Mortel !

L'édito du rédacteur en chef de l'Agefi Actifs, Jean-François Tardiveau, paru dans notre dernier numéro papier.
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L’important est de frapper les imaginations. Sans doute le célèbre économiste britannique John Maynard Keynes avait-il cette idée en tête lui qui, pour vanter les mérites de politiques économiques conjoncturelles, rappelait qu’à long terme, nous sommes tous morts. Le long terme pourtant a du bon. Surtout dans le domaine économique en étant garant de stabilité pour les entreprises et de visibilité pour les épargnants. Hélas, ce constat qui, osons le croire, fait l’unanimité, souffre de criants contre-exemples. Dans l’univers de la gestion de patrimoine par exemple, le plus probant est sans doute celui de la fiscalité. Le long terme est à considérer, dans ce domaine, avant tout comme une succession de phases de court terme au cours desquelles toutes les coupes, les coûts et les coups sont permis. Il faut donc reconnaître du mérite à ceux qui, une fois aux manettes de notre pays, souhaitent mettre de l’ordre dans cette matière qui, à force d’être travaillée, a rendu l’épargnant méfiant et pis, « fiscalo-dépendant ». Le problème est qu’on est arrivé à un tel niveau de complexité qu’il ne peut y avoir de remise à plat sans couacs. L’assurance vie en est bien la preuve. Par sa simplicité, la « flat tax » pensée par les pouvoirs publics conduit à pénaliser les investissements de long terme au profit du court terme.

Avec un large champ des possibles, les assureurs, n’entendant pas s’en laisser conter, ont fait pression pour proposer des aménagements détaillés en page 20 de ce numéro. A partir d’un encours donné, de l’allongement de la durée de détention d’un contrat, jusqu’à la diversification des investissements en passant par l’augmentation d’abattements, tout a été mis sur la table. Avec pour objectif de redonner un (bon) sens économique à l’épargne des Français qui, en assurance vie, représente pas moins de 1.656 milliards d’euros. Cerise sur le gâteau, les propositions des assureurs sont compatibles avec une réorientation d’une partie du pactole vers des produits plus risqués – des unités de compte –, potentiellement plus performants et surtout dédiés à l’économie réelle. Contribuer à rééquilibrer les masses en présence aurait été d’autant plus apprécié dans le monde de l’assurance que lesdites unités de compte sont synonymes d’une consommation moindre en fonds propres. Or, pour l’heure, 1.598 milliards d’euros sont investis sur des fonds en euros.

Et pourtant ! Cette semaine, Bercy s’est montré hermétique aux évolutions qui lui ont été proposées au motif que cela créerait une « usine à gaz ». On peut être sensible à l’argument. Encore faut-il rappeler qu’en matière de complexité, le déjà très fourni régime fiscal de l’assurance vie est assuré, par sa simplification, de gagner quelques lignes supplémentaires. Comme il faut compter avec la sacro-sainte non-rétroactivité fiscale, le mille-feuille prend encore de l’embonpoint. Les fiscalistes vont être ravis. Quant aux épargnants soucieux de suivre l’imposition des différents contrats qu’ils auront souscrits sur plusieurs décennies, en tenant compte par ailleurs des versements qu’ils y auront réalisés, et ce à un âge donné, ils penseront sans doute, sans plagier le talentueux Keynes, qu’effectivement, à la longue, c’est mortel...