Art ancien

Les maîtres d’antan résistent malgré le pessimisme ambiant

Les ventes aux enchères sont franchement moroses ces derniers mois, avec des taux d’invendus records Beaucoup moins spéculatives, les œuvres anciennes s’en sortent néanmoins, à condition de faire preuve de sélectivité.

Le marché de l’art ancien a souffert lors de la précédente crise : après un sommet atteint en 1990, son indice des prix régressait de moitié en 1993, avant de se stabiliser au milieu de la décennie. Depuis dix ans, sa progression est sereine, affichant une hausse de 10,5 % entre janvier 1998 et début décembre 2008.

Test.

Après la débâcle des ventes d’art contemporain à l’automne dernier, où la moitié des œuvres haut de gamme (estimées à plus de 100.000 euros) étaient ravalées en octobre, le duopole Christie’s et Sotheby’s orchestrait ses vacations d’art contemporain de novembre dans un contexte extrêmement défavorable. Le pessimisme était de mise, constaté par la chute vertigineuse de l’Art Market Confidence Index, l’indice de confiance des acteurs du marché de l’art établi par Artprice, atteignant son plus bas historique à la fin du mois de novembre (-25 points). Le bilan des ventes de prestige des 11  t 12 novembre a largement contribué à cette morosité puisque les deux auctioneers ravalaient 44 % des lots.

Les vacations d’art ancien de décembre étaient donc un nouveau test de confiance du marché de l’art. Elles ont certes essuyé les conséquences de la détérioration des conditions du marché, mais moins violemment que les autres secteurs.

Les deux jours de vacations londoniennes d’art ancien (du 2 au 4 décembre chez Christie’s, Sotheby’s et Bonhams) ont enregistré un taux d’invendus de 31 % pour les ventes de prestige de New Bond Street et King Street et de 40 % pour les œuvres moins cotées. Les trois auctioneers espéraient dégager un produit des ventes compris entre 35,8 et 53,1 millions de livres sterling, mais ont enregistré un volume d’affaires global de 31 millions pour 374 lots adjugés sur les 611 présentés.

La course aux masterpieces.

Le marché de l’art ancien dépend d’une offre raréfiée de pièces majeures face à des collectionneurs exigeants. Un seul coup de marteau suffit parfois à bouleverser tout le secteur : le plus bel exemple fut l’adjudication du fameux « Massacre des innocents » de Peter Paul Rubens (1577-1640) frappée à 45 millions de livres sterling chez Sotheby’s en juillet 2002 (soit plus de 70 millions d’euros). Elle devenait l’œuvre ancienne la plus chèrement adjugée et propulsait le produit des ventes annuel de Rubens de +1.790 % !

Une seule vente bien construite, alimentée par quelques pièces de qualité muséale, dégagera plus de 50 millions d’euros. Ce fut le cas l’été dernier à Londres : Sotheby’s adjugeait 58 % des lots au-delà de leurs estimations optimistes (Old master paintings, 9 juillet 2008) pour un produit de ventes de 51,5 millions de livres (près de 55 millions d’euros, frais inclus).

Parmi les résultats notables, l’école du Nord frappait fort avec un Jan Brueghel parti pour 3,1 millions de livres (près de 4 millions d’euros), un paysage de Aert Van Der Neer vendu au prix record de 2,4 millions de livres (près de 3,2 millions d’euros), un majestueux « David et Bethsabée » de Lucas Cranach adjugé au décuple de l’estimation pour 1,85 million de livres (2,3 millions d’euros) et un portrait pris sur le vif de « Willem van Heythuysen » par Frans Hals dispersé pour l’équivalent de 8 millions d’euros, au double de l’estimation.

Plusieurs records.

Même en période de crise, la demande ne tarit pas pour les œuvres anciennes de haute qualité. La vacation Christie’s du 2 décembre 2008 enregistrait d’ailleurs de beaux résultats : le « Portrait of a lady as Flora » de Giovanni Battista Tiepolo (1696-1770) fut adjugé au triple de l’estimation à 2,5 millions de livres, frappant un nouveau record pour l’artiste (près de 3 millions d’euros). Le lendemain, une scène de genre de 22 centimètres signée Frans Van Mieris, annoncée en couverture du catalogue Sotheby’s, atteignait 3,2 millions de livres, contre une estimation de 500-000-700-000 livres (3,76 millions d’euros). Une dizaine de minutes plus tard, le « Portrait of Bindo Altoviti » par Girolamo Da Carpi décuplait ses prévisions pour une enchère gagnante à 2,7 millions de livres (3,18 millions d’euros).

Ecarts importants.

L’exigence est le maître mot des aficionados de l’art ancien. Les collectionneurs avertis ne se laissent pas impressionner par le prestige d’une signature si la pièce est médiocre. Un maître comme Pieter II Brueghel ne déroge pas à cette règle. De fait, ses prix peuvent varier du simple au double pour un même sujet selon l’aboutissement du travail et l’état de conservation.

Une version de « The wedding feast », par exemple, scène de festin dont il réalisa plusieurs versions, cote entre 250.000 et 450.000 euros. Le 2 décembre dernier, Christie’s dispersait ce sujet en deçà de son estimation basse pour 220.000 livres, soit 260.000 euros, tandis qu’il adjugeait en 2005 une autre version plus travaillée l’équivalent de 413.000 euros à New York.

Londres en tête.

Londres s’est affirmée comme la capitale des ventes d’art ancien : en trois ans, les coups de marteau londoniens ont dégagé 727 millions d’euros, loin devant la Big Apple qui affiche 404 millions d’euros sur la même période (janvier 2005 au 1er septembre 2008). Paris tient la troisième marche du podium avec un produit des ventes de 95 millions d’euros, devant Milan Amsterdam, Vienne et Munich.

En moyenne, entre 65 % et 75 % des œuvres anciennes s’échangent pour moins de 10.000 euros. Dans cette gamme de prix, on trouve bon nombre de toiles de petits maîtres, parfois anonymes. La vente Piasa, qui s’est tenue à Paris le 17 décembre dernier, a proposé aussi bien des scènes de genre, portraits ou scènes religieuses entre 1.000 et 10.000 euros, qu’un tondo de Pieter Brueghel Le Jeune. Ce « bijou » de 16,5 cm intitulé « Les flatteurs », illustrant un proverbe flamand, a trouvé preneur à 210.000 euros.

Les ventes d’art ancien reprennent de plus belle à la fin du mois de janvier à New York, le 28 pour Christie’s, les 29 et 30 janvier 2009 pour Sotheby’s, dans un climat des plus pessimistes traduit par l’indice de confiance d’Artprice : 45,6 % des acteurs du marché de l’art pensent que la baisse des prix, tous secteurs confondus, va se poursuivre en 2009