Le régulateur suisse met Julius Baer sous surveillance

Par Jean-Loup Thiébaut
Sanctionnée pour des affaires de blanchiment d'argent, la banque doit revoir son organisation interne et ne pourra pas faire d'acquisition jusqu'à nouvel ordre.
Adrian Moser

Julius Baer a échappé à une amende mais n’est pas sorti indemne de l’enquête menée par la Finma, le régulateur suisse des marchés financiers, pour des cas répétés de blanchiment d'argent. La banque suisse doit revoir de fond en comble son organisation interne, de la compliance à la politique de rémunération de ses salariés. Elle se voit interdire momentanément toute acquisition importante.

La sanction s'inscrit dans le cadre d'enquêtes menées depuis 2017 sur des cas présumés de corruption en lien avec le groupe pétrolier publique vénézuélien PDVSA  et avec la Fédération internationale de football (FIFA). La Finma a estimé que Julius Baer avait «gravement violé les règles du droit financier». La quasi-totalité des 70 relations d'affaires inspectées, et une majorité des 150 transactions étudiées, qui portent sur une période allant de 2009 à 2018, «se sont révélées être critiquables». L'identité des clients et la finalité des opérations n'étaient pas assez claires. La Finma a également pointé du doigt le fait que la banque n'avait pas réagi, ou pas assez fermement, malgré ses alertes.

Ces observations s'accompagnent d'une critique de l'organisation interne de Julius Baer. Le modèle de rémunération, «presque exclusivement fondé sur des aspects monétaires» et ne prenant qu'en faible «considération le respect des règles et la gestion des risques», est particulièrement condamné. Selon la Finma, il régnait chez Julius Baer une «culture de compliance et de gestion des risques lacunaire».

Les mesures imposées par la Finma obligent la banque à s'assurer efficacement du respect des obligations prévues par la législation sur le blanchiment d'argent, et à la mise en place rapide des mesures déja engagées. Julius Baer doit également «adapter ses processus de recrutement et de management des conseillers à la clientèle, de même que sa politique de rémunération et de sanction».

Le conseil d'administration n'est pas épargné. Il devra apporter à l'avenir une plus grande attention à la lutte contre le blanchiment d'argent. En attendant l'achèvement de ces travaux, Julius Baer se voit interdit de réaliser toute acquisition d'entreprise importante ou d'une certaine complexité. Un mandataire indépendant a été nommé par la Finma pour contrôler cette mise en oeuvre.

Le groupe suisse a répondu avoir pris note des demandes de la Finma. En outre, il a rappelé avoir modifié depuis fin 2017 son management en Amérique du Sud, et avoir fermé ses antennes de Panama et du Venezuela. Il a également souligné avoir renforcé son équipe de gestion des risques afin de répondre aux critiques de la Finma.