"Le diamant n'est en rien un produit d'investissement, c'est avant tout un achat plaisir"

L’entretien avec MARIE CHABROL, gemmologue et journaliste spécialisée en joaillerie

L’Agefi Actifs. – Comment fonctionne le marché du diamant ?

Marie Chabrol. -  Le secteur du diamant est régulé par les grands groupes de diamantaires qui déterminent le volume de production à mettre sur le marché pour éviter l'effondrement des prix. Ces producteurs organisent régulièrement des présentations appelées « sights » auxquelles ils convient des grossistes expressément accrédités. C'est un marché de gros et non pas de détail. Seules les pierres exceptionnelles peuvent être vendues à l'unité au cours de ventes aux enchères réservées aux professionnels.

Les particuliers ont-ils accès à ces « sights » ?

- Clairement non. Ces salons sont réservés aux acteurs avertis. Le profane qui souhaite acheter un diamant doit obligatoirement passer par un revendeur, lui-même client d'un « sightholder ». Les professionnels ont tenté d'ouvrir le marché aux particuliers à une époque où le secteur avait un peu ralenti. Cela n'a pas duré car les transactions portaient sur de trop petites sommes.

Quels types de pierres s'échangent lors de ces expositions ?

- Il s'agit de diamants bruts non taillés. 95 % des quantités extraites portent sur du diamant industriel, c'est-à-dire des pierres sans qualité intrinsèque destinées à être broyées pour servir d'abrasif. Parmi les pierres précieuses, les diamants de moyenne qualité serviront à la bijouterie, voire à la joaillerie d'entrée de gamme. Seul 1 % des diamants a réellement un caractère exceptionnel.

Qui détermine le prix du diamant ?

- Les diamants s'échangent sur un marché de gré à gré non régulé, il n'existe pas de cours officiel. Le rapport Rapaport sert de référence et publie à titre indicatif les tarifs pratiqués sur le marché. Souvent, il n'y a même pas de prix de mise en vente annoncé car les grossistes connaissent les prix plancher en deçà desquels ils ne remporteront pas les lots. En partant de ce constat, un particulier ne dispose pas des connaissances nécessaires pour apprécier le prix du diamant qui lui est proposé.

L'un des distributeurs visés par l'AMF propose un diamant de 0,5 carat au prix de 4.412 euros. Ce prix est-il cohérent ?

- Les tarifs varient selon un système de curseur, ce qui signifie que les caractéristiques de la pierre – telles que la taille, la pureté, le poli, la fluorescence – feront invariablement fluctuer les prix. En règle générale, une pierre ronde de 0,5 carat, parfaite à tous les niveaux, se négocie entre 1.800 euros à 2.200 euros la pierre.

Les plus-values annoncées par nombre de commercialisateurs dépassent la barre des 8 %, avec une garantie de hauts rendements à la revente. Ces performances sont-elles réalistes ?

- Il est déjà difficile pour un professionnel de revendre ses pierres à leur prix d'achat alors qu'un particulier réalise une plus-value de 8 %. La garantie annoncée ne peut fonctionner que selon un système pyramidal, de type « pyramide de Ponzi », où les premiers entrés sont rémunérés par les fonds des nouveaux entrants.

Une des sociétés figurant sur la liste noire de l'AMF assure sur son site que « la valeur de ces pierres ne cessera de croître puisque le rendement maximal des mines de diamants sera atteint à l’horizon de 2030. En parallèle, la demande progressera de 6 à 8 % par an ». Cette analyse est-elle exacte ?

- Je n'ai pas d'inquiétude en la matière. Pour faire partie de cette industrie depuis longtemps, il me semble que les chiffres annoncés sont très audacieux. Pour le moment, le marché ne donne pas cette impression. Le secteur n'est réellement tendu que sur les pierres de collection et non pas sur le diamant incolore que ces sociétés commercialisent. En Russie par exemple, on annonce 40 à 50 ans de production sur ce qui est actuellement exploité.

En conclusion, le diamant est-il un produit d'investissement ?

- Je déplore qu'en 2017 il faille encore avertir les investisseurs sur les dangers de ce type d'opération. Le diamant n'est en rien un produit d'investissement, c'est avant tout un achat plaisir dont il ne faut pas espérer de rendement. Une pierre peut à la rigueur devenir un investissement lorsqu'il s'agit d'une pièce d'exception, dont la rareté fait la valeur. Mais on ne parle pas de 4.000 euros d'investissement, le coût d'une telle pierre se chiffre en millions de dollars. Cet investissement peut s'apprécier dans le temps, toutefois il ne faut pas en attendre plus de 2 % à 3 %, de plus-value à la revente, ce qui est déjà très honorable.