Défaillances d’entreprises : un pic attendu ce trimestre

Les défaillances ont diminué de 39 % en 2020 par rapport à l’année précédente. Une baisse sans précédent qui fait craindre un effet de rattrapage.
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Le dernier rapport annuel d’Ellisphere, le spécialiste de l’information économique aux entreprises, aurait pu donner de quoi se réjouir. Selon le document publié ce matin, les défaillances de sociétés ont diminué de 39 %. Le nombre de redressement et de liquidations judiciaires directes s’élève à moins de 31.000 contre près de 50.000 en 2019. Idem pour les procédures de sauvegardes : 774 ont été ouvertes sur l’exercice 2020, alors qu’on n’en comptait pas moins de 946 l’année précédente.

Des bonnes nouvelles oui, mais à moitié seulement, car comme Ellisphere l’écrit dans son rapport, il faut surtout y voir « l’effet cumulé du ralentissement de l’activité des greffes de tribunaux de commerce, d’un soutien financier massif de l’Etat et des organismes financiers ». Très loin d’un miracle donc. Ellisphere juge même « inévitable » un « effet retard de la crise (..) sur l’ensemble du tissu économique national » et qui « se mesure déjà largement par l’anticipation des entreprises dans la gestion de leurs activités et de leurs effectifs ».

Des signaux faibles mais bien présents

Dès le second semestre 2020, Ellisphere dit avoir relevé « un nombre croissant de restructurations (…), autant de signes d’adaptation aux difficultés à venir ». Sur le plan géographique, difficile pourtant de s’alarmer. Seuls deux départements voient leur nombre de défaillances d’entreprises augmenter (+ 3,6 % pour la Lozère et + 0,8 % pour l’Orne).

Il faut se pencher sur les secteurs d’activité pour avoir une idée plus précise du marasme à venir. Dans le détail, les vins & spiritueux ont particulièrement souffert et accusent une hausse des défaillances de 58,3 %. Une augmentation significative mais peu surprenante puisque les professionnels du secteur ont été fortement impactés par la fermeture des bars et restaurants.

L’activité du cuir est également en souffrance : + 33,3 % de défaillances. En cause, les « nombreuses procédures sur des enseignes notoires : La Halle, Celio, Camaïeu, Phildar, Orchestra-Prémaman, Kidiliz pour ne citer que les plus connues », explique Ellisphere. La société relève également « des dégradations significatives pour les agences de voyage, les industriels de la viande, de la restauration collective, les cafétérias et libres-services, les fabricants de carrosseries et remorques et enfin, l’activité de construction de routes et autoroutes ».

Le pire à venir ?

Ellisphere dit avoir constaté un durcissement des décisions depuis la réouverture des saisines en octobre dernier. « Sur l’année 2020, 82 % des prononcés étaient des liquidations judiciaires pour 18 % de redressements judiciaires, contre un rapport de 70/30 habituellement. A ce titre, le dernier trimestre 2020 a été marqué par une forte évolution des conversions de redressement ou de procédure de sauvegarde en liquidation judiciaire », écrivent les experts dans leur rapport.

La dynamique devrait se prolonger. En fonction de la reprise économique et de la durée des dispositifs d’aide de l’Etat, le scénario pour les prochains moins n’est pas réjouissant. Selon Ellisphere, « les estimations de défaillances pour 2021 s’échelonnement de 50.000 (retour au niveau 2019) à 62.000 (pic post crise 2008) pour les plus optimistes ».

La société anticipe un premier pic de défaillances dès la fin du premier trimestre 2021. La deuxième vague devrait frapper le pays à l’horizon du premier trimestre 2022, « lorsque tomberont les premières échéances de remboursement des PGE qui solliciteront très fortement la trésorerie des entreprises ».

L’ensemble de ces signaux font craindre à Ellisphere une reprise économique tardive. « On parle maintenant d’une situation difficile jusqu’à l’été prochain, voire d’un retour à la normale pour certains secteurs à compter de... 2024 ou 2025 », écrit la société dans son rapport.