L’inflation devrait profiter aux unités de compte en 2022

Mathilde Castagna
D’après le Haut Conseil de stabilité financière, le phénomène de réallocation des fonds euros vers les fonds en unités de compte constaté en 2021 devrait s’accentuer cette année du fait du contexte inflationniste.

Tandis que l’environnement de taux bas continu s’éloigne à grands pas, le retour de l’inflation ne devrait pas avoir d’impact sur l’appétit des épargnants pour les unités de compte (UC). Au contraire, elle pourrait être un facteur d’accélération, selon le Haut Conseil de stabilité financière (HCSF). En 2022, malgré la hausse des taux d’intérêt, le taux réel des contrats en fonds euros devrait se maintenir en terrain négatif. «Cette situation pourrait participer à la poursuite de la réorientation des placements des fonds euros vers les fonds UC observée depuis fin 2019 si le rendement réel de ces derniers s’avère plus élevé», explique le HCSF dans son rapport annuel.  

Après un rendement moyen de 1,28% servi par les fonds en euros en 2021, la société de conseil en stratégie Facts & Figures table sur une performance comprise entre 1,60% et 2% en 2022 et ce, alors que l'inflation annuelle est supérieure à 5% au mois de septembre 2022. En outre, et bien que les supports ne soient pas comparables, il reste un concurrent de taille :  le livret A, qui affiche un taux de revalorisation de sa rémunération à 2%. «Dans ce contexte, il existe un risque de décollecte», lit-on dans le rapport. Les derniers chiffres publiés par France Assureurs le confirment. En août 2022, la collecte nette en assurance vie s’établit à -0,7 milliard d’euros, tandis que les UC ne faiblissent pas. Sur le mois d’août, la collecte nette en UC ressort à 1,1 milliard d’euros et s’élève à 24,5 milliards d’euros depuis le début de l’année, contre une décollecte de 12,4 milliards d’euros pour le fonds en euros.

Cet appétit pour les UC a été en grande partie stimulé par les assureurs vie. Dans un contexte de taux bas - pesant sur leurs rentabilités – et la performance des marchés, ils étaient nombreux à promouvoir ce type de placement. Ce partage du risque avec les épargnants s’est alors traduit en 2020, par une forte décollecte sur le fonds euros qui depuis perpétue. Les montant versés sur des UC ont ainsi atteint 30,6 milliards d’euros en 2021 et 23,9 milliards d’euros en 2020, tandis que le fonds euros enregistrait une décollecte de 12,3 milliards d’euros en 2021 et de 30,9 milliards d’euros en 2020. «Les flux positifs en faveur des fonds UC mènent à une hausse modérée de la part de ses contrats au bilan des assureurs vie, soit 22,4 % fin 2021 contre 19,2 % fin 2020», d’après le rapport annuel du HCSF.  

Temporisation

L’autorité appelle néanmoins à relativiser et met en avant le dynamisme de l’assurance vie sur la première partie de l’année 2022. Ainsi, elle rappelle que l’objectif principal de la majorité des détenteurs de contrats est de profiter d’une enveloppe fiscale avantageuse dans un cadre peu risqué. Mais aussi, que «la remontée des taux devrait toutefois permettre aux assureurs de renouveler leurs actifs à un taux de rémunération plus élevé».