ABN Amro reconnaît ses lacunes dans la lutte antiblanchiment

Bertrand De Meyer
Chris Vogelzang, directeur général de Danske Bank et ancien d’ABN Amro, a présenté sa démission à la suite de l’enquête concernant la banque néerlandaise.
(Pixabay)

Je dois reconnaître que, par le passé, nous n’avons pas réussi à remplir correctement notre rôle important de contrôle. » C'est ainsi que Robert Swaak, PDG d’ABN Amro, n’a pas cherché à minimiser «les graves lacunes» pointées du doigt par le parquet des Pays-Bas (Dutch Public Prosecution Service, DPPS) dans les dispositifs antiblanchiment de la banque néerlandaise. Aussi, celle-ci a annoncé lundi accepter de payer une amende de 300 millions d’euros et de reverser 180 millions d’euros, en raison de la gravité des faits. «Le montant total de 480 millions d’euros aura un impact sur les résultats du premier trimestre de la banque en 2021», précise ABN Amro dans un communiqué. Attendus le 12 mai, les comptes du premier trimestre devraient afficher de légères pertes.

Dans son enquête ouverte en 2019, le DPPS souligne notamment que des clients ont pu abuser des comptes entre 2014 et 2020 en raison de la faiblesse des processus d’acceptation des clients, de suivi des transactions et de sortie des clients. Depuis, la banque a cherché à rattraper ses manquements en centralisant son processus de cycle de vie du client en 2018, en développant un programme de détection des crimes (DFC) qui devrait s’achever en 2022 et en mobilisant plus de ressources sur le sujet avec un emploi sur cinq consacré à ce cycle de vie (3.800 employés).

L’enquête n’a pas fait qu’une seule victime. Chris Vogelzang, actuel directeur général de Danske Bank et qui a occupé plusieurs postes de direction entre 2000 et 2014 chez ABN Amro, a présenté sa démission en raison de son statut de suspect dans l’affaire. «Étant donné la situation particulière de Danske Bank et l’examen approfondi auquel elle est soumise, notamment en matière de lutte contre le blanchiment d’argent à la suite de l’affaire non résolue de l’Estonie, je ne veux pas que les spéculations sur ma personne entravent le développement continu de la Danske Bank», a-t-il déclaré dans un communiqué. La banque danoise est au coeur d'un vaste scandale en raison de 200 milliards d’euros de transactions suspectes ayant transité par sa filiale en Estonie entre 2007 et 2015. Chris Vogelzang sera remplacé par Carsten Egeriis.

«Bien que l’annonce d’aujourd’hui soit une surprise pour nous, nous ne nous attendons pas à ce qu’elle entraîne des changements importants dans la stratégie de la banque», a commenté UBS dans une note, soulignant que la banque devrait «rester concentrée sur la réduction des coûts et le règlement des enquêtes en cours».

Nouvelle amende aux Pays-Bas

L’autre grande banque néerlandaise, ING Bank, avait réglé une amende de 775 millions d’euros en 2018 après avoir reconnu des défaillances dans ses procédures de surveillance de son unité domestique entre 2010 et 2016. En 2019, le collectif de journalistes d’investigation Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP) révélait que les deux banques auraient participé, au côté de Raiffeisen Bank International (RBI) notamment, à un système de blanchiment à grande échelle de fonds russes entre 2006 et 2013. Quelque 4,6 milliards de dollars (4,3 milliards d’euros) auraient transité en provenance de Russie vers l’Europe et les Etats-Unis à l’aide de 70 sociétés écrans.