Gestion de fortune

Deux family offices veulent bouger les lignes

Letus Private Office, qui comprend deux clients à son capital, compte notamment sur son application mobile de consolidation des avoirs
Fair/e, filiale d’Intuitae, axe sa valeur ajoutée sur la digitalisation de son métier, en particulier sur la sécurisation des données
D.R.

Les banquiers privés sont de plus en plus nombreux à créer leur propre activité de family officer auprès des grandes fortunes, arguant notamment de la nécessité de décoreller la gestion du conseil et de trouver des solutions d’investissement ayant un meilleur rendement. Deux nouveaux entrants, Fair/e et Letus Private Office, témoignent de ce mouvement (L’Agefi Actifs n°663, p. 12). Le premier s’adresse aux patrimoines compris entre 5 et 20 millions d’euros, le second aux actifs supérieurs à 30 millions d’euros. Ils souhaitent tous les deux faire évoluer leur métier de conseil auprès des entrepreneurs fortunés de la nouvelle génération.

Fair/e, une déclinaison d’Intuitae.

La création de Fair/e est née de l’idée commune de trois acteurs : Pierre-Antoine Poussier, gérant privé, Julien Magitteri, banquier privé, et Intuitae (1), un family office créé en 2001 et gérant environ 70 familles. Luc Granger, le directeur et cofondateur de ce dernier, émettait le souhait de créer un modèle de family office qui suivrait le même schéma économique et éthique qu’Intuitae, pour une catégorie de clients moins fortunée, à savoir les patrimoines compris entre 5 et 20 millions d’euros. Un nouveau type de family office était donc, selon eux, à mettre en place afin d’en démocratiser l’accès. Julien Magitteri, après une carrière en tant que banquier privé (lire l’encadré), a pris la présidence de la structure et est également actionnaire. Vincent Mallet, gérant privé, en est aussi l’associé.

Pour Letus Private Office, un actionnariat…

Pour ce qui concerne Letus Private Office, le projet a vu le jour après l’expérience de son président, Sébastien Verdeaux, qui a effectué sa carrière en tant que banquier privé (lire l’encadré). Il crée Letus Private Office aux côtés d’Anice Chlagou qui prend la direction générale de la structure. Ce dernier est un expert en assurance vie et a rencontré Sébastien Verdeaux au sein de la banque privée de JPMorgan où il a dirigé l’activité d’assurance pendant cinq ans. Aurélie Pesle, avocate en charge du juridique et du fiscal, est également associée au capital. A noter que Jean Garbois, qui apporte sa connaissance de l’industrie bancaire, est senior advisor de la structure.

… qui intègre deux clients…

Letus Private Office a aussi reçu le soutien de deux clients entrés au capital de la structure : Thierry Gillier, fondateur de Zadig & Voltaire, et Romain Niccoli, cofondateur de Criteo. En présence de clients au capital, la question de la confidentialité des données et de la justesse des prises de décisions d’investissement par rapport aux autres clients peut légitimement se poser. Sébastien Verdeaux répond que « cette prise de participation n’a pour vocation que de  soutenir notre projet et de permettre à ces actionnaires particuliers de nous apporter leur vision du family office idéal, ceci afin de faire évoluer notre modèle dans la bonne direction ».

… et une société de gestion.

Autre actionnaire du family office : la société de gestion et de capital-investissement Tikehau Capital. Ce partenariat capitalistique permet à Tikehau Capital de déléguer au family office la distribution de ses produits à une clientèle fortunée. Letus Private Office, quant à lui, fait bénéficier à ses clients de produits en club deal qui ne reviennent en principe qu’aux institutionnels. Quid de l’indépendance du conseil donné par Letus Private Office ? A cette question, Sébastien Verdeaux répond : « Nous rechercherons avec Tikehau des solutions d’investissement relatives à la dette privé et à l’immobilier en Europe. Mais bien entendu, Tikeau ne représentera qu’une petite partie des 5 à 10 % de nos investissements effectués sur ces actifs non liquides pour un client donné. » Letus Private Office compte également proposer à Tickehau de les accompagner dans le placement de leurs produits au sein de l’assurance vie luxembourgeoise. « Une des forces du Luxembourg est de permettre l’intégration de ce type de produits. Et plus le patrimoine est significatif, plus le produit peut être sophistiqué », précise Anice Chlagou, qui compte bien privilégier les contrats d’assurance vie luxembourgeois dans les préconisations faites aux clients du family office. Letus Private Office met en effet en avant sa capacité à trouver des opportunités financières ayant un meilleur rendement que celui proposé actuellement en banque privée.

Fair/e et Intuitae mutualisent leurs forces.

Fair/e a mis en place une approche différente. En effet, le family office est positionné sur une catégorie de clientèle qui n’a en principe pas accès – en particulier les patrimoines situés entre 5 et 10 millions d’euros – aux opérations portées par les institutionnels ou les grandes fortunes. « L’idée est de permettre un partage de la volumétrie entre les clients de Fair/e et ceux d’Intuitae sur une même opération de levée de fonds, par exemple en private equity mais aussi en matière d’immobilier », indique Julien Magitteri. En outre, une centrale d’achat commune avec Intuitae est mise en place. « Ainsi, nous pourrons faire un appel d’offres commun, pour les investissements couplés des clients de nos deux structures, créant un écosystème très favorable à l’ensemble de nos clients », relève Julien Magitteri. Fair/e et Intuitae sont organisés de façon à pouvoir travailler en étroite collaboration sur toutes les opérations. Par ailleurs, pour permettre un suivi des besoins des entrepreneurs fortunés, Fair/e a mis en place un comité de pilotage, à côté du conseil d’administration, composé de personnalités du milieu du luxe, de la finance et de la fiscalité.

Mise en avant des outils numériques.

L’usage du numérique est par ailleurs mis en avant par les deux acteurs. Letus Private Office a développé une application mobile permettant aux clients d’avoir accès à tout instant à leur patrimoine consolidé. L’outil, en cours de développement par deux sociétés françaises, devrait voir le jour au printemps 2017. Quant à Fair/e, qui conçoit également un dispositif d’agrégation devant être lancé en février 2017, la structure souhaite plutôt mettre en avant la sécurisation de la donnée, une problématique sur laquelle la structure travaille avec un prestataire externe. « Il faut bien choisir ses interlocuteurs. La numérisation à laquelle on va procéder sera postée dans quatre serveurs différents. Une charte informatique sera signée avec le client », détaille Julien Magitteri. Un outil de comparaison de performances entre les sociétés de gestion est également mis en place. « C’est un instrument interne qui permet de comparer les performances sur un profil donné et sur une période indiquée. Ainsi, nous pouvons ensuite discuter avec les gérants lorsque la performance est en décalage avec le marché », précise Julien Magitteri. Enfin, Fair/e indique souhaiter être complètement en phase avec la nouvelles clientèle d’entrepreneur numérique et utilise Whatsapp en complément du mail. « Un outil propriétaire disposant des mêmes caractéristiques que Whatsapp sera cependant lancé début 2017 », indique Julien Magitteri.

Rémunération et objectifs.

Si Letus Private Office facture uniquement des honoraires, en déduisant de ceux-ci les éventuelles commissions perçues, Fair/e adopte un modèle hybride reposant sur une facturation d’honoraire et la perception de 50 % des commissions. Ils misent tous les deux sur la transparence des tarifications.

A noter que Letus Private Office indique viser un encours sous supervision de un milliard d’euros d’ici à trois ans, et une ouverture de bureau à l’étranger en 2018. Fair/e compte, après avoir consolidé son modèle, déployer celui-ci en province.

 

(1) Lire l’entretien avec Luc Grangé « Family office, un métier qui se sophistique » sur agefiactifs.com.