L’autorité des marchés européens déconfine les vendeurs à découvert

Adrien Paredes-Vanheule
Le seuil minimum de déclaration obligatoire des positions courtes auprès des régulateurs remonte à 0,2%, après avoir été abaissé à 0,1% pendant un an.
(Bloomberg)

En déconfinant les vendeurs à découvert, le gendarme des marchés financiers européens (Esma) entrevoit le bout de la crise Covid-19. Il le sous-entend dans son communiqué du 15 mars annonçant la levée d’une mesure temporaire appliquée aux vendeurs à découvert depuis le 16 mars 2020 et qui prendra fin vendredi 19 mars.

Depuis un an, les gestionnaires d’actifs, au premier rang desquels les fonds de couverture (hedge funds) long/short européens, devaient déclarer auprès des régulateurs nationaux en Europe toute position à découvert qui atteignait ou excédait 0,1% de l’entreprise européenne cotée concernée. La mesure avait été renouvelée trois fois (en juin, septembre et décembre 2020) par le régulateur européen en raison des turbulences de marché liées à la pandémie de Covid-19. Des interdictions de shorter (vendre à découvert, ndlr) s’y étaient même greffées, entre mars et mai 2020, sur certains marchés dont la France.

A partir de vendredi, donc, les gestionnaires spécialistes du short déclareront à nouveau leurs positions courtes nettes égales ou supérieures au seuil minimum de 0,2% du capital émis par les sociétés européennes auprès des autorités concernées. Ces exigences sont celles du régime européen de transparence des ventes à découvert en vigueur depuis 2012. «La situation actuelle des marchés financiers ne ressemble plus à la situation d’urgence ayant conduit au maintien de la mesure. Les prévisions de produit intérieur brut des pays européens montrent un optimisme modéré pour la reprise et les principaux indices actions de l’UE retrouvent leurs niveaux pré-pandémie», explique l’Esma. Le régulateur européen se réjouit également que le niveau global des ventes à découvert soit en baisse dans l’UE, «ce qui réduit le risque selon lequel les pressions à la vente pourraient initier ou exacerber des développements de marché négatifs potentiels en lien avec l’évolution de la pandémie».

Effet «positif mais insignifiant»

L’impact réel de la déclaration des positions courtes nettes à partir de 0,1% du capital émis des sociétés européennes sur le comportement des investisseurs «shorteurs» pose néanmoins question. Sollicitée par L’Agefi, l’Esma n’a pas donné suite à nos demandes sur le sujet. Cependant, une étude publiée en janvier dans l’International Review of Financial Analysis suggère «un effet positif mais insignifiant sur le comportement grégaire des investisseurs» de la notification par l’Esma en mars 2020 de l’abaissement du seuil de déclaration des positions courtes de 0,2% à 0,1%. «Ce résultat n’est pas surprenant dans la mesure où cette notification ne restreint pas directement la vente à découvert», observent les auteurs de l’étude, pour qui les interdictions de vente à découvert sur certains marchés européens ont eu un impact bien plus significatif. Mais même ce dernier point fait débat puisque d’autres études, dont celle du régulateur espagnol CNMV (qui a pourtant interdit la vente à découvert entre mars et mai 2020, ndlr), ont conclu à l’inefficacité de l’interdiction de la pratique.

«L’impact de la déclaration des positions courtes nettes à 0,1% est resté relativement minime sur les fonds long/short actions européens mais tout dépend de la stratégie et de l’exposition du fonds», confirme Cédric Dingens, responsable des solutions d’investissement et des investissements alternatifs chez le gestionnaire de fortune helvétique Notz Stucki. «Comparativement, les années 2010 ont été beaucoup plus dures pour ces fonds avec l’entrée en vigueur de la réglementation européenne sur la transparence de la vente à découvert», relève-t-il.

Désintérêt

Quant aux raisons ayant poussé l’Esma à maintenir pendant un an ce seuil qui semble avoir eu peu d’effet, Cédric Dingens estime que le régulateur des marchés européens ne voulait probablement pas prendre le risque de relever le seuil trop tôt et ainsi de devoir repasser de 0,2% à 0,1% en cas d’incertitude prolongée. «Les banques centrales ont injecté des liquidités massivement, le rebond est présent et le soulagement généralisé, ce qui lui a permis de relever le seuil», analyse-t-il. Comme l’Esma, il constate une baisse globale de l’intérêt pour la vente à découvert en Europe. Cédric Dingens évoque un segment européen des hedge funds «clairement sur le déclin» avec davantage de fermetures que d’ouvertures de hedge funds européens.

«Les investisseurs institutionnels ne sont pas revenus sur la classe d’actifs. Ce désintérêt se traduit aussi au niveau des capitalisations boursières européennes, qui apparaissent en retrait par rapport à leurs homologues américaines et asiatiques. Il y a un côté cyclique, value en Europe qui handicape les gérants long/short et c’est plus compliqué de générer de l’alpha pour eux. Tous ne sont pas touchés car chacun a sa stratégie propre mais ces derniers temps, l’alpha s’est davantage matérialisé sur le biais long que sur le court», observe Cédric Dingens.