Alchimie

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Régulièrement constatée et même dénoncée, la préférence donnée aux filières scientifiques en France n’est pas près de disparaître. Certainement pas à Bercy en tout cas où, au sein du département dédié à la taxation de l’épargne, ceux ayant déjà étudié l’instabilité de composants chimiques vont être incontestablement avantagés dès lors qu’ils manipulent la fiscalité et l’assurance vie. Gare ! Le placement préféré des Français est pour le moins volatil et tout changement dans la composition du cocktail peut s’accompagner, à défaut d’un dégagement de fumée, d’importantes sorties de capitaux. La manœuvre a toujours été risquée, ce qui a pu encore récemment se vérifier avec l’annonce de l’introduction en 2018 de la flat tax. Perplexes, un grand nombre d’assurés ont réagi de telle manière qu’en novembre dernier, un mois traditionnellement favorable à la collecte, des sorties de l’ordre de 500 millions d’euros ont été enregistrées.

La complexité de l’ensemble fiscal n’a pas aidé non plus. Les chimistes devront apprendre qu’en la matière, rien ne se perd ni se transforme mais tout se crée… Sur le plan des performances aussi, l’assurance vie veut séduire mais le gros quart de la collecte dirigé vers les unités de compte démontre les réticences des souscripteurs.

Les choses pourraient cependant évoluer. Dès cette année. Si l’on en croit les conclusions du rapport commandé par Bruno Le Maire sur le financement des entreprises, il est clairement mentionné que les Français n’aiment ni le risque pour leur épargne, ni les horizons de placement lointain. Avec en dommage collatéral les entreprises hexagonales aux difficultés récurrentes pour se financer en fonds propres ainsi que les piètres performances de l’épargne des Français. Dans ce cadre, l’une des nombreuses pistes envisagées consisterait à distinguer nettement épargne retraite et assurance vie. La première privilégierait un placement « tunnel » – avec peu de possibilités de sorties anticipées – et un horizon long. Quant à l’assurance vie, dont les capitaux investis en vue de la retraite pourraient être transférés en franchise d’impôts vers l’offre idoine, elle imposerait après cette décantation de nouvelles conditions de blocage de l’épargne pour bénéficier du régime hors pair en matière de succession, ou de l’abattement fiscal de 4.600 euros/9.200 euros. Il serait question d’une durée minimum de détention des contrats, supprimant ainsi les contraintes de liquidités auxquelles sont soumis les assureurs. Autre suggestion : la création d’un nouveau contrat « euro bonifié » avec une garantie en capital qui ne se constituerait qu’au fil de l’eau...

Certes, il ne s’agit que d’un rapport. Mais il serait tout de même étonnant que parmi les recommandations y figurant, certaines d’entre elles ne soient pas retenues par Bercy. Sur le plan financier, avec des rendements attendus en 2017 de l’ordre de 1,5 % en moyenne, on peut convenir que la prise de risque ou l’allongement de la durée du placement en cas d’investissements réalisés sur des actifs risqués sont des pistes à considérer. On s’étonnera juste que pour mener à bien la réaffectation d’une partie de l’épargne des Français, il est prévu d’user largement de l’arme fiscale. Celle-là même que des parlementaires entendaient ne plus utiliser pour guider les choix des Français. A croire qu’il s’agit là d’un excellent catalyseur.