Assurance vie / Robo-advisors

Partenariats tous azimuts dans le numérique

Les acteurs institutionnels dotés d’une appétence particulière pour la distribution en ligne intègrent désormais les offres des principaux robo-advisors
Le conseil financier automatisé aiguise l’intérêt des régulateurs européens et français en raison notamment des difficultés à formaliser le devoir de conseil
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Investi par les start-up de la fintech – contraction de finances et technologies –, le marché du conseil financier automatisé n’en finit pas de prendre de l’ampleur (lire l’avis d’expert p. 10). Ce phénomène a d’ailleurs conduit les superviseurs européens de la banque (EBA), de l’assurance (EIOPA) et des marchés financiers (Esma) à en élaborer une définition avant de pousser plus loin leur réflexion.

De leur point de vue, un robo-advisor est un outil automatisé dont l’usage est orienté vers le consommateur et moins vers les fournisseurs de conseil, c’est la raison pour laquelle il est mis à la disposition directe du client sans requérir d’intervention humaine. Quant à la valeur ajoutée du conseil délivré, elle repose sur l’utilisation par un algorithme des données fournies par l’investisseur.

Des start-up françaises aux côtés des institutionnels.

En officialisant sa création en février 2016, Optimvest est la dernière start-up à rejoindre le rang des robo-advisors français. Pour tenter de se distinguer de ses concurrents qui privilégient eux aussi la gestion indicielle pour des raisons de coûts essentiellement, la société mise entre autres « sur la faculté laissée à la main de l’épargnant de choisir entre différents type de gestion – libre, conseillée ou sous mandat », annonce Jean-Charles Simon, l’un des porteurs du projet. Signe de l’engouement actuel des établissements financiers, et notamment ceux qui ont une appétence particulière pour la distribution en ligne, ce dirigeant aurait déjà recueilli la faveur d’une compagnie d’assurances en vue de la distribution de son offre commerciale alors même que la mise en production de l’outil Optimvest ne devrait pas être effective avant la fin de l’année 2016.

Loin de constituer une surprise, des rapprochements se précisent (L’Agefi Actifs n°656, p. 16). Spirica, une filiale de Predica, la compagnie d’assurances du groupe Crédit Agricole, intégrera la solution développée par Fundshop, spécialisé dans la phase de construction et de gestion de portefeuille en assurance vie d’ici au mois de septembre 2016. En dépit du bilan décevant qu’affiche sa collaboration avec Advize, un site de souscription et de gestion de contrats d’assurance vie en ligne, Generali  témoigne un intérêt pour la plate-forme Marie Quantier qui propose un service d’accompagnement des épargnants par un dispositif de recommandations notamment.

Courtisée, cette fintech a également répondu favorablement à Suravenir, la compagnie d’assurance vie filiale du Groupe Crédit Mutuel Arkéa pour laquelle il s’agit d’un nouveau partenariat après celui constitué avec la société de gestion (SGP) Yomoni en 2015. Dans l’opération, l’assureur met à la disposition du robo-advisor une enveloppe assurance vie dont il assure la distribution et la gestion. « A la différence de Yomoni, qui propose une gestion sous mandat, nous permettons à nos clients d’accéder à la gestion libre ou conseillée avec des outils simples pour comprendre les marchés financiers et faire par soi-même. Par ailleurs, des OPC sont accessibles à côté des ETF », détaille Nicolas Pierret, le cofondateur de Marie Quantier.

Une distribution en direct critiquée par des représentants de conseillers.

Envisagés par certains comme une menace pour les conseillers en gestion de patrimoine (CGP), le modèle de distribution en direct sur internet proposé par la plupart des robo-advisors a rapidement fait l’objet de mises en cause. Selon David Charlet, président de l’Anacofi, « peu de clients sont prêts à jouer le jeu des questionnaires entonnoirs qui sont pourtant incontournables pour établir leur profil de risque. Il s’agit par ailleurs d’un dispositif coûteux et dont les résultats économiques pour l’entreprise laissent à désirer. D’après nos tests, dans certains cas, les solutions de placement proposées sont même en contradiction avec les profils risque du client ».

Parmi les autres sujets soulevés, il est notamment question de savoir par exemple si les fintechs qui disposent du statut de conseil en investissement financier (CIF), à l’image de Marie Quantier et d’Advize, respectent les obligations réglementaires inhérentes à ce type d’activité (lire l’encadré p. 12). Autant d’arguments que balaie Nicolas Pierret. Sur la question de la remise du document d’entrée en relation (DER) par exemple, celui-ci affirme qu’il « est accessible en bas de page sur notre site internet » et qu’« il est bien remis au prospect dès l’instant où celui-ci s’inscrit sur le site » et non pas à l’occasion de la souscription du contrat.

Des prémisses de réglementations.

La montée en puissance des outils de conseil automatisés et le flot des interrogations qui l’accompagne aiguisent l’attention des régulateurs. Dans un courrier adressé aux ministres des Finances du G20, le Conseil de stabilité financière (FSB), l’instance en charge de détecter les grandes menaces sur la stabilité financière mondiale, a récemment annoncé qu’il rassemblait des informations. L’objectif ? Savoir si d’éventuelles « interruptions de services » seraient susceptibles d’avoir des « implications systémiques ». En Europe, où une évolution réglementaire n’est pas à exclure (lire l’avis d’expert p. 11), cette réflexion est portée par l’Autorité bancaire européenne (EBA) qui concentre son attention sur le traitement par les opérateurs des informations transmises par les épargnants et la logique suivie par l’algorithme utilisé par les fintechs.

En France, l’Autorité des marchés financiers (AMF) et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) sont d’ailleurs associées au projet (1). Les travaux du pôle commun aux deux autorités « portent sur un champ encore plus large », prévient Olivier Fliche, son coordonnateur, également directeur du contrôle des pratiques commerciales à l’ACPR. « Nous nous intéressons à la commercialisation à distance sous toutes ses formes, que ce soit la vente par téléphone, par internet ou mixte (téléphone-internet), ou bien l’utilisation de moyens digitaux tels que les médias sociaux », poursuit-il. Si le pôle commun surveille les moyens mis en œuvre pour conduire le client à la souscription ou à l’acte de souscription lui-même, « nous sommes également vigilants sur l’accompagnement du client tout au long de la vie du contrat », souligne le responsable. Du côté de l’AMF, Claire Castanet, directrice des relations avec les épargnants, évoque un programme de travail portant sur « les évolutions éventuelles de la doctrine existante, la réflexion sur les nouvelles pratiques, en passant par la sécurisation du parcours client ».

La perfectibilité des procédures en cause.

Dans son dernier rapport, le pôle commun a notamment souligné qu’« il apparaît fréquemment que les outils utilisés ne permettent pas d’identifier et traiter les incohérences dans les réponses formulées par l’internaute, voire permettent à celui-ci de modifier ses réponses en cours de processus. La possibilité laissée à l’internaute de se soustraire au profil déterminé ne s’accompagne que trop peu souvent d’une mise en garde par le professionnel ».

Pour ce qui concerne la distribution des contrats d’assurance vie, les enseignements des contrôles restent « identiques pour certains acteurs, signale Olivier Fliche. Toutefois, les contrôles mettent en avant les avancées réalisées par les acteurs dans la mise en place d’une collecte d’informations pertinentes, accompagnées de mentions d’avertissement des clients lors de la saisie et d’analyse plus complète des informations ainsi collectées. Le traitement des anomalies et incohérences reste cependant perfectible, tant en matière de données collectées que de souscription du contrat où le client peut, même s’il souhaite a priori suivre le conseil fourni, souscrire un contrat différent sans alerte. »

Information ne vaut pas conseil.

Pour se conformer au parcours réglementaire actuel, les robo-advisors travaillent à justifier de la qualité des informations transmises et de leur bonne réception par le client par le plus grand nombre de moyens. « A la différence d’une relation classique basée sur des entretiens en face à face ou au téléphone, notre plate-forme nous permet d’enregistrer l’ensemble du parcours client, ce qui nous assure de disposer d’une vue exhaustive sur les données qu’il nous a confiées mais aussi sur les informations qu’il a consultées, explique Laurent Girard, directeur des opérations chez Yomoni. A l’exception des échanges téléphoniques, qui sont minoritaires, nous sommes dans une relation commerciale largement basée sur l’écrit, ce qui est extrêmement responsabilisant. »

La start-up s’appuie sur différents outils pour informer ses clients, des dispositifs vidéo, des tchats et des conférences en ligne sont par exemple prévus. Trois salariés diplômés Bac+4 ou 5 et dotés d’une première expérience dans la distribution de produits financiers sont chargés de répondre aux internautes. Il est par ailleurs annoncé que tous les salariés de la société peuvent être mis à contribution en cas de surcharge du système.

Les prémisses d’un bilan patrimonial simplifié.

En prenant pour exemple le partenariat conclu par Harvest et Budget Insight, un agrégateur de données de finances personnelles (L’Agefi Actifs n°671, p. 12), Yomoni envisage de compléter son offre de services. « Nous réfléchissons actuellement à des solutions de prise en compte plus générale du patrimoine des investisseurs, notamment via l’agrégation de données. L’autre intérêt d’intégrer une solution d’agrégation serait de simplifier les déclarations obligatoires dans le cadre du KYC (know your customer) et de faire une déduction plus fine du comportement des clients », détaille Laurent Girard.

La dématérialisation pour relayer les catalogues de services.

De leur côté, les partenaires traditionnels des CGP continuent d’intégrer de nouveaux services numériques à leur destination même si la souscription en ligne dématérialisée demeure un sujet. « C’est l’acte le plus compliqué à mettre au point, considère Philippe Parguey, directeur du développement chez Nortia, au regard des impératifs liés à la connaissance client, point sur lequel nous allons avancer d’ici au mois de mai pour développer les versements complémentaires ou rachats avant d’envisager dans un deuxième temps la souscription dématérialisée. »

Chez Generali par exemple, si elle est déjà à l’œuvre grâce à un système de validation vocale par le client avec le distributeur en ligne Boursorama qui dispose de l’habilitation tenant à son statut d’établissement bancaire, la société n’a pas encore élaboré de dispositif de signature électronique lui permettant de distribuer de l’assurance vie en direct sur internet pour le client final non bancaire. En revanche, la souscription dématérialisée avec signature électronique est « proposée depuis 2015 aux CGP et aux banquiers privés, avance Sonia Fendler, membre du comité exécutif de Generali France en charge de la clientèle patrimoniale. Sur le même modèle, nous avons lancé cette année l’arbitrage et les versements libres, y compris sur les fonds structurés. En septembre 2016 viendra le tour des rachats partiels ». Concernant les arbitrages, « nous constatons qu’un bon quart des opérations sont signées électroniquement », explique Philippe Parguey.

Autre exemple, la plate-forme Finaveo & Associés a notamment travaillé à rendre l’ensemble de ses services accessibles de manière « totalement dématérialisée, annonce Axel Rason, son président directeur général. Nous sommes en mesure de proposer dès l’entrée en relation avec nos partenaires des conventions et avenants signés électroniquement. Les ouvertures de comptes titres ou de PEA sont disponibles sans impression papier depuis juillet 2015 ». Selon ce dirigeant, près de 80 % des ouvertures de comptes réalisées par les CGP le seraient désormais par ce biais. Pour la prescription du conseil financier, les CGP disposent de Naveo, un autre outil maison destiné à la préconisation d’allocations et leur validation par les clients sans papier.

 

(1) La position du pôle commun est à lire en ligne sur le site www.agefiactifs.com.