Affaire Bio c’Bon : les particuliers se structurent 

Les repreneurs potentiels ont jusqu'au 13 octobre avant minuit pour améliorer leurs offres, qui seront examinées le 16 octobre.
(VDL)

En redressement judiciaire depuis le 2 septembre dernier, l’enseigne Bio C’Bon continue de défrayer la chronique du côté des petits investisseurs, qui en détiennent près de 25 % du capital. Ces derniers, qui s’étaient regroupés dans le collectif « Adibio » ont décidé de franchir une nouvelle étape. Sous l’impulsion de leur conseil Me Antoine Germain, une fiducie vient d’être créée. 

L’avocat du cabinet Spinnaker, qui représente les intérêts de plusieurs centaines d’épargnants, pour des sommes en jeu comprises entre 15 et 20 millions d’euros (sur les plus de 100 millions estimées), espère attirer le reste des 2.850 particuliers concernés par cette affaire. « Le collectif Adibio n’est pas une entité juridique. L’intérêt de créer une fiducie est de fournir une structure capable de gérer les actifs des épargnants et ainsi de parler d’une seule voix. Plus nous serons nombreux et plus nous aurons de poids », explique celui qui s’est rapproché de Didier Poulmaire un confrère spécialisé dans la structuration de ce genre de véhicule. Ce dernier a déjà traité d’autres grands dossiers similaires, comme celui de la compagnie aérienne Aigle Azur récemment ou encore le groupe hôtelier Maranatha. 

L’objectif de cette fiducie est d’assurer la logistique, en commençant par la déclaration des créances des particuliers. « Nous avons deux mois pour le faire. C’est très important, car ceux qui ne le feront pas ne seront pas admis au passif de Bio C’Bon, leurs créances ne seront alors plus opposables à la procédure collective », prévient Antoine Germain. 

Reconsidérer les petits porteurs 

L’avocat a d’ores et déjà engagé des discussions avec l’ensemble des repreneurs potentiels du spécialiste du Bio avec un seul et unique objectif : l’amélioration des offres actuelles. « Il y a un vrai manque de considération des petits investisseurs. Pour l’instant seul le groupe Zouari a pensé à eux, dans des conditions encore insuffisantes et améliorables », insiste-t-il.  

Pour les autres candidats à la reprise, cette partie du dossier semble donc invisible… pour l’instant. Car si la décision devrait être rendue le 16 octobre prochain, Antoine Germain espère convaincre les repreneurs potentiels que la prise en compte des intérêts des investisseurs pourrait faire pencher la balance en leur faveur. « Les candidats ont jusqu’au 13 octobre avant minuit pour le dépôt des offres amélioratives. S’ils veulent se différencier, ils doivent traiter ce volet », martèle l’avocat qui ne compte de toute façon pas s’arrêter là. « Si la situation ne devait pas évoluer, la fiducie pourrait alors avoir la charge de mener d’autres actions judiciaires. Mais nous n’en sommes pas encore là », poursuit-il. 

Une décision porteuse d’espoir 

Antoine Germain espère notamment que les entités supports, dans lesquelles les particuliers ont investi, et qui sont hors périmètre des procédures collectives, soient amenées à rembourser elles-mêmes les investissements. S’il salue la décision positive accordé en référé au cabinet Lexance Avocats, il s’interroge, de prime abord, sur sa mise en œuvre. « Je n’ai pas pu prendre connaissance de cette décision, résolument porteuse d’espoir. Ce qui m’interpelle c’est qu’une société en redressement judiciaire n’a pas la possibilité de payer des dettes antérieures, je ne vois donc pas comment la décision pourrait s’appliquer actuellement », affirme-t-il. Une affirmation justifiée puisque la condamnation obtenue en référée par Lexance Avocats ne peut effectivement pas être exécutée tant que la procédure de redressement judiciaire est en cours. En revanche, elle permet justement d’intégrer les quelque 180.000 euros des sept épargnants au passif de Bio C’Bon dans le cadre du redressement. 

Quelle que soit l’issue de cette affaire, elle est bien partie pour devenir un symbole négatif dans un environnement économique compliqué où le gouvernement espère orienter les investissements des Français vers l’économie réelle. Une épine judiciaire et médiatique dans le pied de l’exécutif, d’autant plus que ce genre d’investissement « sera amené à se multiplier dans les années à venir », avertit Antoine Germain.