Assurance vie

Les taux de rendement "affichés" résistent en 2008

La majorité des compagnies d’assurance vie propose des rendements en baisse sur les supports en euros de leurs contrats au titre de l’année 2008 Sans sonner la sirène d’alarme, les experts estiment que cette situation, liée à la dégradation de la rentabilité du marché, doit se confirmer en 2009.

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En 2008, la plupart des assureurs ont communiqué sur des taux de rendement de 4 % en moyenne servis sur les supports en euros des contrats d’assurance vie.

Le tableau ci-contre recense les données fournies par les entreprises d’assurances sur la base de l'engagement déontologique renouvelé en janvier 2009 (lire l’encadré). Sur les 148 fonds en euros répertoriés, distribués par 47 organismes d’assurance, des taux de rendement inférieurs à 4 % sont servis dans 10 % des cas seulement.

Seuls trois établissements - Le Conservateur, Dexia Epargne Pension et Axeria Vie - mettent en avant une rémunération supérieure à 5 %. Reste qu'une lecture attentive s'impose. En effet, dans le cas de Dexia Epargne Pension, il s'agit d'un taux de rendement brut là où la Place annonce traditionnellement des taux nets de frais de gestion. Quant à Axeria Vie, sa performance de 5,25 % nets a beau être la plus élevée cette année, elle concerne seulement un fonds récemment créé dont l’encours se limite à 30 millions d’euros. A titre de comparaison, l’Afer propose un taux de 4,36 % sur un encours de 34,7 milliards, qui représente 100 % des engagements en euros gérés par l’association.

Au final, 2,5 milliards d’euros d’encours sont concernés par des taux supérieurs à 5 %. Pour mémoire, la prévision mathématique des fonds en euros s'élevait fin 2008 à 940 milliards d'euros, selon les chiffres de la Fédération française des sociétés d'assurances.

Dégradation de la rentabilité.

« Tous les acteurs présents sur ce marché ont progressivement pris conscience de la crise et les rendements proposés sur les supports en euros matérialisent l’état d’esprit actuel », commente Marc-Philippe Juilliard, directeur assurance chez Fitch Ratings . Rares sont les assureurs qui optent pour une hausse des taux des rendements : 6 % des supports seulement ont été réévalués de quelques points.

La tendance actuelle à la baisse des taux doit se confirmer en 2009. Certains analystes s’attendent à une dégradation de la rentabilité marquée par une diminution des revenus sur ce secteur. Pour Marc-Philippe Juilliard, « la politique de rémunération des assureurs reflète le rendement dégagé par des actifs au sujet desquels il est difficile de distinguer la partie réalisée, les loyers perçus par exemple, de la partie non réalisée, constituée par un certain nombre d’actifs non financiers dont la valeur a évolué ».

Si le marché de l’assurance vie est fragilisé, les experts ne considèrent pas cette situation comme étant préoccupante. « La santé financière des établissements n’est pas menacée dans la mesure où leurs portefeuilles sont investis majoritairement sur des supports obligataires », explique Cyril Blesson, directeur de la recherche économique et institutionnelle de Seeds Finance .

Une préférence pour les obligations d’entreprises.

Confrontés à une phase de dilution des taux d’intérêt, les organismes d’assurance recherchent la rentabilité de leurs placements à des niveaux de risque moins élevés. « La majeure partie de leurs investissements est orientée vers les obligations d’Etat et les obligations d’entreprises qui sont plus rémunératrices, mais qui impliquent une certaine prise de risque de leur part », poursuit Marc-Philippe Juilliard. Aujourd’hui, les obligations représentent 65 % du portefeuille des organismes d’assurance, le monétaire et les actions 10 % chacun, le reste étant constitué par de l’immobilier ou des OPCVM diversifiés.

Le risque de détérioration financière est d’autant plus limité « que les compagnies, soumises à une réglementation assez stricte sont obligées d’investir plutôt sur du papier de bonnes signatures », nuance Cyril Blesson . Il n’en demeure pas moins que les assureurs ne pourront pas faire l’économie d’une réflexion à grande échelle sur le poids des actions dans leur stratégie de placement.

Recours à la PPB.

D’autres experts considèrent que « toutes les stratégies possibles ont été utilisées cette année pour lisser le rendement servi » . Autrement dit, pour maintenir l’attractivité de leur offre commerciale, les assureurs ont utilisé leur provision pour participation aux bénéfices (PPB) (1) . « Pour ce qui concerne les investissements dans les poches actions, ils stockent habituellement les plus-values latentes dans la PPB, dont la réserve fin 2007 a atteint 20,6 milliards d’euros, qu’ils consomment plus tard », explique le responsable de Seeds Finance.

Des interrogations existent sur l’ampleur du recours à cette provision et sur le rythme de son utilisation, tout comme sur le niveau des provisions pour dépréciation durable (PDD) ou encore pour risque d'exigibilité (PRE) (1) ( L'Agefi Actifs, n°373, p. 8 à 11 et n°379, p. 4) . A titre d'illustration, pour afficher un rendement satisfaisant de 4,15 % sur son contrat phare Gaipare Sélection, l’association Gaipare a dû ponctionner 50 % de sa PPB cette année.

Sur ce chapitre, un examen attentif des comptes des compagnies devra être fait au moment de la sortie des rapports annuels.

Stabilisation de la collecte en 2009 .

De l’avis général, la baisse du taux du livret et des produits à court terme devrait stimuler la collecte d’assurance vie en 2009, dont le niveau est en baisse de 8 % à fin janvier 2009 par rapport au même mois de l'année précédente. C’est une période clé pour les compagnies d’assurances, « désormais en mesure de reprendre des parts de marché aux bancassureurs qui avaient profité des recyclages de sorties de PEL en 2006 et 2007 », annonce Cyril Blesson. Les prévisions demeurent identiques à celles affichées il y a quelques mois (L’Agefi Actifs, n°367, p.7) : les distributeurs devraient tirer leur épingle du jeu en enregistrant une collecte comprise entre 5 % et 7 % cette année.

Déjà, la FFSA annonce pour le premier mois de l’année (2) que la collecte nette (cotisations diminuées des prestations), bien qu’en très légère baisse par rapport à celle de janvier 2008, est positive « et s’établit à 5,7 milliards d’euros, soit le montant le plus élevé au cours de ces douze derniers mois ».

(1) PDD : la provision pour dépréciation à caractère durable est destinée à couvrir les risques sur les placements relevant de l’article R.332-20 du Code des assurances (essentiellement les actions et l’immobilier).

PRE : la provision pour risque d’exigibilité est dotée lorsque les placements mentionnés à l’article R.332-20 du Code des assurances sont en moins-value nette globale après dotation à la PDD.

PPB : la provision pour participation aux bénéfices représente le montant non distribué aux assurés et mis en réserve. L’assureur a huit ans pour la distribuer aux assurés (article A.331-9 du Code des assurances).

(2) Suivi mensuel n°79 Marché de l’assurance vie - Janvier 2009  http://www.agefi.fr/documents/1/409/200903/Assurance-Vie-Rendements-fonds-euros-2008.pdf