Les assureurs britanniques se préparent à la réforme de solvabilité 2

Bertrand De Meyer
Le gouvernement a confirmé les modifications du régime de solvabilité 2 destinées à débloquer des milliards de livres d’investissement

Les assureurs britanniques donnent raison à l’un des grands arguments de Boris Johnson pour démontrer l’intérêt du Brexit à ses compatriotes. Jeremy Hunt, nouveau chancelier de l'Échiquier, a confirmé l’orientation de la réforme de solvabilité 2 pour les assureurs britanniques « qui débloquera des dizaines de milliards de livres d’investissement pour nos industries porteuses de croissance ». « Nous nous félicitons vivement de ces modifications du régime Solvabilité 2. (...) Une réforme significative des règles offre au secteur la possibilité d'investir plus de 100 milliards de livres sterling au cours des dix prochaines années dans des financements productifs, tels que les infrastructures sociales britanniques et l'approvisionnement en énergie verte, tout en garantissant le maintien de niveaux de protection très élevés pour les assurés », s’est réjouie la directrice générale de l’association des assureurs britanniques (ABI), Hannah Gurga.

Les changements annoncés comprennent notamment une réduction de la marge pour risque - correspondant à une partie des provitions techniques des assureurs - de plus de 60% pour les assureurs vie et de 30% pour les assureurs non-vie. Cette réforme élargit aussi les actifs éligibles dans l’ajustement égalisateur (Matching Adjustment), qui vise à réduire l’impact des variations des taux d’intérêt sur les provisions techniques et sur les fonds propres calculés selon les normes solvabilité 2.

Enfin, en confirmant le calcul du «spread fondamental», correspondant à une déduction faite à ce même ajustement égalisateur pour tenir compte du risque de crédit, l’exécutif britannique va même contre l’avis de l’autorité prudentielle (PRA) de la Banque d’Angleterre (BoE) qui souhaitait le réformer. Alors que le PRA avançait une trop faible estimation du risque (exprimé en points de base), une absence de sensibilité aux différences de risques entre les classes d’actifs pour une devise, un secteur et une qualité de crédit et le manque de reflet des changements structurels dans l’environnement du crédit, la majorité des assureurs britanniques ont balayé ces critiques.

Solvabilité et gamme d’actifs élargie

Le Trésor britannique, qui entend légiférer sur certains aspects de la réforme, va bien dans le sens des assureurs. « La réduction proposée de 65% de la taille des marges de risque améliorera sensiblement les ratios de solvabilité des acteurs de l'assurance-vie au Royaume-Uni, en particulier ceux qui ont une exposition importante à long terme », résume S&P Global Ratings. L’évolution de la marge pour risque « entraînerait une libération pouvant aller jusqu’à 10% voire 15% du capital détenu par les assureurs vie », juge l’autorité prudentielle, tandis que les analystes de JPMorgan estiment que « pour les distributeurs de produits de rente (annuity writers), la marge de risque représente actuellement 25 % de la pression sur le capital des nouvelles affaires ; cela soutiendrait donc considérablement l'économie de cette activité ». Dans un environnement marqué par des hausses de tarifs imposées par les réassureurs, leur position de négociation s’améliorera.

Si des détails doivent encore être connus, les modifications pourraient surtout jouer sur les investissements des assureurs. « Les modifications des critères d'éligibilité à l'ajustement égalisateur pourraient, selon les détails finaux, accroître la capacité des assureurs à investir dans le soutien de l'économie britannique », explique Loic Bellettre, Partner chez EY. « Nous estimons que les réformes de Solvabilité 2 permettront à Aviva d'investir au moins 25 milliards de livres sterling au cours des dix prochaines années à travers le Royaume-Uni, notamment dans des domaines essentiels tels que le logement social, les écoles, les hôpitaux et les projets d'énergie verte », explique par exemple Amanda Blanc, directrice générale d’Aviva.

« L'impact probable des changements se concentrera sur la restructuration des portefeuilles d'investissement garantissant le passif des assurés, étant donné que la gamme d'actifs admissibles est élargi », rapportent les analystes d’AM Best, ce qui devrait « devrait aider le secteur à trouver des actifs pour répondre à la forte demande attendue de solutions de transfert de risque de pension (PRT) au cours des prochaines années ».

Stress tests obligatoires

L’autorité de régulation britannique relativise toutefois les annonces des assureurs. Après les avoir interrogé, elle souligne qu’aucune réponse reçue n’a permis de fournir de preuves quantitatives détaillées pour expliquer pourquoi une libération du capital serait ciblée pour accroître les investissements productifs. Outre ces réformes, les stress-test menés par la PRA deviendront obligatoires et non plus volontaires pour les assureurs britanniques. « La protection des assurés est de la plus haute importance pour notre secteur et nous travaillerons en étroite collaboration avec la PRA sur la mise en œuvre des règles et l'utilisation de tout outil de supervision », conclut le communiqué de l’association des assureurs britanniques.