Josina Kamerling, Head of Regulatory Outreach EMEA,CFA Institute (1)

Il faut supprimer les commissionnements liés au volume des ventes

L’Agefi Actifs. - 61 % des sondés estiment que la perte de confiance des épargnants dans le monde financier résulte du manque d’éthique de ce secteur. Est-ce une autocritique ?

Josina Kamerling. - Ce constat résulte d’une étude annuelle, « Le Global Market Sentiment Survey 2014 », réalisée auprès  de nos membres (2). Dans cette enquête GMSS, ils donnent leur opinion personnelle sur les facteurs ayant contribué le plus à la perte de confiance actuelle dans le secteur financier. Ainsi, loin derrière le manque de culture éthique figurent les problèmes de marché comme les flash crash (Ndlr : Krach financier brutal)... L’enquête de GMSS soutient aussi clairement que les ventes abusives sont un problème de premier ordre pour les membres CFA de EMEA tandis que, globalement, les ventes abusives se situent tout juste derrière les abus du marché.

Votre étude relève que les Etats ont pris des trajectoires différentes pour supprimer tout conseil biaisé. Un modèle est-il plus vertueux qu’un autre ?

- On ne peut que constater le manque d’homogénéité du marché européen et des marchés financiers qui résulte de directives européennes laissant à chaque régulateur national le soin d’adapter cette réglementation au droit de l’Etat, créant inévitablement des disparités comme on a pu le constater avec la directive MIF II.

Cette enquête sur les ventes abusives montre que les membres CFA se préoccupent surtout des effets d’une prohibition totale des commissions. 45 % d’entre eux pensent que les distributeurs vont se contenter d’offrir des produits maison et 43 % estiment que le choix des produits s’orientera vers ceux pour lesquels ils vont continuer à percevoir des commissions. Deux modèles s’opposeront : les distributeurs délivrant un service de conseil sur mesure et les plates-formes low cost, laissant l’investisseur désarmé.

La politique de rémunération du personnel, que la directive MIF II consacre, est-elle le véritable axe sur lequel les Etats doivent travailler ?

- Il faut travailler non seulement la rémunération du personnel, qui est très importante pour supprimer les structures de commissionnement liées au volume des ventes (les commissions progressives), mais aussi sensibiliser tous les échelons hiérarchiques afin d’axer les ventes autour d’une responsabilité du distributeur/vendeur vis-à-vis du client. Selon 70 % des personnes interrogées, le caractère inadapté des structures de rémunération des distributeurs, biaisées en faveur du volume des ventes ou de produits spécifiques, représente la principale cause de ventes abusives.

Comment se dessine l’industrie financière de demain ?

- L’industrie de demain entre dans une ère fondamentale de repositionnement. Après la finance qui se met au service de l’industrie dans l’après-guerre, on a vu, à partir des années 80, des services financiers qui ne regardaient plus tellement le bien de l’économie mais plutôt la profitabilité, créant des bulles spéculatives et un marché qui grandissait et dont la taille des banques devenait plus grande que le PIB d’un pays. Le monde de demain, pour l’industrie financière, sera plus axé sur un rôle « fiduciaire » de responsabilité envers l’investisseur. Il va de soi que ce changement impliquera peut-être de nouveaux modèles économiques. La réforme bancaire annoncée par le commissaire Michel Barnier à la suite du rapport du groupe Liikanen va créer une nouvelle dynamique pour aborder ces sujets au niveau européen dans la nouvelle législature qui commence en juin.

 

(1) Le CFA Institute est une association internationale pour les professionnels de l’investissement et se définit comme un modèle pour le comportement éthique sur les marchés de l’investissement.

(2) Le CFA Institute compte plus de 119.000 membres répartis dans 147 pays et territoires, dont 112.000 détenteurs de la certification CFA, ainsi que 140 sociétés membres dans trois zones géographiques : Apac (Europe, Moyen-Orient, Afrique), EMEA (Asie, Pacifique) et les Amériques ; 6561 membres ont répondu.