Une époque formidable

L'édito du rédacteur en chef de l'Agefi Actifs, Jean-François Tardiveau, dans notre dernière édition papier.

Décidémment, cette campagne présidentielle restera à nulle autre pareille ! Passons sur les éléments hors cadre – entendez hors programme politique – qui ne viennent même plus polluer mais engloutir les exposés des candidats, et intéressons-nous aux engagements qu’entendent prendre chaque prétendant en cas d’élection début mai. Traditionnellement, au moment de la campagne donc, les promesses vont bon train, dès lors qu’elles n’engagent que ceux qui les croient. Ce n’est qu’une fois l’échéance passée que les électeurs, et parfois l’élu même, découvrent que la réalité aura raison des « bonnes » intentions de départ. Or, pour cette élection, c’est le contraire qui prévaut ! Si l’on s’intéresse aux deux candidats démocrates les mieux placés dans les sondages, il faut admettre que les programmes concoctés par leurs équipes en matière de fiscalité ont dès le départ inclus des mesures fortes et pas vraiment populaires. C’est le cas par exemple pour l’assurance vie qui, un temps donc, a été promise de part et d’autres, à une « flat tax » dont le premier résultat aurait été d’alourdir sur le long terme la fiscalité d’une enveloppe qui pèse, tout de même, plus de 1.500 milliards d’euros. Sous les coups de butoir d’associations d’épargnants et d’un lobbying efficace, une marche arrière s’est produite. De fait, en 2017, avant même l’élection, on se montre dur pour commencer et on finit par faire machine arrière ou s’arranger pour que des effets pervers disparaissent en créant de nouvelles exceptions si chères à notre Code général des impôts. On n’épiloguera pas sur le manque à gagner et la façon dont il sera compensé, mais reconnaissons tout de même que cela fait un peu désordre, quand bien même, ici, l’intelligence est passée.

Quoi qu’il en soit, ces retournements ne sont pas une exclusivité française. Nos amis Anglais, par exemple, semblent vouloir faire de même. Vu d’Outre-Manche, le Brexit permet au pays de prendre son destin en main. Bruxelles n’a pas la même vision. Et de rappeler aux Britanniques qu’ils ont pris précédemment des engagements, qu’il convient d’honorer désormais. La note est salée puisqu’il pourrait être question d’environ 60 milliards d’euros. Londres a déjà mis ses lawyers sur la braise, qui affirment, semble-t-il, que la Grande-Bretagne n’aurait rien à débourser. Plutôt gênant, y compris pour les épargnants et les investisseurs français dès lors que le plan de relance Junker, sur lequel de nombreuses entreprises européennes doivent compter, figurent parmi les dossiers en délicatesse. On se satisfera du fait que des engagements pris avant et remis en question après sont un scénario plutôt classique. Il n’en reste pas moins qu’il s’agit là de la signature d’une des plus grandes puissances mondiales. A croire que c’est la période et non une élection qui se montre à nulle autre pareille…