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Tous les quinze jours et pendant six mois, trois partenaires choisis par la rédaction de L’Agefi Actifs révèlent leur politique d’investissement

La vague d’optimisme du premier semestre ne s’est pas essoufflée en avril, malgré des fortunes diverses entre les actions et le monde obligataire. Cette vague a été portée par la régression de l’épidémie dans les pays développés, des chiffres économiques en amélioration et un environnement monétaire toujours plus favorable. La hausse des marchés actions a été principalement menée par les Etats-Unis, dont les principaux indices n’ont cessé de battre des records tandis que la hausse européenne, bien que moins spectaculaire, ne semblait pas s’arrêter non plus.

Un des faits marquants depuis le début de l’année reste la forte remontée des taux américains en février et en mars. En effet, le taux 10 ans a atteint 1,77 % à la fin du premier trimestre, reflétant la forte accélération de l’économie américaine. A la surprise générale, les rendements d’Etat américains se sont tassés malgré des statistiques économiques toujours bien orientées. Le schéma habituel « acheter la rumeur, vendre le fait », après la publication des chiffres d’inflation très attendus du mois de mars, s’est une nouvelle fois concrétisé. Selon nous, les marchés obligataires, une fois encore, ont été trop rapides à anticiper l’action de la Fed.

En Europe, les rendements des obligations d’État ont légèrement reculé ces dernières semaines, en réaction à l’amélioration du rythme de vaccination sur le vieux continent. En conséquence, le dollar a annulé une grande partie de ses gains du mois dernier, perdant 2,4 % contre l’euro.

L’attention demeure aussi focalisée sur l’inflation, dont l’augmentation depuis le début de l’année reste sans commune mesure avec les années récentes. Si elle est certes liée à des facteurs techniques et des effets de base, son niveau atteint des plus hauts sur la décennie : 2,6 % en mars aux Etats-Unis ! La Fed, par la voie de son président Jerome Powell, a cependant rassuré les marchés contre un potentiel resserrement des conditions monétaires, en précisant que la priorité était d’abord donnée au retour à la normale du marché de l’emploi et de l’économie. Pas de resserrement monétaire inopiné à court terme donc, mais l’attention reste constante sur les chiffres de l’emploi, qui détermineront les prochaines actions de la toute puissante Fed.

La partie actions du marché ne s’est pas embarrassée de ces inquiétudes, surfant à plein sur la vague de la réouverture des économies promise pour l’été. Les marchés anticipent actuellement de très bons résultats d’entreprises, portés par des conditions financières toujours très attractives. La remontée des taux et les perspectives d’une inflation rampante au premier trimestre n’ont été pour le moment que de faibles obstacles à la performance des marchés actions. Elles ont cependant alimenté la rotation sectorielle que nous avons vue au début de l’année, les pressions reflationnistes soutenant les expositions aux marchés cycliques et décotés. Il est intéressant de noter que depuis la stagnation des taux en avril, les titres de croissance ont repris leur marche en avant (le Nasdaq fait +6 % en avril). Par ailleurs, les marchés actions ont pour le moment ignoré les récentes déclarations de l’administration Biden au sujet d’une forte remontée de la taxation des entreprises.

Malgré le momentum positif sur les marchés, nous pensons que le début d’un resserrement de la politique monétaire aux États-Unis n’est peut-être pas si éloigné que les marchés le laissent entendre actuellement. Par exemple, la banque centrale canadienne s’est déjà engagée dans une réduction progressive de ses achats d’actifs. Gardons également à l’esprit que les valorisations exigeantes des marchés d’actions et l’important effet de levier utilisé actuellement par divers investisseurs relèvent la barre des rendements futurs. Dans le même temps, le sentiment général reste exposé à des développements défavorables tels qu’un environnement réglementaire et fiscal moins favorable à l’avenir.

Dans ce contexte, nous pensons que les mois à venir pourraient s’avérer plus difficiles pour les marchés. Nous avons donc ajouté des positions de protection sur nos fonds et réduit en parallèle notre exposition au risque.

 

Points forts

- L’accélération des campagnes de vaccination laissent entrevoir une réouverture franche des économies.

- Les politiques monétaires et gouvernementales sont pour le moment ultra accommodantes.

- Des résultats d’entreprises de bonne facture, en soutien des marchés.

Points faibles

- Un potentiel délai dans le contrôle de l’épidémie.

- Une remontée des taux d’Etat plus forte que prévue et incontrôlée.

- La potentielle remontée du taux d’imposition des sociétés aux Etats-Unis.