Flécher l'épargne en favorisant les donations

Bercy devrait présenter un dispositif pour orienter l'épargne des Français vers l'économie réelle dans quelques semaines.
(Pixabay)

C'est la nouvelle marotte des économistes et même des politiques : trouver un moyen de flécher la "sur-épargne" liée au Covid-19 vers l'économie réelle. Il faut dire qu'avec une manne évaluée par la Banque de France à 120 milliards d'euros en 2020 et qui pourrait rapidement atteindre les 200 milliards, l'enjeu est énorme.

Plusieurs pistes ont déjà été évoquées, comme la création d'un livret régional, proposé par la sénatrice de l’Aube, Vanina Paoli-Gagin, ou celle d'un livret Covid, dont les fonds seraient dédiés aux TPE et PME, lancé par le président de la Commission des Finances à l'Assemblée, Eric Woerth. Mais ces propositions peinent à convaincre le Gouvernement, tout comme celle venant de la gauche, qui propose de fiscaliser cette sur-épargne.

Favoriser les donations

La semaine dernière, en marge d'un point presse dédié au fonds de solidarité, le ministre de l'Economie, des Finances et de la Relance, Bruno Le Maire a laissé entendre qu'un dispositif pour flécher cette épargne sera présenté dans quelques semaines. L'une des pistes envisagées par l'Executif serait d'assouplir la fiscalité sur les donations. Hier, une source ministérielle évoquait dans les colonnes des Echos un « système incitatif pour donner envie aux Français de recourir à des transferts ou des dons entre générations ».

Rappelons que depuis 2012, l'abattement en ligne direct a été ramené de 150.000 à 100.000 euros et la durée entre deux dons de 10, et même 6 ans en 2007, à 15 ans. Réduire cette durée pourrait permettre de faire circuler de l'argent entre les générations et ainsi doper la consommation et l'investissement. Les jeunes générations sont toujours plus enclines à utiliser un surcroît de revenu pour un projet professionnel ou immobilier, par exemple.

Seule ombre au tableau d'une telle mesure : sa perception publique. Alors que l'élection présidentielle de 2022 approche, cette décision serait forcément interprétée comme un nouveau coup de pouce à destination des plus aisés. Dans un contexte de crise sanitaire où les inégalités se sont encore creusées, la pilule serait probablement difficile à avaler pour les ménages les plus modestes. L'opposition, qui demande justement une fiscalisation de l'épargne des plus riches, avec pourquoi pas un retour provisoire de l'ISF, se fera le cas échéant un plaisir de sauter sur l'occasion...