuis le dernier épisode inflationniste significatif à la fin des années 90.

Avec le retour de la hausse des prix au second semestre 2009, concomitant avec les politiques monétaires accommodantes de part et d’autre de l’Atlantique, quelques craintes inflationnistes ont ressurgi début 2010. Pour un temps seulement. Les incertitudes quant à la vigueur de la reprise de la croissance économique ont rapidement fait place à un débat sur les risques de baisse des prix.

Des pressions déflationnistes à court terme.

Les économistes sont globalement unanimes, les économies occidentales sont actuellement confrontées à des forces déflationnistes qui se sont même accentuées depuis le troisième trimestre 2010. « Les indices de prix aux Etats-Unis et en Europe devraient sensiblement décélérer sur le second semestre en raison d’un effet de base sur les matières premières, en particulier sur le pétrole. Aux Etats-Unis, le taux d’inflation pourrait avoisiner 1 % et même baisser à un niveau inférieur en fin d’année. En Europe, en revanche, la dépréciation de l’euro et la hausse des denrées alimentaires devraient maintenir la tendance annuelle de hausse des prix entre 1,5 % et 1,8 % »,explique Patrice Gautry, chef économiste à l’Union Bancaire Privée (UBP).

Les pressions baissières sur l’évolution des prix s’articulent autour de trois facteurs principaux. Les marchés de l’emploi ne sont pas encore stabilisés avec des taux de chômage élevés de part et d’autre de l’Atlantique. Le processus de désendettement des ménages se poursuit et les capacités de production demeurent excédentaires.« L’inflation restera à des niveaux faibles, inférieurs à ceux d’avant-crise, sur un horizon de deux à quatre ans tant aux Etats-Unis qu’en Europe », estime Patrick Moonen, stratégiste senior chez ING IM.

Un risque de déflation écarté.

Pour autant, un scénario de déflation, caractérisé à la fois par une baisse généralisée des prix et des salaires sur deux trimestres consécutifs, reste peu probable d’après les spécialistes. Ces derniers qualifient plutôt la période actuelle de « désinflationniste », marquée principalement par un ralentissement de la hausse des prix. « L’analyse des évolutions des indices de prix à la production révèle des hausses de prix par le biais des matières premières et de la volatilité des devises. Il y a donc de l’inflation dans le système, mais pas au niveau du consommateur », remarque Patrice Gautry.

Retour des tensions inflationnistes à moyen terme.

Si la hausse généralisée des prix n’est pas à l’ordre du jour, les risques inflationnistes devraient néanmoins ressurgir à l’horizon de 2012 à 2014, notamment sous l’effet des mesures d’assouplissement quantitatif (quantitative easing) des banques centrales.

Pour le moment, cependant, un maillon de la spirale inflationniste est absent : le mécanisme du crédit. « Les risques inflationnistes seront de retour dès que nous constaterons une augmentation de l’octroi de crédit car il y aura alors un risque de transmission de l’effet de la création de masse monétaire par les Banques centrales à l’économie réelle », explique Patrick Moonen. L’enjeu actuel porte donc sur la redéfinition des calendriers de sortie des politiques monétaires accommodantes (exit strategy), repoussés à la mi-2011, voire en fin d’année.

Les revenus et les pays émergents en avant.

La déflation, et encore plus l’inflation, érodent la valeur actifs financiers (voir le graphique). Quels choix d’allocation effectuer dès lors pour protéger son portefeuille contre les variations de prix ? Dans le contexte actuel, de nombreux gestionnaires recommandent de privilégier les actions à forts dividendes. « Dans une période de faible croissance économique où les valorisations boursières évoluent peu, le rendement des actions dépend fortement des dividendes payés par les sociétés. Aujourd’hui, les rendements de dividendes sont autour de 3,5 % en Europe », constate Patrick Moonen.

Dans une optique de revenus, les obligations à haut rendement (high yield)et des pays émergents présentent également des rendements intéressants au regard de la volatilité des marchés d’actions et de la faiblesse des taux d’intérêt des emprunts d’Etat dans les pays développés. « Les finances publiques sont beaucoup plus saines dans les pays émergents et les écarts de taux d’intérêt avec les pays occidentaux restent élevés sur la dette souveraine, environ 250 à 300 points de base. Au-delà des actions, nous investissons progressivement sur les obligations d’entreprises qui bénéficient également de la dynamique économique des marchés émergents », ajoute-t-il.

Les matières premières comme valeur refuge.

Le contexte actuel global, dont la bonne tenue des pays émergents, favorise les matières premières. En particulier, l’intérêt de l’or en tant qu’alternative à la monnaie papier s’est renforcé dernièrement avec la dépréciation intrinsèque de la valeur du dollar et de l’euro résultant de la monétisation d’une partie de la dette publique.

Dans une perspective de reprise de l’inflation sur un horizon de trois à cinq ans, l’investissement sur le métal jaune, dont le cours de l’once a franchi les 1.300 dollars fin septembre, est d’autant plus préconisé actuellement, par le biais d’ETF (exchange traded funds, fonds indiciel répliquant la valeur du sous-jacent) ou de fonds d’actions minières.

« Compte tenu du bas niveau des taux d’intérêt, le coût d’opportunité sur l’or est faible aujourd’hui et le potentiel à long terme encore important. Aucun gisement majeur n’a été découvert depuis 10 ans, contrairement à l’énergie, et la production diminue depuis 2001 alors que la demande représente près de 200 milliards de dollars. Plusieurs OPA sur des sociétés minières ont également contribué à soutenir le marché récemment », explique Béatrice Coquelin, gérante du fonds Ambre chez Financière de la Cité. « Les prix de certains métaux et matières agricoles méritent également de l’intérêt mais ils sont beaucoup plus volatils et nécessitent une gestion très active », ajoute Patrice Gautry.

Les obligations indexées à l’inflation dans un second temps.

La désinflation actuelle pouvant encore durer un certain temps, les spécialistes jugent qu’il est encore trop tôt pour se protéger contre une remontée de l’inflation avec des obligations indexées. « Le point mort d’inflation (NDLR : différence de rendement entre les obligations indexées et non indexées)à cinq ans aux Etats-Unis est toujours supérieur à 1 %. Il pourrait facilement baisser sous ce seuil avec une marge de 20 à 25 pb », considère Patrick Moonen. « Le point mort est de 1,7 sur les OATi françaises », indique pour sa part Financière de la Cité. Idéalement, l’investissement sur ce type d’obligations devrait donc se faire juste en amont du retour des anticipations inflationnistes, soit en 2011, voire en 2012.

A noter, ces derniers mois, la multiplication des fonds combinant l’investissement sur des obligations indexées à l’inflation à une couverture contre une remontée des taux réels par la vente de contrats à terme sur les obligations nominales correspondantes.