La gestion des risques de Credit Suisse est encore une fois mise à mal

Franck Joselin
Un rapport du régulateur suisse indique que certains cadres avaient été alertés sur les risques d’une escroquerie qui a touché la banque en 2
(Crédit Suisse / ParadePlatz / à Zurich / Photo Credit Suisse.)

 

Credit Suisse croule sous les critiques concernant la défaillance de son contrôle des risques. Dimanche 16 mai, le NZZ am Sonntag, l'édition dominicale du quotidien suisse Neue Zürcher Zeitung, a jeté une nouvelle pierre dans le jardin déjà bien garni de la banque. Un rapport du régulateur helvète, la Finma, que s’est procuré le média, dévoile que plusieurs de ses responsables auraient ignoré de nombreux avertissements concernant les malversations d’un de ses banquiers privés entre 2008 et 2015. Ce rapport date de 2017, mais ce n’est qu’aujourd’hui que son contenu sort dans la presse.

L’affaire avait fait grand bruit à l’époque. En 2018, le banquier en question, Patrice Lescaudron – qui s’est donné la mort en 2020 – avait été condamné pour avoir escroqué plusieurs de ses clients milliardaires pendant 8 ans. La banque, qui avait licencié le banquier dès l’affaire devenue publique en 2015, avait constaté que cette fraude lui avait coûté 140 millions de francs suisses (127 millions d'euros). Le directeur de l’époque, Tidjane Thiam, avait déclaré au journal Le Temps que ce n’était qu’un cas «unique et isolé».

De leur côté, les juges avaient estimé que Credit Suisse ne pouvait pas détecter la fraude. Mais à en croire le NZZ, qui s’appuie sur le rapport de la Finma, des signaux auraient été ignorés, y compris par la haute hiérarchie.

Le 30 avril dernier, le président du comité des risques de Credit Suisse depuis 2018, Andreas Gottschling, a été écarté du conseil d’administration. Il a payé en cela les manquements de la structure dans les affaires Greensill et Archegos,

Il n’est pas certain que cela suffise, même si le nouveau dirigeant de la banque, António Horta-Osório, affirme mettre la gestion du risque au centre de sa nouvelle stratégie. Le journal dominical suisse SonntagsZeitung a appris qu’une commission parlementaire suisse se penchera sur les conséquences des pertes récentes de la banque et de sa défaillance dans la gestion du risque. La conseillère nationale suisse Prisca Birrer-Heimo a inscrit ce sujet à l'ordre du jour de la Commission de l'économie du Conseil national, qui doit se réunir lundi et mardi. Une telle initiative reste rare en Suisse et le principal enjeu de cette commission est de savoir «si et comment la régulation des grandes banques doit être durcie».