Assurance vie/ Fonds euros

L’érosion des rendements conduit les acteurs à adapter leurs offres

Dans un contexte d’essoufflement des rendements des fonds euros des contrats d’assurance vie, le conseiller patrimonial doit analyser la performance du taux annoncé au regard de l’encours du support du contrat concerné - Une attention particulière doit être portée aux produits présentés par certains assureurs et leurs distributeurs comme des alternatives plus dynamiques et, selon eux, tout aussi sécurisées que les contrats en euros traditionnels.

La campagne de publication des taux de rendement nets de frais de gestion, servis au titre de l’année 2011 sur les supports en euros s’achève. La dévalorisation généralisée, de 4,1 % en 2007 à 3,4 % en 2010, s’est accélérée sous l’effet de la crise de la dette souveraine et des contraintes liées à la réglementation Solvabilité II (lire l’encadré p. 9).Pour 2011, le taux de revalorisation moyen des contrats, net de chargements de gestion, devrait être de l’ordre de 3 %. L’Autorité de contrôle prudentiel (ACP) se chargera de communiquer un taux moyen définitif au mois de mai prochain.

Une dispersion des taux généralisée.

Ce taux moyen ne reflète pas la réalité du marché qui doit être appréciée compagnie par compagnie. Au regard des données fournies à L’Agefi Actifspar les assureurs ou les filiales de groupes bancaires, seules les associations d’assurés (Afer, Agipi et Gaipare) communiquent sur un taux identique servi à l’ensemble de leurs épargnants. La GMF en fait de même (voir le tableau pp. 11-12).

La différenciation des taux selon le volume d’encours concerné ou la génération du contrat continue d’être la règle pour la majorité des intervenants sur le marché de l’assurance vie. A titre d’exemple, ACMN Vie communique sur un taux de rendement moyen avoisinant les 3 % sur seize fonds distincts. Si l’on regarde de plus près, les deux supports euros les plus rémunérateurs des contrats Diade Evolution et ACMN Stratégie Revenus délivrent des rémunérations respectives de 3,8 % et de 3,7 %, sur un encours cumulé de 640 millions d’euros. En comparaison, le fonds en euros Avenir, dont l’encours est supérieur à 2 milliards d’euros, délivre 3 % de rendement. Autre illustration avec SwissLife qui, de son côté, communique sur un taux de rendement selon la part consacrée par le client aux unités de comptes, selon une technique également employée par Axa et son « Bonus Euro ».

Une impossible vision d’ensemble.

Obtenir une vision d’ensemble du marché des taux de rendement est d’autant moins aisé que les compagnies utilisent de manière discrétionnaire leurs primes de participation aux excédents (PPE). Par exemple, Generali indique par la voix de son responsable avoir pioché dans les réserves ainsi constituées pour doper ses performances. Dans le même temps, l’Afer se félicite en communiquant sur un taux de 3,43 %, donc relativement proche des taux communiqués par son concurrent sans avoir mis à contribution une PPE que l’association indique « ne jamais avoir utilisée ».

Il est, de fait, impossible pour un conseiller patrimonial d’appréhender de manière claire et précise des prévisions de rendement sur un support en euros. La situation de la jeune compagnie d’assurances Spirica, filiale de Crédit Agricole Assurances, témoigne de cette difficulté d’analyse. En diminuant de 4,51 % à 3,62 %, le taux de rendement de son fonds - dont l’encours était de 872 millions d’euros à la fin de l’année dernière - subit l’une des plus fortes baisses de performance des taux de rendement. Daniel Collignon, son président, s’en explique : « Au lancement des fonds en euros en 2009, nous avons profité de l’effet de marché qui nous a été favorable après la crise de 2008. A la création du fonds, le niveau de la collecte ne nous permettait pas non plus d’en profiter davantage. Par ailleurs, nous avons progressivement diminué la part de l’immobilier, ce qui explique que le rendement servi cette année se soit rapproché de la moyenne. »

Une situation critiquée.

Le décalage qui existe entre la poursuite de l’érosion des taux de rendement servis et la campagne de communication orchestrée par des assureurs n’est pas sans agacer certains témoins des usages de la profession. Cyrille Chartier-Kastler, fondateur de Facts & Figures, dénonce en ce sens ce qu’il appelle le « syndrome des effets d’annonce ». Pour prendre la mesure de ce qu’il considère être une « intoxication », il rappelle qu’« un des seuls éléments de comparaison crédibles demeure de rapporter le taux servi au volume de l’encours correspondant. Cette approche nous permet de constater des écarts de rendements qui n’étaient pas aussi importants par le passé, entre autres, lorsque le support en euros est mieux valorisé s’il est distribué par un partenaire externe qu’il ne l’est dans le cadre d’une distribution en interne avec un encours plus important. Par ailleurs, l’absence de communication précise de la part de certains assureurs quant à leur exposition aux dettes souveraines européennes, la consommation probable d’une partie de leur PPE et leur situation en termes de provision pour risque d’exigibilité (PRE), prévision pour dépréciation durable (PDD) et dépréciations sur la dette grecque est source d’interrogations  ».

La reconnaissance d’un pouvoir discrétionnaire de gestion.

Au niveau de l’autorité de contrôle, si ces difficultés d’appréciation sont prises en compte, « l’année difficile sur les marchés qui vient de s’écouler explique, selon Fabrice Pesin, le secrétaire général adjoint de l’ACP, les ajustements de revalorisation pratiqués par les assureurs sur la plupart des contrats » et, par voie de conséquence, l’éparpillement des taux de rendement. D’après ce responsable, les compagnies d’assurances« bénéficient de par la loi d’une grande marge de manœuvre pour fixer les taux de revalorisation de leurs différents contrats » dans la mesure où elles respectent leurs exigences de fonds propres. Pour ce qui concerne les supports en euros, poursuit Fabrice Pesin,« la constitution des taux de rendement servis aux assurés à partir de la composition des actifs financiers au bilan de la compagnie fait en outre intervenir de nombreux paramètres, notamment la provision pour participation aux excédents et la politique de réalisation des plus-values ».

L’autorité de contrôle entend renforcer ses contrôles en 2012 en examinant désormais le marché de l’épargne collective en plus des 5.000 contrats visés en 2010. Une attention particulière sera aussi portée à la date de première commercialisation des contrats qui ne sont plus distribués afin de vérifier l’état des taux de rendement servis.

Une décollecte record.

Collecteurs d’une partie de l’épargne disponible, les supports en euros et, par extension, les niveaux de rendement servis, ont également subi la défiance des assurés au premier semestre 2011 lors des réflexions parlementaires concernant la réforme fiscale du patrimoine. « Ensuite, la chute des marchés a créé une rupture pendant l’été et les préférences des épargnants sont allées aux placements de court terme et aux dépôts bancaires », explique Stéphane Dédeyan, membre du comité de direction générale de Generali France.

Le marché de l’assurance vie a également enregistré une progression du niveau des prestations de 25 %, confirmée par la Fédération française des sociétés d'assurances (FFSA). « Cette augmentation des rachats, largement moins sensible en 2011 qu’en 2008, s’explique surtout par des remboursements de prêts et des petits retraits », commente le responsable.

Il n’en demeure pas moins que la décollecte nette a rarement atteint un niveau aussi élevé : 900 millions d’euros par exemple pour l’Afer, sur un encours de 45 milliards d’euros, près de 100 millions pour l’association d’épargnants Gaipare, à rapporter à un encours de 3,2 milliards d’euros. Cette tendance est confirmée par la FFSA, qui a bien enregistré en 2011 une chute de 85 % de la collecte nette avec 7,6 milliards d’euros, contre 51,1 milliards collectés en 2010. Parmi les raisons qui expliquent le phénomène, Philippe Crevel, du Cercle des Epargnants, retient notamment qu’« une majorité des contrats d'assurance vie et 64 % de l'encours ont plus de huit ans ».

Des SCPI et autres obligations d’entreprise…

Pour endiguer cette décollecte, dynamiser les rendements et séduire à nouveau les épargnants, l’appel à une adaptation des offres commerciales a bien été entendu par les compagnies d’assurances et les plates-formes de distribution (L’Agefi Actifs n°500, p. 6). L’intégration des SCPI et d’obligations d’entreprise dans leur portefeuille, selon les opportunités du marché, est ainsi régulièrement mise en avant. A l’image de Pascal Vétu, le président de la plate-forme Nortia, qui précise : « Nous sommes très sélectifs en matière de référencement des SCPI à l’égard desquelles nous avons décidé de moins nous exposer. En effet, l’augmentation généralisée des prix du marché immobilier ces dernières années se traduit par une baisse des rendements sur ce secteur. L’alternative porte sur les obligations d’entreprises qui nous ont permis de réaliser plus de 30 % de notre collecte l’année dernière. »

A côté de ce type d’opérations commerciales destinées à accroître la performance de la poche des unités de compte, des concepteurs mettent au point de nouvelles offres, dont les fonds euros dynamiques. Ils sont présentés à côté des contrats variable annuitiesqui correspondent davantage à une approche focalisée sur la préparation de la retraite, et dans une moindre mesure, les contrats à participation aux bénéfices différés qui correspondent à une démarche fiscale et demeurent réservés à une clientèle ISF et au sujet desquels la communication des assureurs est très discrète.

… à la distribution des fonds euros dynamique.

Ces contrats reposent sur le fonds en euros d’un assureur, en principe l’actif général, et le partenaire distributeur se charge de la gestion d’une partie de l’investissement pouvant atteindre 30 % des sommes versées. En comparaison avec les supports en euros classiques, l’épargnant dispose de la performance du support en euros et de la surperformance délivrée par la poche de diversification composée d’actions et suivie par une société de gestion. Le poids prépondérant du support en euros composé d’obligations permet, dans l’autre poche, à la société de gestion de prendre des risques plus élevés sur le marché des actions. En cas de perte trop importante, l’épargnant est assuré que le rendement de son contrat en euros n'est pas négatif. Selon Cyrille Chartier-Kestler, « les fonds euros dynamiques présentent l’avantage pour l’épargnant de ne pas impliquer un quelconque horizon de placement, contrairement aux contrats eurodiversifiés où l’assureur porte le risque de gestion sur huit ans. Sur ce type de contrats, la compagnie se retrouve à gérer autant de cantons que de versements réalisés par l’assuré ».

Des solutions de gestion à définir.

Cette structuration des contrats d’assurance vie connaît un certain succès auprès des distributeurs de solutions destinées à la clientèle privée. Parmi les acteurs qui ont développé des fonds euros dynamiques en 2011 figurent Generali et Nortia. Cette plate-formedisposait d’ailleurs d’une exclusivité de six mois avec son partenaire Spirica qui a, par la suite, mis ce contrat à la disposition de la plate-forme Orelis. Pour mémoire, Nortia proposait dès 2008 ce type de support avec La Mondiale Partenaires et Antin Epargne Pension.

Les stratégies d’investissement de ces fonds sont définies et arrêtées par l’assureur en fonction des exigences de chaque distributeur. Daniel Collignon, le directeur général de Spirica, précise : « Le fonds dynamique peut être composé, à côté du fonds euro, d’actions ou de fonds flexibles, c’est d’ailleurs les solutions qui ont été retenues par Nortia, Orelis et Primonial pour surperformer le marché. Concernant les supports distribués avec notre partenaire historique LifeSide Patrimoine - qui est également filiale de Crédit Agricole Assurances -, nous avons opté pour une méthode de gestion quantitative. L’approche est ici différente en ce sens qu’un budget de risque est défini en cas de baisse des marchés. Chaque catégorie d’investissement est ainsi paramétrée pour ne pas dépasser une perte déterminée. Nous avons construit un modèle qui nous garantit une perte limitée, ce qui se traduit par une limitation dans les mêmes proportions de nos besoins en fonds propres. »

Cette structuration financière du contrat d’assurance vie n’est pas une solution miracle pour autant. « Cette année, nous avons limité les dégâts », constate Pascal Vétu. Le fonds en euros actif Europatrimoine, couplé à l’actif général de La Mondiale Partenaire, a enregistré pour 2011 une valorisation nette de 0,90 %, à comparer aux 3,02 % de l’actif général contre des valorisations respectives de 5,00 % et 3,37 % en 2010.

Le modèle des variable annuitiesen question.

Sur la Place, les partisans et les détracteurs de ce type de solutions s’opposent désormais (lire l’encadré). « Nous regardons ces produits avec prudence, témoigne Daniel Collignon. Lors de la souscription, la compagnie s’engage à servir des rachats effectués par le client, à une date qu’il a définie. Sur la durée du contrat, si la fluctuation des marchés boursiers ne permet pas de servir le rendement annoncé, l’assureur devra assumer cette garantie. Pour le client, ces produits restent compliqués à comprendre et offrent un rendement proche des supports en euros traditionnels. » Generali a également décidé de ne pas aller pour l’instant sur ce marché, « ce produit se rapproche dans sa conception d’un fonds structuré avec des options de couvertures à 30 ans qui n’existent pas sur le marché, ce qui fait prendre un risque important au client, compte tenu de la situation économique actuelle », est-il avancé.

Un effet cosmétique à proscrire.

Pour doper les rendements de leurs contrats multisupports, les distributeurs dédiés à la clientèle privée s’organisent de diverses façons. Rares sont ceux désormais qui n’intègrent pas de gestion sous mandat dans leurs offres. Le marché s’équipe également de contrats en euros à gestion dynamique, de variable annuities, voire des deux solutions. Reste que si la baisse des taux se maintient en 2012, une véritable réflexion de Place devra être engagée, l’effet cosmétique du développement de nouvelles offres - à l’image du travail actuel de certaines compagnies portant sur la mise au point d’une nouvelle version simplifiée des contrats eurodiversifiés avec une sortie en rente - n’y suffisant plus.