Swiss Life France s’immunise contre l’assurance vie en euros

Par Amélie Laurin
Spécialiste de la clientèle aisée, l'assureur a réalisé 79% de sa collecte nette 2019 sur des produits en unités de compte, au capital non garanti.

Après un premier semestre en demi-teinte, marqué par une légère baisse de son chiffre d’affaires, Swiss Life France a redressé la barre en fin d’année. «Nous avons été très agréablement surpris par le succès global de cette année», a déclaré hier Charles Relecom, PDG de Swiss Life France, lors d'une conférence de presse. Deuxième centre de profits de l’assureur suisse Swiss Life, la filiale tricolore affiche un résultat opérationnel en hausse de 3% en 2019, à 247 millions d’euros. Après un bond de 15% en 2018, son chiffre d’affaires (primes brutes encaissées) a progressé 5% l’an dernier, «en ligne avec le marché», à 5,3 milliards d’euros. L’activité commerciale a crû de 5% en assurance vie (près de 3,6 milliards d’euros de primes brutes) et en santé-prévoyance (environ 1,5 milliard), et de 7% dans l’assurance dommages (400 millions).

Premier métier de Swiss Life France, l’assurance vie a connu une année mouvementée. Au final, la collecte nette est restée stable d’un an sur l’autre, à 1,7 milliard d’euros, dans un marché en hausse. Les flux nets dans l’Hexagone sont passés de 21,5 milliards d’euros en 2018 à 25,9 milliards l’an dernier, selon les chiffres de la Fédération française de l’assurance. La compagnie se distingue en revanche par sa collecte nette en unités de compte (UC, produits diversifiés non garantis en capital), qui a grimpé de 71% à 79% en un an. En brut, les souscriptions d'UC (49%) sont deux fois supérieures à la moyenne nationale (27%), grâce à l’ADN patrimonial de Swiss Life.

«Notre stratégie d’assureur privé nous permet de vendre éthiquement des UC. Proposer du fonds en euros (garanti et investi très majoritairement en obligations, ndlr) n’est pas un bon conseil pour les clients aisés qui peuvent subir la volatilité des marchés», explique Charles Relecom. Swiss Life France est l’un des premiers assureurs à avoir tiré la sonnette d’alarme, à l’automne dernier, sur la baisse de rendements des fonds en euros, avec un plancher à 1% au titre de 2019. «Le fonds en euros est un toxique pour nous et pour nos clients, affirme Eric Le Brun, directeur général de Swiss Life Assurance et Patrimoine.

Succès du PER. Pour autant, le premier semestre a été chahuté, après la crise des Bourses fin 2018. «C’est la première année où des clients ont arbitré de l’UC vers de l’euro (fonds en euros), avec environ 400 millions d’euros d’arbitrage au premier semestre, soit 3-4% des encours en UC», explique Jean-Pierre Lassus, directeur financier de l’assureur. Swiss Life France a tout de même refusé 250 millions d’euros de tickets exclusivement en euros.

Au second semestre, les UC ont profité du rebond des marchés actions et du décrochage des obligations d’Etat qui a porté un coup aux fonds en euro, déjà fragilisés par le niveau très bas des taux d’intérêt. Au dernier trimestre, l’activité d’épargne a également bénéficié du lancement du plan d’épargne retraite (PER) individuel, dans le sillage de la loi Pacte. Swiss Life revendique la première place de nouveau créneau, avec 13.500 produits vendus à fin décembre, soit 16% du marché en nombre, et 26% en montant devant Axa. L'assureur vient de lancer un PER obligatoire destiné aux PME. Des PER collectif et épargne salariale suivront.

Au total, les encours d’assurance vie de la compagnie ont crû de 13%, à 27,8 milliards d’euros, avec un taux d’UC de 42%. Du coup, le récent coup de pouce de Bercy aux assureurs, via l’intégration des réserves financières (PPB) des fonds en euro, a eu un effet limité (+23 points de base) sur la solvabilité de Swiss Life France. «C'est beaucoup moins que chez nos concurrents car on a moins de fonds en euros», souligne le directeur financier qui pointe aussi la «remontée des capitaux excédentaires» à la maison mère suisse. A fin décembre, le ratio Solvabilité 2 était néanmoins «supérieur à 180%», bien au-dessus du minimum réglementaire de 100%.