Les chocs de marché mettent les portefeuilles des assureurs sous pression

Alexandre Garabedian
Le rebond des taux se conjugue au krach actions et à l'écartement des spreads.
(Max Pixel)

Pour les assureurs, la donne financière se complique. Si le secteur fait valoir que les pertes économiques liées à la pandémie de coronavirus ne se traduisent pas forcément en pertes assurées, les turbulences de marché, en revanche, mettent à mal les portefeuilles d’investissement, et notamment celui des compagnies vie. Au krach des marchés actions, s’ajoute l’écartement des spreads de crédit sur les dettes d’entreprise, et, plus gênant encore, la volatilité des rendements des emprunts d’Etat. Après être tombés dans les profondeurs au début de la crise, avec un taux allemand à 10 ans à -0,88%, ils remontent brusquement depuis quelques jours. Or, les assureurs ne craignent rien tant pour leur solvabilité qu’une hausse brutale des taux, qui fait baisser la valeur de leurs énormes portefeuilles d’emprunts d’Etat.

CNP maintient son dividende

Le Haut Comité de stabilité financière (HCSF), qui s'est tenu mercredi, ne fait pas mention particulière des risques pesant sur la santé des assureurs dans le communiqué publié à l'issue de sa réunion. Il «continue d’opérer une surveillance vigilante de l’évolution de la liquidité des marchés et du comportement des investisseurs et des autres participants de marché», selon le communiqué. «La baisse des marchés et la volatilité ont un effet sur tous les acteurs financiers, y compris les assureurs, mais ici il s'agit d'une volatilité de court terme», indique une source à Bercy.

Mercredi  CNP a tenu à rassurer les investisseurs sur sa situation. «Dans les circonstances de marché actuelles, le taux de couverture de la solvabilité du groupe CNP Assurances demeure à un niveau élevé», indique l'assureur, qui maintient sa proposition de dividende de 0,94 euro par action au titre de 2019. Désormais filiale de La Banque Postale, la compagnie précise qu'elle dispose de «plus-values latentes importantes, complétées par des couvertures actions, des couvertures du risque de change et des couvertures du risque de taux d’intérêt. Les niveaux de marché au cours de la dernière période ont par ailleurs permis de constituer un important volant de liquidité.»

Les obligations souveraines et celles d’entreprise – notamment du secteur financier – représentent entre 70% et 80% du portefeuille des grands assureurs européens comme Axa, Allianz ou Generali, avec une répartition à peu près égale entre ces deux catégories. «Le risque de crédit et la volatilité du bilan, telle que mesurée par les ratios de Solvabilité 2, sont le problème le plus critique qui pèse sur le secteur de l’assurance-vie», selon Jonny Urwin, analyste actions chez UBS.

Une dégradation d'environ 30 points

Le courtier rappelle que les portefeuilles de crédit sont de bonne qualité, avec une prépondérance – souvent 90% voire 100% – d’obligations d’entreprise notées en catégorie investissement. Mais l’écartement des spreads, et le risque de dégradation des notes, en raison des difficultés économiques des entreprises, mettront les ratios sous tension. En simulant un choc de crédit similaire au cycle traversé en 1998-2002, UBS estime que le ratio Solvabilité 2 des assureurs européens se dégraderait d’environ 30 points ; celui du Français Axa tomberait à 150%, toujours selon ces calculs. Aux Etats-Unis, les analystes de CreditSights chiffraient hier à 42 milliards de dollars l’exposition des assureurs à des émetteurs notés BBB, qui ont toutes les chances de tomber rapidement en catégorie spéculative.

L’agence de notation Moody’s, de son côté, rappelait dans une étude parue le 17 mars que les Néerlandais Aegon et NN et l’Allemand Allianz sont les plus exposés à un choc actions de 25%.