Assurance vie : l’avènement des unités de compte

Par Maximilien Billion, consultant TNP

En ce début d’année, marquée par la guerre en Ukraine, le redémarrage de la croissance s’accompagne d’un retour tonitruant de l’inflation. Ce mot que nous avions quelque peu oublié depuis plusieurs années et qui avait obligé – ou permis selon le point de vue – les grandes banques centrales à travers le globe à pratiquer une baisse massive de leurs taux.

Ces politiques monétaires inédites, incluant l’introduction de taux d’intérêt durablement bas, voire négatifs, n’avaient pas donné lieu au retour espéré d’une hausse des prix, constituant l’un des objectifs des banquiers centraux pour soutenir une croissance économique plus forte et durable. Au lieu de cela, cette stratégie a alimenté une hausse continue sans précédent du prix des actifs financiers et immobiliers, tout en omettant d’atteindre la cible première de celle-ci.

Le retour de l’inflation

L’apparition du Coronavirus en 2020, que nous subissons toujours à l’heure actuelle, a initié un arrêt quasiment total de l’économie mondiale durant plusieurs mois, suivi d’un redémarrage jamais vu depuis les Trente Glorieuses. Celui-ci s’accompagne désormais d’une inflation galopante, alimentée par une hausse des prix de l’énergie, des denrées alimentaires et des composants électroniques indispensables à la plupart de nos outils modernes. Les banques centrales réagissent : la Fed annonce trois hausses de ses taux directeurs pour 2022 et la banque d’Angleterre a déjà opéré une hausse en 2021. Nous observons une réelle remontée des taux longs, qui restent néanmoins à des niveaux historiquement bas.

Ainsi, ce grand retour de l’inflation interroge non seulement sur la manière de la juguler efficacement, mais surtout sur le devenir de l’épargne des agents économiques. Le matelas de prévoyance des ménages s’était considérablement étoffé avec les confinements successifs, alimentant les supports classiques d’épargne que sont les comptes courants, pourtant non rémunérés, le livret A et les fonds euros, pierre angulaire de l’assurance vie et produit d’épargne préféré des Français, avec un encours total de 1.861 milliards d’euros à fin novembre 2021.

Des fonds euros ne protégeant plus contre l’inflation

Dès lors, les rendements de ces supports posent question. Avec un Livret A délivrant 1%, des fonds euros versant un rendement net moyen de 1,28% pour l’année 2020 (étude ACPR) et une prévision autour de 1,10% pour l’année 2021, la protection de l’épargne devient caduque face une inflation de 2,8%.

Dans ce contexte, il devient nécessaire pour les épargnants de revoir leur allocation d’actifs, notamment au sein de l’enveloppe reine que constitue l’assurance vie. D’autant que les assureurs ont le plus grand mal depuis plusieurs années à gérer ces fonds euros, du fait des politiques monétaires accommodantes entraînant une baisse continue des rendements sur les obligations d’États, qui représentent la très grande majorité des positions détenues pour la gestion de ce support garanti.

La revanche des unités de compte

Reste donc le second maillon majeur de l’enveloppe assurance vie, les unités de compte (UC). Celles-ci représentent des parts de fonds d’investissement, permettant d’offrir une palette très large de possibilités. Que ce soit sur des actifs obligataires, actions ou immobiliers, intégrant une thématique ISR, ou bien encore sectorielle ou géographique ; le choix est vaste. Les espérances de rendement liés à ces classes d’actifs sont bien plus intéressantes et appréhendent au plus juste les risques.

Dans le même temps, les assureurs tentent de dissuader depuis plusieurs mois leurs clients de continuer à alimenter ces fonds euros au profit des unités de compte. En effet, chaque versement est le plus souvent assorti désormais d’une condition d’investissement dans des unités de comptes dans lesquelles les Français rechignaient à investir par le passé.

La revanche des unités de compte est désormais une réalité. Alors que les fonds euros représentaient 76,65 % des encours d’assurance vie fin 2020, la part des UC dans les cotisations s’établit à 39 % sur le mois de novembre dernier et avoisinera les 38 % sur l’année 2021 (35 % en 2020 et 28 % en 2019).

Des assureurs vie et sociétés de gestion en ordre de bataille

Ce mouvement d’investissement vers des supports non garantis est sans précédent et ouvre la voie au basculement des épargnants français vers un véritable comportement d’investisseurs dans une optique de risques maîtrisés.

Pour les assureurs vie comme pour les sociétés de gestion d’actifs, c’est un tournant à ne pas rater. Il doit s’accompagner d’une évolution de la relation client, des offres proposées et, plus largement, de la chaîne de valeur dans son intégralité, tout en poursuivant les efforts pour rendre les produits plus exigeants en matière de développement durable.

Ces nombreuses transformations exigent un accompagnement spécifique dans l’élaboration, la mise en œuvre d’une stratégie, ainsi que l’acculturation de la clientèle vis-à-vis d’investissements plus dynamiques. Cet appui par des équipes dotées d’une réelle expertise permettra de concrétiser cette opportunité de développement pour les gérants d’actifs.