Le plan de relance va devoir faire ses preuves

Xavier Diaz
Le rebond de la croissance en France en 2021 repose en partie sur ce programme qui pour certains ne répond pas aux besoins à très court terme.

Le rebond de la croissance anticipé par le gouvernement français en 2021 va dépendre de l’évolution de la crise sanitaire mais aussi du plan de relance de 100 milliards d’euros, dont 42 milliards devraient être déployés d’ici la fin de l’année prochaine. «Le projet de loi de finances pour 2021 suppose que la montée en charge du plan de relance (1,5 point de PIB) a un effet important sur la croissance en 2021 (1,1 point de PIB selon le gouvernement)», souligne le Haut Conseil des Finances publiques dans son avis sur le PLF 2021 qui précise que certaines dépenses pourraient se révéler plus faibles qu’attendu, en particulier, si la mise en œuvre des investissements prévus dans le cadre du plan de relance se révèle plus lente. «Le montant du plan est massif. C’est 4% du PIB. Mais cette somme est déployée sur deux ans et il y a des chances que cela déborde au-delà de 2022», souligne Véronique Riches-Flores, économiste chez RF Research. Mais ce plan ne soulève pas que des questions sur son exécution.

Du saupoudrage

«L’une des critiques que l’on peut lui adresser est de vouloir faire trop de choses, ce qui au final pourrait le desservir», estimait mercredi Hélène Baudchon. L’économiste fait d’ailleurs le choix d’un multiplicateur budgétaire volontairement bas de 0,5 pour calculer l’impact du plan sur la croissance en 2021, soit 0,6 point pour 30 milliards d’euros. «On a l’impression d’un programme fourre-tout pré-électoral, poursuit Véronique Riches-Flores. Le plan adresse tout à la fois les questions stratégiques, compétitives et climatiques de moyen et long terme au risque de réduire la force de frappe dont a besoin l’économie française à très court terme», poursuit l’économiste. Du saupoudrage au final.

Faible volet demande

Mais surtout le volet demande est jugé trop faible. Véronique Riches-Flores rappelle que l’Allemagne a mis sur la table des montants comparables, plus tôt (dès le mois de juillet) et de façon plus équilibrée entre mesures de soutien à la demande (baisse de la TVA, allocation aux familles les plus modestes…) et à l’offre (recapitalisation des entreprises) tout cela concentré sur 2020 et, pour une moindre part, 2021. Pour Helène Baudchon, le plan de relance n’est toutefois pas uniquement tourné vers des politiques de l’offre : «Beaucoup de mesures peuvent être considérées comme mixtes, tenant à la fois de la politique de l’offre mais aussi de la demande. C’est le cas notamment de la prolongation du dispositif de chômage partiel et des mesures d’urgence comme le fonds de solidarité ou les exonérations de charges pour les secteurs les plus touchés. Même si de nombreuses mesures passent par l’entreprise, la plupart contribuent au soutien de l’emploi, des ménages et in fine de la demande». Néanmoins, elle estime aussi qu’il manque peut-être à ce plan, un élément de court terme : «Il lui manque peut-être un volet plus immédiat de soutien à la croissance par la demande. Le but est d’avoir la croissance la plus forte possible, afin que les 5% qui manquent pour que l’ensemble de l’économie revienne à la normale puissent être rapidement récupérés».

Réinsuffler de la confiance

L’un des enjeux est que l’épargne forcée des ménages soit transformée en consommation et non pas en épargne de précaution, ce qui sera crucial pour passer la période charnière entre 2020 et 2021 et assurer une bonne trajectoire de croissance l’an prochain. Mais avec quelle mesure ? «Une baisse de la TVA ciblée aurait un effet immédiat», selon Véronique Riches-Flores. Ce ne serait pas forcément la bonne solution pour Hélène Baudchon pour de multiples raisons : augmentation des importations, peu efficace pour les secteurs les secteurs touchés, hausse de l’épargne et difficulté à mettre en œuvre rapidement une telle mesure. «L’idée de chèques ciblés aurait un impact plus direct sur la croissance, un peu comme la hausse de l’allocation de rentrée scolaire cette année, une mesure du plan de relance», ajoute Hélène Baudchon.

«Un plan de relance est censé porter ses fruits rapidement et créer les conditions d’un choc positif sur la confiance des ménages et des entreprises. C’est d’ailleurs l’objectif du gouvernement. Mais on n’y est pas», note Véronique Riches-Flores pour qui il est dommage d’avoir mis autant d’argent sur la table pour un plan ne répondant pas à l’urgence du moment.