Le scandale Wirecard est un «signal d’alerte» pour l’ACPR

Thibaud Vadjoux
Jean-Paul Faugère, futur vice-président de l'autorité, estime que le régulateur doit renforcer ses moyens et compétences pour surveiller les fintech
Jean-Paul Faugère, candidat à la vice-présidence de l’ACPR, a qualifié le sujet Wirecard de «cauchemar» pour un régulateur. (Photo Wirecard)

Le scandale Wirecard donne des sueurs froides aux régulateurs. Auditionné ce 1er juillet par les commissions des finances de l’Assemblée nationale et du Sénat, Jean-Paul Faugère, candidat à la vice-présidence de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), a qualifié le sujet Wirecard de «cauchemar» s’il devait être régulateur. «Ce serait ma hantise de passer à côté d’un sujet aussi énorme», a-t-il déclaré.

Le futur vice-président de l'autorité a estimé que les fintech représentaient un défi de contrôle pour les pouvoirs publics et les commissaires aux comptes. «C’est un signal d’alerte qui nous demande d’améliorer les méthodes, les compétences et les investissements en tant que régulateur. Les mathématiques financières sont une chose mais il faut également avoir une connaissance de la réalité du métier», a-t-il ajouté.

L'Autorité européenne des marchés financiers (Esma) a récemment ouvert une enquête afin de déterminer pourquoi la BaFin, le régulateur allemand, n'a rien vu venir.

Les parlementaires ayant donné leur feu vert, un arrêté doit prochainement officialiser la nomination de Jean-Paul Faugère. Pour exercer ce mandat de cinq ans, le président du conseil d’administration de CNP Assurances va démissionner de ses fonctions ainsi que du conseil d’administration d’Icade. «Pour éviter toute ambiguïté, je m’abstiendrai de toutes décisions ou relations concernant CNP Assurances», a-t-il affirmé.

La crise sanitaire ajoute un défi

La crise sanitaire va constituer un autre enjeu primordial pour le secteur et le régulateur. Jean-Paul Faugère a rappelé la solidité des assureurs français mais ces derniers vont faire face à «un risque de crédit considérable». En cas de baisse d’un cran du niveau de toutes les notes de risque de crédit, les assureurs perdraient 20 points de solvabilité. «La croissance de l’endettement des entreprises, notamment avec les prêts publics, va aboutir à un moment de vérité sur la capacité de remboursement dans la durée», a-t-il avancé.

Les assureurs doivent en outre affronter un environnement de taux bas persistants, «un défi considérable qui augmente les provisions, réduit les fonds propres et le niveau de solvabilité mathématiquement, pousse à la baisse les rendements des portefeuilles pour les assureurs et les assurés». Dans ce contexte et le développement des unités de compte, la protection de la clientèle sera une de ces priorités.

L’ACPR participe également à la réflexion sur la revue de Solvabilité 2 avec l’Eiopa, l’autorité de contrôle européenne. «Solvabilité 2 constitue un progrès pour l’approche par les risques. Mais le pilier 1 repose sur des calculs à horizon d’une année, ce qui ne correspond pas aux besoins des assureurs et bride l’investissement en actions», a-t-il convenu. «On peut négocier sur le cahier des charges du choc réduit pour les actions détenues à long terme», a-t-il plaidé, sans oublier le sujet de «la courbe des taux et de l’ajustement pour volatilité qui sont déterminants dans les calculs de provision».

Des stress tests climatiques pour les assureurs français

Jean-Paul Faugère n’attend pas de la revue de Solvabilité 2 une prise en compte du risque climat dans la charge en capital, l’estimant «trop compliquée à fournir à l’heure actuelle». Mais la réglementation prudentielle pourrait demander davantage de reporting pour les assureurs européens. L’ACPR a déjà créé sa commission climat pour travailler sur le sujet et prévoit des stress tests climatiques pour les assureurs français d’ici à la fin de l’année ou début 2021. «Selon l’Eiopa, environ 10% des placements des assureurs sont exposés à des risques de transition. Les stress tests doivent nous éclairer davantage. Le régulateur britannique a mené des stress tests l’année dernière avec des résultats plutôt mauvais, la connaissance précise de l’exposition des assureurs aux risques climatiques n’était pas non plus au rendez-vous», a-t-il constaté.

Enfin, Jean-Paul Faugère n’a pas souhaité donner de réponse tranchée sur la couverture des pertes d’exploitation pendant la crise. 93% des contrats en sont exclus, 3% sont couverts et 4% forment une zone grise avec de possibles litiges. Le candidat à la vice-présidence de l’ACPR s’est interrogé sur les calculs de la FFA (Fédération française de l'assurance) sur une prime pandémie. Le modèle présenté serait encore trop peu protecteur.