Philippe Crevel, président, Cercle des épargnants

Il faut s’appuyer sur ce qui fonctionne, c'est-à-dire le fonds en euros

L’Agefi Actifs. - Quel est votre sentiment sur les intentions des pouvoirs publics en matière d’épargne retraite ?

Philippe Crevel. - On ne sent pas de réelle volonté de bouleversement de leur part. La ligne de conduite reste toujours la même : celle de la recherche de l’équité fiscale et ce, malgré les risques que cela peut faire peser sur des solutions de retraite complémentaire ou d’épargne salariale, je pense notamment au forfait social hissé au taux de 20 %. Sur les vrais produits d’épargne retraite individuels, Perp ou Madelin par exemple, on ne distingue pas de philosophie particulière. Les volumes ne sont pas suffisants pour qu’ils constituent encore une préoccupation majeure.

Ce qui n’est pas le cas de l’assurance vie qui donne l’impression d’avoir failli car n’ayant pas joué son rôle de financement de l’économie, notamment au travers du soutien aux PME. Les contrats spécifiques DSK puis NSK ont été un échec. Les épargnants n’en ont pas voulu et les produits ne sont toujours pas vendus, malgré leurs avantages fiscaux renforcés. Il est vrai que les patrimoines les plus élevés sont les premiers à rechercher la sécurité des fonds en euros. Ces derniers pourraient eux aussi faire mieux en matière d’investissement des entreprises, mais l’obligation d’assurer une liquidité permanente freine le processus d’investissement sur les actifs risqués.

Que propose votre Cercle de réflexion ?

- De ne pas se lancer dans la définition de nouveaux produits mais de s’appuyer sur ce qui fonctionne, c'est-à-dire le fonds en euros. Il pourrait être intéressant de développer des solutions à base de plusieurs fonds en euros, avec des supports classiques et des supports euro-diversifiés et de revenir sur des produits à rendement ferme pour lesquels le capital est garanti sur la durée. Pour que le fonds en euros perdure, il est nécessaire de revoir les calibrages de Solvabilité II. La réforme se reporte d’années en années. Il est temps que la Commission européenne admette le besoin de renégociation du texte.Côté fiscalité, nous demandons un statu quo au moins pour cette année. Au-delà, nous pensons qu’il est inutile de rallonger la durée de huit à dix ans, même si cette option semble faire consensus. Cette évolution n’a guère de sens, en sachant que la durée moyenne des contrats est de quinze ans et risque d’entraîner une confusion avec les vrais produits d’épargne retraite à sortie en rente qui, de leur côté, doivent à notre avis être simplifiés pour être ensuite relancés auprès des particuliers. Dans ce contexte, un alignement de la fiscalité des pensions de retraite à titre onéreux sur celles à titre gratuit serait un bon début.