Le coût budgétaire et fiscal du Covid-19 fait le lit des tensions sociales

Olivier Pinaud
Dans son Fiscal Monitor 2020, le FMI s’inquiète des risques sociaux provoqués par la crise économique qui s’annonce. Y compris en France.

Les Etats ont tiré à l’arme lourde contre les conséquences sanitaires et économiques de la pandémie de Covid-19. Dans son Fiscal Monitor 2020 publié ce mercredi, le Fonds monétaire international (FMI) estime à 3.300 milliards de dollars au niveau mondial les dépenses de santé et les mesures budgétaires engagées par les Etats pour venir en aide aux personnes et aux entreprises. A ce montant s’ajoutent les prêts et apports de capitaux (1.800 milliards de dollars) et les garanties (2.700 milliards de dollars).

Les seuls pays du G20 ont «apporté un soutien budgétaire considérable» représentant 3,5% du PIB en moyenne, au 8 avril 2020, insiste le FMI. Soit plus que pendant la crise financière ouverte en 2008. En 2009, l'engagement des pays du G20 avait représenté 2,1% du PIB.

Les dépenses directes déjà engagées par la France représentent selon le FMI 0,7% du PIB. En revanche, les mesures de soutien aux entreprises françaises (report de charges, prêts garantis...) atteignent 13,9% du PIB.

Ces dépenses inédites auront évidemment un coût tout aussi inédit sur les finances publiques et la dette des Etats. Le Fonds estime que les recettes fiscales devraient être inférieures de 2,5% du PIB mondial dans le scénario de base pour 2020 par rapport à ce qui était prévu dans le Fiscal Monitor d'octobre 2019. La dette publique mondiale devrait bondir de 13 points de pourcentage cette année pour s'établir à plus de 96% du PIB. Et tout ceci sans compter les dépenses supplémentaires qui seront encore nécessaires pour financer la relance économique une fois que la crise sanitaire sera passée.

Ces «réponses rapides et concertées des gouvernements sont nécessaires pour atténuer les effets sanitaires et économiques de l'épidémie de coronavirus, et les politiques budgétaires jouent un rôle essentiel», reconnaît le FMI. Mais il prévient aussi qu’elles soulèvent des risques fiscaux, budgétaires mais aussi, à plus long terme, des risques sociaux.

Certains pays pourraient voir émerger des mouvements de contestation sociale si «les mesures de soutien sont considérées comme insuffisantes pour atténuer la crise du Covid-19 et ses retombées économiques, ou comme injustes en favorisant les riches», prévient le FMI. Il rappelle que de nombreux pays ont connu récemment des mouvements sociaux de contestation. Hong Kong, le Liban, l’Algérie, le Chili et... la France, avec les Gilets jaunes.