Edito

L’art du consensus

Fotilia

L’an dernier, la recherche du consensus a littéralement bouleversé le monde de la politique – avec les résultats que l’on connaît au plus haut sommet de l’Etat. En 2018, cette stratégie pourrait être à nouveau de mise, mais dans le domaine des placements. Particulièrement dans celui de l’assurance vie qui, avec l’épargne retraite, constitue l’un des grands chantiers de Bercy. En tout cas, comme l’écrivait récemment L’Agefi Quotidien, dans le cadre de la loi Pacte, le ministère de l’Economie et des Finances a finalement renoncé à faire disparaître les fonds en euros pour les contrats en euros bonifiés aux caractéristiques résolument différentes. A commencer par l’absence de garantie en capital. Dans la nouvelle mouture, la cohabitation est à l’ordre du jour. Mais en un peu plus complexe puisque, entre les deux types de fonds devrait réapparaître un contrat aujourd’hui moribond : les contrats euro-croissance. Naturellement, Bercy veillera à ce que l’une et l’autre des offres soient clairement identifiables avec des différences tangibles en matière de sécurité, d’horizon de placement et de performance.

Si l’ensemble est cohérent, il faudra néanmoins veiller à ce qu’il profite d’un environnement de départ favorable. Entendons par là qu’une logique devra être respectée en matière de couple rendement-risque. Or, des surprises ne sont pas exclues, comme semble le confirmer l’annonce des taux servis sur les fonds en euros par la Fédération française de l’assurance. Attendu à 1,5 %, le rendement moyen s’affiche finalement pour l’année 2017 à un niveau plus élevé : 1,8 %. On notera au passage que consensus ne rime pas forcément avec simplification puisque d’un produit star appelé à s’effacer au profit d’un autre, on passe finalement à trois offres. Et encore, des spécialistes évoquent-ils d’ores et déjà des profils de risque différents pour les fonds en euros bonifiés...

En relançant ce fonds euro-croissance peu goûté à sa sortie en 2014, il sera aussi question de faire du neuf avec du vieux. A ce propos, les assureurs se sont également prêtés à l’exercice dans le domaine de l’épargne retraite, dont ils se sont emparés. La Fédération française de l’assurance a récemment présenté Revavie, appelé à remplacer le Perp, le Madelin, les produits « article 83 » et « article 39 ». Reste la fiscalité du placement. Pour les pouvoirs publics, le choix de la rente s’impose pour l’épargne retraite. Mais la volonté de faire consensus pourra conduire à ce qu’une petite part puisse être récupérée en capital.

Le sujet sera plus délicat pour le Perco, dont les gestionnaires d’actifs veulent préserver la possibilité d’une sortie en capital, n’ayant pas – à la différence des assureurs – les réserves de liquidités pour servir des rentes. Cette opposition entre assureurs et asset managers risque de prendre de l’ampleur puisque, pour le futur Produit paneuropéen d’épargne retraite individuelle (PEPP), Bruxelles était initialement favorable aux deux modes de sortie mais, au Parlement européen, les pressions par voie d’amendements vont vers moins de choix possibles. Donc de liberté, et ce bien que les épargnants y soient attachés. Finalement, le consentement du plus grand nombre a un prix : une part de renoncement.